Vingt mélodies pour chant et piano

by Victor Massé (1822 - 1884)

Word count: 1145

2. Rêverie [sung text checked 1 time]

L'étoile radieuse
Se mire au fond des eaux
Et semble lumineuse
Tomber dans les roseaux.
Suis ta route enflammée,
Bel astre aux yeux d'azur,
Ceux de la bien aimée
brillent d'un feu plus pur.

La brise harmonieuse
Emplit les bois fleuris,
Et soupire amoureuse
Comme des mots chéris.
La nature charmée
Les a créés pour nous,
Ceux de la bien aimée
Seront toujours plus doux.

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Researcher for this text: Johann Winkler

7. Le matin [sung text not yet checked]

Subtitle: Tableau rustique

L'Aurore sur le front du jour 
Seme l'azur, l'or et l'yvoire, 
Et le Soleil, lassé de boire, 
Commence son oblique tour.

Ses chevaux, au sortir de l'onde, 
De flame et de clarté couverts, 
La bouche et les nasaux ouverts, 
Ronflent la lumiere du monde.

Ardans ils vont à nos ruisseaux 
Et dessous le sel et l'escume 
Boivent l'humidité qui fume 
Si tost qu'ils ont quitté les eaux.

La lune fuit devant nos yeux ; 
La nuict a retiré ses voiles ; 
Peu à peu le front des estoilles 
S'unit à la couleur des Cieux.

Les ombres tombent des montagnes, 
Elles croissent à veüe d'oeil, 
Et d'un long vestement de deuil 
Couvrent la face des campagnes.

Le Soleil change de sejour, 
Il penetre le sein de l'onde, 
Et par l'autre moitié du monde 
Pousse le chariot du jour.

Desjà la diligente avette 
Boit la marjolaine et le thyn, 
Et revient riche du butin 
Qu'elle a prins sur le mont Hymette.

Je voy le genereux lion 
Qui sort de sa demeure creuse, 
Hérissant sa perruque affreuse 
Qui faict fuir Endimion.

Sa dame, entrant dans les boccages 
Compte les sangliers qu'elle a pris, 
Ou devale, chez les esprits 
Errans aux sombres marescages.

Je vois les agneaux bondissans 
Sur les bleds qui ne font que naistre ; 
Cloris, chantant, les meine paistre 
Parmi ces costaux verdissans.

Les oyseaux, d'un joyeux ramage, 
En chantant semblent adorer 
La lumiere qui vient dorer 
Leur cabinet et leur plumage.

Le pré paroist en ses couleurs, 
La bergere aux champs revenue 
Mouillant sa jambe toute nue 
Foule les herbes et les fleurs.

La charrue escorche la plaine ; 
Le bouvier, qui suit les seillons, 
Presse de voix et d'aiguillons 
Le couple de boeufs qui l'entraine.

Alix appreste sou fuseau ; 
Sa mere qui luy faict la tasche, 
Presse le chanvre qu'elle attache 
A sa quenouille de roseau.

Une confuse violence 
Trouble le calme de la nuict, 
Et la lumiere, avec le bruit, 
Dissipe l'ombre et le silence.

Alidor cherche à son resveil 
L'ombre d'Iris qu'il a baisee 
Et pleure en son ame abusee 
La fuitte d'un si doux sommeil.

Les bestes sont dans leur taniere, 
Qui tremblent de voir le Soleil, 
L'homme, remis par le sommeil, 
Reprend son oeuvre coustumiere.

Le forgeron est au fourneau ; 
Voy comme le charbon s'alume ! 
Le fer rouge dessus l'enclume 
Estincelle sous le marteau.

Ceste chandelle semble morte,
Le jour la faict esvanouyr ;
Le Soleil vient nous esblouyr :
Voy qu'il passe au travers la porte !

Il est jour : levons-nous Philis ; 
Allons à nostre jardinage, 
Voir s'il est comme ton visage, 
Semé de roses et de lys.

Authorship

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Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

11. Attente [sung text not yet checked]

I
Au pays où se fait la guerre
Mon bel ami s'en est allé ;
Il semble à mon cœur désolé
Qu'il ne reste que moi sur terre !
En partant, au baiser d'adieu,
Il m'a pris mon âme à ma bouche.
Qui le tient si longtemps, mon Dieu ?
Voilà le soleil qui se couche,
Et moi, toute seule en ma tour,
J'attends encore son retour.

II
Les pigeons sur le toit roucoulent,
Roucoulent amoureusement ;
Avec un son triste et charmant
Les eaux sous les grands saules coulent.
Je me sens tout près de pleurer ;
Mon cœur comme un lis plein s'épanche,
Et je n'ose plus espérer.
Voici briller la lune blanche,
Et moi, toute seule en ma tour,
J'attends encore son retour.

