10 Mélodies

by Pauline Viardot-García (1821 - 1910)

1. Solitude [sung text checked 1 time]

La primevère mourante
Aspirait la brise errante,
Et le printemps de retour
Berçait d'un souffle de rose 
Le nid où l'oiseau repose,
Quand je vins rêver d'amour :

Et l'image accoutumée 
De ma jeune bien-aimée, 
Aussi belle qu'un beau jour,
Glissait, comme une ombre douce,
Parmi les fleurs et la mousse,
Quand je vins rêver d'amour.

Adieu ville aux bruits sans nombre !
La campagne fraîche et sombre,
Voilà mon dernier séjour ;
Pauvre oiseau de la vallée,
Je reviens chercher l'allée 
Qui me fait rêver d'amour.

Authorship:

The poem is headed by the following quote:
N'ai-je pas entendu de célestes concerts,
Des bruits harmonieux qui flottaient dans les airs,
La voix de l'esprit des déserts?
     -CHARLES NODIER

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

2. La petite chevrière [sung text checked 2 times]

Ah! c'est déjà ma fauvette 
Qui chante sur le pommier; 
J'ai dormi longtemps;
Allons il est temps!
Il est temps, car la clochette
Sonne au cou de mon bélier.
Allons, mes chevreaux gentils,
Suivez-moi grands et petits,
Allons faire la dinette, 
Sous les chênes du sentir.
Hé là bas, là bas, 
Ne vous battez pas Ah!
La la hi-o la la la 
Qu'il fait bon dans la montagne
Où personne ne me voit
De jolis oiseaux 
Boivent aux ruisseaux 
Mais là-bas dans la campagne
On étouffe sous un toit 
On ne voit que des méchants
Qui maltraitent les enfants,
Là-haut Finaut m'accompagne,
Et me mène au bon endroit;
C'est qu'il m'aime bien. 
Mon bon petit chien. Ah!
La la hi o la la la

Authorship:

Research team for this text: John Versmoren , Malcolm Wren [Guest Editor]

3. L'absence (Caña española) [sung text checked 1 time]

Aux longs tourments de l'absence
Le seul remède est mourir
Dans la triste indifférence
Pourquoi si longtemps languir ?
Sans repos, sans espérance ?
Est-ce vivre que souffrir ?

Lorsque je tiens ma promesse,
Ingrat, de t'aimer toujours,
Peut-être une autre maitresse
T'énivre d'autres amours.
C'est hélas! trop de souffrance,
Je sens mon coeur défaillir.

Authorship:

Based on:

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

4. Un jour de printemps [sung text checked 1 time]

Subtitle: Caprice

La légère fleur
Tremble sur sa tige,
L'abeille voltige,
Voici l'oiseleur --
L'oiseleur qui guette
La vive allouette

Le long du sillon,
Le long des allées
Tièdes et voilées,
Le gai papillon
Sème avec ses ailes
Des flots d'étincelles.

Écoutez là-bas 
Les milles murmures
Des milles verdures ;
Ne dirait on pas
Qu'il est des voix douces
Jusque dans les mousses ?

Oh! dans les taillis,
Quand l'ombre s'allonge,
Quand le cor prolonge
Ses doux hallalis
Comme la pensée
Se trouve bercée

Quel charme secret
Dans l'eau transparente,
Dans la lune errante ;
Et puis, quel regret,
Quand l'aurore achève
La veille et le rêve !

Authorship:

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

5. Villanelle [sung text checked 1 time]

Voici venir sur la pelouse
Les rayons du soleil qui meurt :
Avec son murmure [endormeur]1
Voici venir l'ombre jalouse :
J'écoute, et les voix du printemps
Font gémir la feuille éveillée.
J'aime le soir el la veillée :
La veillée est douce, et j'attends.

J'attends que la forêt se voile,
Et qu'au fond du ciel mon regard
Se perde et rencontre au hasard
Le regard tremblant d'une étoile.
Au milieu des mondes flottants,
Seule dans sa mélancolie,
Glissera la lune pâlie ;
La veillée est douce, et j'attends.

Si, du moins, dans le vallon même
Où le soir je viens l'appeler,
J'entendais doucement parler
Celle que je pleure et qui m'aime ;
Je crois l'entendre par instants,
Mais c'est quelque feuille envolée.
Ah ! je n'aime plus la veillée :
La veillée est triste, et j'attends.

Authorship:

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The poem is headed with the following two quotes:
Pasco mi di dolor, piangendo rido,
Egualmente mi spiace morte e vita,
In questo stato son, donna, per vui.
    PETRARCA

Nos fleurs gardent son souffle et nos échos sa voix.
   ÉMILE DESCHAMPS 
1 Viardot: "enchanteur"

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6. En mer [sung text checked 1 time]

La lune dans les cieux, promenant ses clartés,
Se mirait sur les flots, sur les flots argentés.
Je voguais solitaire, et, m'éloignant des grèves,
Entre le ciel et l'eau je balançais mes rêves.

Entre le ciel et l'eau quand la nue est d'azur,
Quand le flot est tranquille et que le coeur est pur,
La double immensité nous parle et nous révèle
La faiblesse de l'homme et la force éternelle.

