Cinq Chansons de Bilitis, 2ème recueil

by Georges Dandelot (1895 - 1975)

Word count: 599

1. Le réveil [sung text not yet checked]

Il fait déjà grand jour. Je devrais être levée. 
Mais le sommeil du matin est doux et la chaleur 
du lit me retient blottie. Je veux rester couchée encore.

Tout à l'heure j'irai dans l'étable. Je donnerai 
aux chèvres de l'herbe et des fleurs, 
et l'outre d'eau fraîche tirée du puits, 
où je boirai en même temps qu'elles.

Puis je les attacherai au poteau pour traire 
leurs douces mamelles tièdes ; et si les chevreaux 
n'en sont pas jaloux, je sucerai 
avec eux les tettes assouplies.

Amaltheia n'a-t-elle pas nourri Dzeus ? 
J'irai donc. Mais pas encore. 
Le soleil s'est levé trop tôt 
et ma mère n'est pas éveillée.

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2. La quenouille [sung text not yet checked]

Pour tout le jour ma mère m’a enfermée 
au gynécée, avec mes sœurs que je n’aime pas 
et qui parlent entre elles à voix basse. 
Moi, dans un petit coin, je file ma quenouille.

Quenouille, puisque je suis seule avec toi, 
c’est à toi que je vais parler. Avec ta perruque 
de laine blanche tu es comme une vieille femme. 
Écoute-moi.

Si je le pouvais, je ne serais pas ici, 
assise dans l’ombre du mur et filant avec ennui : 
je serais couchée dans les violettes 
sur les pentes du Tauros.

Comme il est plus pauvre que moi, 
ma mère ne veut pas qu’il m’épouse. 
Et pourtant, je te le dis : 
ou je ne verrai pas le jour des noces, 
ou ce sera lui qui me fera passer le seuil.

Authorship

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Confirmed with Œuvres complètes de Pierre Louÿs, 1929 - 1931, tome 2 (1894 (Chansons de Bilitis)), Paris, Slatkine reprints, 1973, page 46.

Note: this is a prose text. The line breaks are arbitrary.


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3. Conversation [sung text not yet checked]

« Bonjour. 
— Bonjour aussi. 
— Tu es bien pressée. 
— Peut-être moins que tu ne penses. 
— Tu es une jolie fille.
— Peut-être plus que tu ne crois.

— Quel est ton nom charmant ? 
— Je ne dis pas cela si vite. 
— Tu as quelqu’un ce soir ? 
— Toujours celui qui m’aime. 
— Et comment l’aimes-tu ? 
— Comme il veut.

— Soupons ensemble. 
— Si tu le désires. Mais que donnes-tu ? 
— Ceci. 
— Cinq drachmes ? 
C’est pour mon esclave. 
Et pour moi ? 
— Dis toi-même. 
— Cent.


— Où demeures-tu ? 
— Dans cette maison bleue. 
— À quelle heure veux-tu que je t’envoie chercher ? 
— Tout de suite si tu veux. 
— Tout de suite. 
— Va devant. »

 

Authorship

Confirmed with Œuvres complètes de Pierre Louÿs, 1929 - 1931, tome 2 (1894 (Chansons de Bilitis)), Paris, Slatkine reprints, 1973, page 124.

Note: this is a prose text. The line breaks are arbitrary.


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4. Chanson [sung text not yet checked]

Le premier me donna un collier,
un collier de perles qui vaut une ville,
avec les palais et les temples, 
et les trésors et les esclaves.

Le second fit pour moi des vers.
Il disait que mes cheveux sont noirs 
comme ceux de la nuit [sur la mer]1
et mes yeux bleus comme ceux du matin. 

Le troisième était si beau que sa mère
ne l'embrassait pas sans rougir.
Il mit ses mains sur mes genoux,
et ses lèvres sur mon pied nu.

Toi, tu ne m'as rien dit.
Tu ne m'as rien donné, car tu est pauvre.
Et tu n'est pas beau, mais c'est toi que j'aime.

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Bertram Kottmann) , "Song", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , "Lied", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission

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1 omitted by Uddén.

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5. La pluie au matin [sung text not yet checked]

La nuit s'éfface. Les étoiles s'éloignent.
Voici que les dernières courtisanes 
sont rentrées avec les amants. 
Et moi, dans la pluie du matin, 
j'écris ces vers sur le sable.

Les feuilles sont chargées d'eau brillante. 
Des ruisseaux à travers les sentiers
entraînent la terre et les feuilles mortes.
La pluie, goutte à goutte, 
fait des trous dans ma chanson.

Oh! que je suis triste et seule ici! 
Les plus jeunes ne me regardent pas; 
[les plus âgés m'ont oublieé]1.
[C'est bien. Ils apprendront] mes vers, 
et les enfants de leurs enfants.

Voilà ce que ni Myrtalê, ni Thaïs, 
ni Glykére ne se diront, 
le jour où leurs belles joues seront creuses.  
Ceux qui aimeront après moi 
chanteront mes strophes ensemble.

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Sarah Daughtrey) , "Morning rain", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Marvin J. Ward) , "The Morning Rain", copyright © 2003, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , "Morgenregen", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission

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1 Koechlin: "et les plus âgés m'oublient"
2 Koechlin: "Mais tous ils sauront"

Researcher for this text: Sarah Daughtrey