III
Quelqu'un monte à grands pas la rampe :
Serait-ce lui, mon doux amant ?
Ce n'est pas lui, mais seulement
Mon petit page avec ma lampe.
Vents du soir, volez, dites-lui
Qu'il est ma pensée et mon rêve,
Toute ma joie et mon ennui.
Voici que l'aurore se lève,
Et moi, toute seule en ma tour,
J'attends encore son retour.

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • DUT Dutch (Nederlands) (Marike Lindhout) , "Naar het land waar oorlog woedt", copyright © 2008, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Victoria de Menil) , "To the country where war is waged", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

14. La plainte du pêcheur [sung text checked 1 time]

Fenêtre demi-close et maîtresse cruelle,
Quels soupirs et quels cris vous me faites jeter !
Mon cœur est un volcan, il tonne, il étincelle
Pour vous, si belle aux yeux qu'on ne peut vous chanter.
Ô maîtresse cruelle !

Que la neige, ô Stella, vous serve de modèle !
La neige est blanche et froide et se laisse toucher :
Vous êtes, ô Stella, blanche et froide comme elle,
Vous me voyez mourir, et sans vous approcher,
ô maîtresse cruelle !

Authorship

Researcher for this text: Johann Winkler

15. Voyage [sung text checked 1 time]

Au pays d'où je viens
Je vous aimais, madame.
Vos yeux étaient les miens,
Et mienne était votre âme.

Au pays où je suis
Sans cesse à vous je pense,
Et je maudis l'absence,
Et je pleure les nuits.

Au pays où je vais
J'emporte ma tristesse ;
Chaque pas que je fais,
me tue, ô ma maîtresse !

Authorship

Researcher for this text: Johann Winkler

16. Barcarolle [sung text not yet checked]

Dites, la jeune belle,
Où voulez-vous aller ?
La voile [ouvre]1 son aile,
La brise va souffler !

L'aviron est d'ivoire,
Le pavillon de moire,
Le gouvernail d'or fin ;
J'ai pour lest une orange,
Pour voile une aile d'ange,
Pour mousse un séraphin.

Dites, la jeune belle !
Où voulez-vous aller?
La voile [ouvre]1 son aile,
La brise va souffler !

Est-ce dans la Baltique,
[Sur]2 la mer Pacifique,
Dans l'île de Java ?
Ou bien [dans la]3 Norwége,
Cueillir la fleur de neige,
Ou la fleur d'Angsoka ?

Dites, la jeune belle,
Où voulez-vous aller?
[La voile ouvre son aile,
La brise va souffler!]4

-- Menez-moi, dit la belle,
À la rive fidèle
Où l'on aime toujours.
-- Cette rive, ma chère,
On ne la connaît guère
Au pays des amours.

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Emily Ezust) , no title, copyright ©
  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , copyright © 2011, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) (Ferdinando Albeggiani) , "Dite, mia giovane bella", copyright © 2009, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)

Confirmed with Théophile Gauthier, La comédie de la mort, Desessart editeur, Paris, 1838, page 309.

1 Berlioz: "enfle"
2 Berlioz, Gounod: "Dans"
3 Berlioz, Gounod: "est-ce en"
4 omitted by Berlioz and Gounod

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Pierre Mathé [Guest Editor]

19. Le chant des Caïdjis [sung text checked 1 time]

Subtitle: Orientale pour ténor et basse

Le caïque volait. 
Appuyés sur leurs rames
Les caïdjis chantaient 
un orgueilleux refrain.
Tandis que leur esquif 
balancé sur les lames,
Se dressait tout à coup 
et s'abaissait soudain.

Le caïque vole 
Et file en avant
Dans sa course folle
Plus prompt que le vent.
Il fuit plus rapide 
Que le roi des airs,
Que le cerf timide 
Et que les éclairs.
Il entr'ouvre et brise
Comme un coin d'airain
La vague surprise
Qui résiste en vain.
Allah le protège !
Dans le paradis
Il a son cortège
De bons caïdjis.

Au bord du rivage
Le coursier lancé
Écume de rage
D'être dépassé.
La preste hirondelle
S'étonne et poursuit
Ce rival sans aile
Qui vole et qui fuit.
Allah nous protège !
Dans le paradis
Il a son cortège
De bons caïdjis.

Fathmé la charmante
Guette mon retour,
Mais souvent l'attente
A lassé l'amour.
Djehmé la charmante
Guette mon retour,
Mais souvent l'attente
A lassé l'amour.
Beau caïque vole,
Vole, oiseau léger,
Ôte à la frivole
Le temps de changer.
Qu'Allah me protège,
Et qu'au paradis
Je sois du cortège
Des bons caïdjis.

Authorship

Researcher for this text: Johann Winkler