Cinq Poèmes de Baudelaire

Song Cycle by Vincent Minazzoli

Word count: 657

1. Spleen [sung text not yet checked]

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous [fait]1 un jour noir plus triste que les nuits ;

Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide,
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet [d'horribles]2 araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout-à-coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrément.

-- Et [d'anciens]3 corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; [et,]4 l'Espoir
[Pleurant comme un vaincu, l'Angoisse]5 despotique
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Authorship

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Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 144-145. Also confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1861, pages 176-177. Also confirmed with Œuvres complètes de Charles Baudelaire, vol. I : Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Michel Lévy frères, 1868, pages 202-203. Punctuation and formatting follows 1857 edition. Note: this was number 62 in the 1857 edition of Les Fleurs du mal but number 78 or 80 in subsequent editions.

1 1861 and 1868 editions: "verse"
2 1861 and 1868 editions: "d'infâmes"
3 1861 and 1868 editions: "de longs"
4 omitted in 1861 and 1868 editions
5 1861 edition: "Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce,"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

2. L'albatros [sung text not yet checked]

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poëte est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

Authorship

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  • CZE Czech (Čeština) (Jaroslav Haasz) , "Albatros"
  • ENG English (David K. Smythe) , "The albatross", copyright © 2003, (re)printed on this website with kind permission
  • HUN Hungarian (Magyar) (Tamás Rédey) , "’Z albatrosz", copyright © 2015, (re)printed on this website with kind permission
  • HUN Hungarian (Magyar) (Árpád Tóth) , "Az albatrosz", written 1918
  • ITA Italian (Italiano) (Ferdinando Albeggiani) , "L'albatro", copyright © 2010, (re)printed on this website with kind permission
  • POL Polish (Polski) (Bronisława Ostrowska) , "Albatros", Kraków, first published 1911
  • POR Portuguese (Português) (Delfim Guimarães) , "O albatroz"
  • ROM Romanian (Română) (Alexandru I. Philippide) , "Albatrosul"

Confirmed with Les Fleurs du mal, Fleurs du mal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1861, pages 11-12. Note: modern French spelling would change "Poëte" (line 1-2) to "Poète"


Research team for this text: Ted Perry , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

3. Tristesses de la lune [sung text not yet checked]

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;
Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et légère caresse,
Avant de s'endormir, le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues [pâmoisons]1,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poète pieux, ennemi du sommeil,

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,
Et la met dans son cœur loin des yeux du soleil.

Authorship

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Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 172-173. Note: this was number 75 in the 1857 edition of Les Fleurs du mal but number 65 or 67 in subsequent editions.

1 misspelled in 1857 edition as "pamoisons"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

4. Élévation [sung text not yet checked]

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers, 
Par-delà le soleil, par-delà les éthers, 
Par-delà les confins des sphères étoilées, 

Mon esprit, tu te meus avec agilité, 
Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde, 
Tu sillonnes gaîment l'immensité profonde 
Avec une indicible et mâle volupté. 

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ; 
Va te purifier dans l'air supérieur, 
Et bois, comme une pure et divine liqueur, 
Le feu clair qui remplit les espaces limpides. 

Derrière les ennuis et les [sombres]1 chagrins 
Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse, 
Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse 
S'élancer vers les champs lumineux et sereins ; 

Celui dont les pensers, comme des alouettes, 
Vers les cieux le matin prennent un libre essor, 
- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort 
Le langage des fleurs et des choses muettes !

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Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 17-18.

1 L. Freitas Branco and J. Harvey: "vastes"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

5. La beauté [sung text not yet checked]

Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre,
Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,
Est fait pour inspirer au poète un amour
Éternel et muet ainsi que la matière.

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;
J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;
Je hais le mouvement qui déplace les lignes,
Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les poètes devant mes grandes attitudes,
[Qu'on dirait que j'emprunte]1 aux plus fiers monuments,
Consumeront leurs jours en d'austères études ;

Car j'ai pour fasciner ces dociles amants
De purs miroirs qui font [les étoiles]2 plus belles :
Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Authorship

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Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 46-47. Also confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1861, pages 42-43. Also confirmed with Œuvres complètes de Charles Baudelaire, vol. I : Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Michel Lévy frères, 1868, page 111. Punctuation follows 1857 edition. Note: this was number 17 in the 1857 and 1861 editions of Les Fleurs du mal but number 18 in subsequent editions.

First published April 20, 1857 in Revue française.

The spellings "poète" in line 3 and "poètes" in line 11 is preferred over the historical spellings "poëte" and "poëtes" used in both the 1861 and 1868 editions.

1 1861 and 1868 editions: "Que j'ai l'air d'emprunter"
2 1861 and 1868 editions: "toutes choses"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]