Mélodies romantiques

by Gaston Doin (1878 - 1962)

Word count: 3308

1. Tristesse de la lune [sung text not yet checked]

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse ;
Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et légère caresse,
Avant de s'endormir, le contour de ses seins,

Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues [pâmoisons]1,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poète pieux, ennemi du sommeil,

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,
Et la met dans son cœur loin des yeux du soleil.

Authorship

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Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 172-173. Note: this was number 75 in the 1857 edition of Les Fleurs du mal but number 65 or 67 in subsequent editions.

1 misspelled in 1857 edition as "pamoisons"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

2. Le rondeau à Manon [sung text not yet checked]

Fut-il jamais douceur de cœur pareille
À voir Manon dans mes bras sommeiller ?
Son front coquet parfume l'oreiller ;
Dans son beau sein, j'entends son cœur qui veille.
Un songe passe, et s'en vient l'égayer.

Ainsi s'endort la fleur d'églantier
Dans son calice enfermant une abeille.
Moi, je la berce ; un plus charmant métier,
       Fut-il jamais ?

Mais le jour vient, et l'aurore vermeille
Effeuille au vent son [bouquet printanier]1.
Le peigne en main et la perle à l'oreille,
À son miroir Manon [court]2 m'oublier.
Hélas ! l'amour sans lendemain ni veille
       Fut-il jamais ?

Authorship

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  • ENG English (Peter Low) , "Rondo: Was there ever such sweetness of heart", copyright © 2010, (re)printed on this website with kind permission

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Confirmed with Alfred de Musset, Poésies nouvelles (1836-1852), Charpentier, 1857, page 210.

1 Debussy: "printemps virginal"
2 Debussy: "va"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Peter Low [Guest Editor]

3. Les yeux de Berthe [sung text not yet checked]

Vous pouvez mépriser les yeux les plus célèbres, 
Beaux yeux de mon enfant, par où filtre et s'enfuit 
Je ne sais quoi de bon, de doux comme la Nuit ! 
Beaux yeux, versez sur moi vos charmantes ténèbres ! 

Grands yeux de mon enfant, arcanes adorés, 
Vous ressemblez beaucoup à ces grottes magiques 
Où, derrière l'amas des ombres léthargiques, 
Scintillent vaguement des trésors ignorés ! 

Mon enfant a des yeux obscurs, profonds et vastes, 
Comme toi, Nuit immense, éclairés comme toi ! 
Leurs feux sont ces pensers d'Amour, mêlés de Foi, 
Qui pétillent au fond, voluptueux ou chastes.

Authorship

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Confirmed with Les Épaves, Pièces diverses, Amsterdam: À l'enseigne du Coq, 1866, pages 67-68. Also confirmed with Œuvres complètes de Charles Baudelaire, vol. I : Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Michel Lévy frères, 1868, page 230.

First published by À l'enseigne du Coq in Les Épaves, 1866; also appears under Spleen et Idéal as number 96 in the 1868 edition of Les Fleurs du mal.
Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

4. Les plus doux instants [sung text not yet checked]

J'ai lu je ne sais où Que les moments précieux
 . . . . . . . . . .

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Authorship

5. Recueillement [sung text not yet checked]

Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir ; il descend ; le voici :
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

[Pendant]1 que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma Douleur, donne-moi la main ; viens par ici,

Loin d'eux. Vois se pencher les défuntes Années,
Sur les balcons du ciel, en robes surannées ;
[Surgir du fond des eaux le Regret souriant]2 ;

Le Soleil moribond s'endormir sous une arche,
Et, comme un long linceul traînant à l'Orient,
Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

Authorship

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  • CZE Czech (Čeština) (Jaroslav Vrchlický) , "Duma"
  • ENG English (Peter Low) , "Meditative calm", copyright © 2001, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Cyril Meir Scott) , "Meditation", appears in The Flowers of Evil, London, Elkin Mathews, first published 1909
  • SPA Spanish (Español) (Victor Torres) , "Recogimiento", copyright © 2011, (re)printed on this website with kind permission

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Confirmed with Le Parnasse contemporain : receuil de vers nouveaux, premier receuil, [Paris?]: Alphonse Lemerre, 1866, page 79. Also confirmed with Œuvres complètes de Charles Baudelaire, vol. I : Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Michel Lévy frères, 1868, page 237.

First published by Alphonse Lemerre in Le Parnasse contemporain : receuil de vers nouveaux, premier receuil, 1866; also appears under Spleen et Idéal as number 102 in the 1868 edition of Les Fleurs du mal.

