Six Poèmes de Théophile Gautier pour soprano et piano

Song Cycle by Jacques Dupont, dit Jacque-Dupont (1906 - 1985)

Word count: 656

1. Au bord de la mer [sung text not yet checked]

La lune de ses mains distraites
A laissé choir, du haut de l'air,
Son grand éventail à paillettes
Sur le bleu tapis de la mer.

Pour le ravoir elle se penche
Et tend son beau bras argenté,
Mais l'éventail fuit sa main blanche,
Par le flot qui passe emporté.

Au gouffre amer, pour te le rendre,
Lune, j'irais bien me jeter,
Si tu voulais du ciel descendre,
Au ciel si je pouvais monter !

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2. Souvenir [sung text not yet checked]

    Deux estions et n'avions qu'ung cœur.
        --Le Lay de maistre Ytier Marchant.

    Hélas ! Il n'estoit pas saison
    Si tôt de son département.
        --La Complainte de Valentin Granson.

D'elle que reste-t-il aujourd'hui ? Ce qui reste,
Au réveil d'un beau rêve, illusion céleste ;
Ce qui reste l'hiver des parfums du printemps,
De l'émail velouté du gazon ; au beau temps,
Des frimas de l'hiver et des neiges fondues ;
Ce qui reste le soir des larmes répandues
Le matin par l'enfant, des chansons de l'oiseau,
Du murmure léger des ondes du ruisseau,
Des soupirs argentins de la cloche, et des ombres
Quand l'aube de la nuit perce les voiles sombres.

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3. Le Carnaval de Venise [sung text not yet checked]

Il est un vieil air populaire
Par tous les violons raclé,
Aux abois des chiens en colère
Par tous les orgues nasillé.

Les tabatières à musique
L'ont sur leur répertoire inscrit ;
Pour les serins il est classique,
Et ma grand mère, enfant, l'apprit.

Sur cet air, pistons, clarinettes,
Dans les bals aux poudreux berceaux,
Font sauter commis et grisettes,
Et de leurs nids fuir les oiseaux.

La guinguette, sous sa tonnelle
De houblon et de chèvrefeuil,
Fête, en braillant la ritournelle,
Le gai dimanche et l'argenteuil.

L'aveugle au basson qui pleurniche
L'écorche en se trompant de doigts ;
La sébile aux dents, son caniche
Près de lui le grogne à mi-voix.

Et les petits guitaristes,
Maigres sous leurs minces tartans,
Le glapissent de leurs voix tristes
Aux tables des cafés chantants.

Paganini, le fantastique,
Un soir, comme avec un crochet,
A ramassé le thème antique
Du bout de son divin archet,

Et, brodant la gaze fanée
Que l'oripeau rougit encor,
Fait sur la phrase dédaignée
Courir ses arabesques d'or.

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4. Sonnet [sung text not yet checked]

Mon œil, sur le cadran toujours fixé, calcule
Quand l'heure au pas boiteux qui s'endort en chemin,
Posant son doigt d'acier sur le chiffre romain,
Fera chanter le timbre au cœur de la pendule.

Le balancier palpite et l'aiguille circule,
Mais le jour ne vient pas ! -- Une invisible main
Arrête le marteau qui sonnera demain ;
Sur sa route d'émail le Temps bronche et recule.

Il n'en est pas ainsi quand je suis près de vous :
Je m'assieds à vos pieds, j'embrasse vos genoux,
Je mire mes yeux noirs dans vos blondes prunelles.

Votre main sur mon front, vous me dites des mots
Que personne ne sait, pour endormir mes maux ;
-- L'heure devient minute et fuit à tire d'ailes !

5. Paysage [sung text not yet checked]

    ...omnia plenis
    Rura natant fossis.
        --P. VIRGILUS MARO.

Pas une feuille qui bouge,
Pas un seul oiseau chantant ;
Au bord de l'horizon rouge
Un éclair intermittent ;

D'un côté, rares broussailles,
Sillons à demi noyés,
Pans grisâtres de murailles,
Saules noueux et ployés ;

De l'autre, un champ que termine
Un large fossé plein d'eau,
Une vieille qui chemine
Avec un pesant fardeau,

Et puis la route qui plonge
Dans le flanc des coteaux bleus,
Et comme un ruban s'allonge
En minces plis onduleux.

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6. Séguidille [sung text not yet checked]

Un jupon serré sur les hanches,
Un peigne énorme à son chignon,
Jambe nerveuse et pied mignon,
Œil de feu, teint pâle et dents blanches :
          Alza ! olà !
             Voilà
La véritable Manola1.

Gestes hardis, libre parole,
Sel et piment à pleine main,
Oubli parfait du lendemain,
Amour fantasque et grâce folle :
          Alza ! olà !
             Voilà
La véritable Manola.

Chanter, danser aux castagnettes,
Et, dans les courses de taureaux,
Juger les coups des toreros,
Tout en fumant des cigarettes :
          Alza ! olà !
             Voilà
La véritable Manola.

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  • CZE Czech (Čeština) (Jaroslav Vrchlický) , "Seguidilla"
  • ENG English (Michael P. Rosewall) , copyright © 2020, (re)printed on this website with kind permission

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1 Spanish word meaning "lively Spanish working-girl"

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