Ces cieux ont éclairé des empires puissants,
Et ces flots ont mugi sous des murs menaçants,
Ces cieux brillent toujours, ces flots roulent encore,
Et le nom de Carthage est inconnu du More.

Des autels abattus, des empires détruits,
Le calme des déserts aux lieux où mille bruits
Montaient au ciel... voilà ce que le monde antique
Lègue au monde nouveau dans un sens prophétique.

La lune dans les cieux, promenant ses clartés,
Se mirait sur les flots, sur les flots argentés.
Je voguais solitaire, et, m'éloignant des grèves,
Entre le ciel et l'eau je balançais mes rêves.

Authorship:

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7. La chanson de Loïc [sung text checked 1 time]

Dès que la grive est éveillée,
Sur cette lande encor mouillée
  Je viens m'asseoir
  Jusques au soir;
[ Grand mère de qui je me cache
Dit: Loïc aime trop sa vache
  Oh! Oh! Nenni da!
Mais j'aime la petite Anna.]1

A son tour, Anna, ma compagne,
Conduit derrière la montagne,
  Près des sureaux,
  Ses noirs chevreaux;
Si la montagne, où je m'égare,
Ainsi qu'un grand mur nous sépare,
  Sa douce voix, 
Sa voix m'appelle au fond du bois. 

[ ... ]

Encore! Encore! Anna, ma belle!
Anna, c'est Loïc qui t'appelle!
  Encore un son 
  De ta chanson !
La chanson que chantent les lèvres,
Lorsque pour amuser tes chèvres,
  Petite Anna, 
Tu [danses]5 ton gai ta-ra-la!

[ ... ]

Mais quelle est derrière la branche
Cette fumée errante et blanche
  Qui [lentement]7
  Vers moi descend ?
Hélas ! Cette blanche fumée,
C'est l'adieu de ma bien-aimée,
  L'adieu d'amour,
Qui s'élève à la fin du jour.

[Mais adieu,]8 contre un vent farouche
Au travers des mes doigts ma bouche
  Dans ce ravin
  L'appelle en vain;
Déjà la nuit vient sur la lande ;
Rentrons au bourg, vache gourmande !
  O gui-lan-la !
Adieu donc, ma petite Anna !

Authorship:

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Laura Prichard) , "Young Breton shepherd", copyright © 2016, (re)printed on this website with kind permission

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1 Not set by Massé.
2 Berlioz, Massé: "Ah"
3 Berlioz: "et"
4 Berlioz: "Dieu! la mèchante a sur son aile / Emporté la voix douce et frêle"; omitted by Massé
5 Viardot: "chantes"
6 Reber: "tu fuis, agile et rieuse"
7 Viardot: "doucement"
8 Massé, Viardot: "Adieu donc !"

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8. Marie et Julie [sung text checked 1 time]

Les lys sont bien charmants;
Mais j'aime aussi la rose
Où le matin dépose
Ses petits diamants;
Marie est bien jolie
Mais Julie ...

Bien doux sont les yeux bleus
Comme la nuit sereine;
Mais j'aime aussi l'ébène
L'ébène des grands yeux ...
Marie est bien jolie
Mais Julie!

Entre deux fraîches voix,
Entre deux fleurs nouvelles,
Entre deux étincelles,
Qui saurait faire un choix?
Marie est bien jolie
Mais Julie!

Authorship:

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9. La Luciole [sung text checked 1 time]

Voyez la Luciole,
Voyez comme elle vole,
En précédant ses soeurs.
Où va-t-elle? où va-t-elle?
Poser son étincelle
Sur l'herbe ou sur les fleurs.

Sur la fleur rose et blanche,
Suspendue à la branche
De l'arbuste odorant;
Sur l'herbe verdoyante,
Pour narguer la méchante!
Le pauvre ver luisant...

Dis-moi, mouche brillante,
Serais tu l'ame errante
D'un amant malheureux?
Où serais-tu quelque âme
Qui concentra la flamme
Qu'on doit brûler pour deux?

As-tu plaisir ou peine?
Est-ce un ange qui mène
tes ailes dans la nuit?
Ou quelque démon sombre
S'éclaire-t-il, dans l'ombre,
De ton fanal qui luit?

Non, non, tu dois être heureuse
Ô mouche lumineuse,
Fille des nuits d'été,
Car ta vie éphémère
Me semble un doux mystère
D'amour et de beauté.

Authorship:

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Dana Zenobi) , "The firefly", copyright © 2021, (re)printed on this website with kind permission

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10. Tarentelle [sung text checked 1 time]

Dansez, pêcheur Napolitain,
En chantant votre gai refrain,
Dansez, pêcheur Napolitain,
La mer est calme et l'air serein,
Dansez, pêcheur Napolitain,
Sans nul souci du lendemain.

Si du Vésuve ou de l'Etna
La flamme étincelle,
C'est un fanal qui brillera,
C'est un fanal de bal;
Et si la mer, sur Ischia,
Ses flots amoncèle
Sa grande voix résonnera,
C'est un signal de bal...
Dansez, dansez la Tarentelle !

À la madone, à Saint Janvier,
Donnez le cierge et le dernier,
La main de ces patrons bénis
Mene tout droit en Paradis,
Mais en attendant 
Du départ le triste moment,
Livrons le reste de nos jours 
À la danse, au vin, aux amours.

Authorship:

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