1 Vierne: "Tandis"
2 Vierne: "Surgir des fonds de l'eau le Regret souriant"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

6. J'aime [sung text not yet checked]

J’aime ! — [voilà]1 le mot que la nature entière
Crie au vent qui l’emporte, à l’oiseau qui le suit !
Sombre et dernier soupir que poussera la terre
Quand elle tombera dans l’éternelle nuit !
Oh ! vous le murmurez dans vos sphères sacrées,
Étoiles du matin, ce mot triste et charmant !
La plus faible de vous, quand Dieu vous a créées,
A voulu traverser les plaines éthérées,
Pour chercher le soleil, son immortel amant.
[Elle s’est élancée au sein des nuits profondes.
Mais une autre l’aimait elle-même ; — et les mondes
Se sont mis en voyage autour du firmament.]2

Authorship

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1 Doin: "voici"; further changes may exist not shown above.
2 not set by Doin.

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

7. Harmonie du soir [sung text not yet checked]

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir,
-- Valse mélancolique et langoureux vertige ! --

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;
-- Valse mélancolique et langoureux vertige ! --
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
-- Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir
Du passé lumineux recueille tout vestige ;
-- Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige ;
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Authorship

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  • CZE Czech (Čeština) (Jaroslav Vrchlický) , "Harmonie večera"
  • ENG English (Peter Low) , "Evening harmony", copyright © 2000, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Cyril Meir Scott) , "Evening Harmony", appears in The Flowers of Evil, London, Elkin Mathews, first published 1909
  • HUN Hungarian (Magyar) (Árpád Tóth) , "Esti harmónia", written 1920
  • POL Polish (Polski) (Bronisława Ostrowska) , "Harmonia wieczoru", Kraków, first published 1911
  • ROM Romanian (Română) (Alexandru I. Philippide) , "Armonie în amurg"
  • SPA Spanish (Español) (Victor Torres) , "Armonía del atadecer", copyright © 2011, (re)printed on this website with kind permission

Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 101-102. Note: this was number 43 in the 1857 edition of Les Fleurs du mal but 47 or 48 in subsequent editions.


Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

8. Un soir [sung text not yet checked]

[ ... ]

Un soir, nous étions seuls, j'étais assis près d'elle ;
Elle penchait la tête, et sur son clavecin
Laissait, tout en rêvant, flotter sa blanche main.
Ce n'était qu'un murmure : on eût dit les coups d'aile
D'un zéphyr éloigné glissant sur des roseaux,
Et craignant en passant d'éveiller les oiseaux.
Les tièdes voluptés des nuits mélancoliques
Sortaient autour de nous du calice des fleurs.
Les marronniers du parc et les chênes antiques
Se berçaient doucement sous leurs rameaux en pleurs.
Nous écoutions la nuit ; la croisée entr'ouverte
Laissait venir à nous les parfums du printemps ;
[ ... ]

Nous étions seuls, pensifs, et nous avions quinze ans.
[ ... ]

Authorship

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First published in La revue des deux mondes, June 1, 1835.

1 omitted by Bourgault-Ducoudray.

Researcher for this text: Harry Joelson

9. Souvenirs [sung text not yet checked]

[ ... ]

Les voilà, ces coteaux, ces bruyères fleuries,
Et ces pas argentins sur le sable muet,
Ces sentiers amoureux, remplis de causeries,
Où son bras m'enlaçait.

[ ... ]

Les voilà, ces buissons où toute ma jeunesse,
Comme un essaim d'oiseaux, chante au bruit de mes pas.
Lieux charmants, beau désert où passa ma maîtresse,
Ne m'attendiez-vous pas ?

Les voilà, ces sapins à la sombre verdure,
Cette gorge profonde aux nonchalants détours,
Ces sauvages amis, dont l'antique murmure
A bercé mes beaux jours.

[ ... ]

Ah ! laissez-les couler, elles me sont bien chères,
Ces larmes que soulève un cœur encor blessé !
Ne les essuyez pas, laissez sur mes paupières
Ce voile du passé !

[ ... ]

Authorship

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  • ENG English (Emily Ezust) , "Remembrance", copyright © 2012

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First published in La revue des deux mondes, February 15, 1841.

1 omitted by Rothschild

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

10. Ciel brouillé [sung text not yet checked]

On dirait ton regard d’une vapeur couvert ;
Ton œil mystérieux, — est-il bleu, gris ou vert ? —
Alternativement tendre, doux et cruel,
Réfléchit l’indolence et la pâleur du ciel.

Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés,
Qui font se fondre en pleurs les cœurs ensorcelés,
Quand, agités d’un mal inconnu qui les tord,
Les nerfs trop éveillés raillent l’esprit qui dort.

Tu ressembles parfois à ces beaux horizons
Qu’allument les soleils des brumeuses saisons ;
— Comme tu resplendis, paysage mouillé
Qu’enflamment les rayons tombant d’un ciel brouillé !

Ô femme dangereuse ! ô séduisants climats !
Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas,
Et saurai-je tirer de l’implacable hiver
Des plaisirs plus aigus que la glace et le fer ?

Authorship

Confirmed with Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857.


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

11. Chanson [sung text not yet checked]

J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :
N'est-ce point assez d'aimer sa maîtresse ?
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,
C'est perdre en désirs le temps du bonheur ?

Il m'a répondu : Ce n'est point assez,
Ce n'est point assez d'aimer sa maîtresse ;
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse
Nous rend doux et chers les plaisirs passés ?

J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :
N'est-ce point assez de tant de tristesse ?
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,
C'est à chaque pas trouver la douleur ?

Il m'a répondu : Ce n'est point assez
Ce n'est point assez de tant de tristesse ;
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse
Nous rend doux et chers les chagrins passés ?

Authorship

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12. Le crépuscule du soir [sung text not yet checked]

Voici le soir charmant, ami du criminel ;
Il vient comme un complice, à pas de loup ; — le ciel
Se ferme lentement comme une grande alcôve,
Et l’homme impatient se change en bête fauve.

Ô soir, aimable soir, désiré par celui
Dont les bras, sans mentir, peuvent dire : Aujourd’hui
Nous avons travaillé ! — C’est le soir qui soulage
Les esprits que dévore une douleur sauvage,
Le savant obstiné dont le front s’alourdit,
Et l’ouvrier courbé qui regagne son lit.

Cependant des démons malsains dans l’atmosphère
S’éveillent lourdement, comme des gens d’affaire,
Et cognent en volant les volets et l’auvent.
À travers les lueurs que tourmente le vent
La Prostitution s’allume dans les rues ;
Comme une fourmilière elle ouvre ses issues ;
Partout elle se fraye un occulte chemin,
Ainsi que l’ennemi qui tente un coup de main ;
Elle remue au sein de la cité de fange
Comme un ver qui dérobe à l’Homme ce qu’il mange.
On entend çà et là les cuisines siffler,
Les théâtres glapir, les orchestres ronfler ;
Les tables d’hôte, dont le jeu fait les délices,
S’emplissent de catins et d’escrocs, leurs complices,
Et les voleurs, qui n’ont ni trêve ni merci,
Vont bientôt commencer leur travail, eux aussi,
Et forcer doucement les portes et les caisses
Pour vivre quelques jours et vêtir leurs maîtresses.

Recueille-toi, mon âme, en ce grave moment,
Et ferme ton oreille à ce rugissement.
C’est l’heure où les douleurs des malades s’aigrissent !
La sombre Nuit les prend à la gorge ; — ils finissent
Leur destinée et vont vers le gouffre commun ;
L’hôpital se remplit de leurs soupirs. — Plus d’un
Ne viendra plus chercher la soupe parfumée,
Au coin du feu, le soir, auprès d’une âme aimée.

Encore la plupart n’ont-ils jamais connu
La douceur du foyer et n’ont jamais vécu !

Authorship

Confirmed with Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857.


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13. L'art d'aimer [sung text not yet checked]

Se voir le plus possible et s'aimer seulement,
Sans ruse et sans détours, sans honte ni mensonge,
Sans qu'un désir nous trompe, ou qu'un remords nous ronge,
Vivre à deux et donner son coeur à tout moment ;

Respecter sa pensée aussi loin qu'on y plonge,
Faire de son amour un jour au lieu d'un songe,
Et dans cette clarté respirer librement -
Ainsi respirait Laure et chantait son amant.

Vous dont chaque pas touche à la grâce suprême,
Cest vous, la tête en fleurs, qu'on croirait sans souci,
C'est vous qui me disiez qu'il faut aimer ainsi.

Et c'est moi, vieil enfant du doute et du blasphème,
Qui vous écoute, et pense, et vous réponds ceci :
Oui, l'on vit autrement, mais c'est ainsi qu'on aime.

Authorship

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]