Translation by Gilles Durant, sieur de la Bergerie (1554 - 1614?5)

Le long des eaux, où se bagne De Babylon la campagne, Abbatus
Language: French (Français)  after the Latin 
Le long des eaux, ou se bagne
De Babylon la campagne,
Abbatus d’affliction,
Contre terre nous nous mismes,
Et force pleurs espandismes,
Nous souvenans de Sion.
Nous souvenans de nos pertes,
Parmi ces plaines desertes
Ou nous nous voyons reclus
En miserable servage,
Aux saules verds du rivage
Nous attachasmes nos Luths.
Ceux qui captifs nous menerent,
Mile plaisirs se donnerent
De nos piteuses façons:
Et en pleurs nous voyans fondre,
Venoyent, helas ! nous semondre
De leur dire des chansons.
Eux, qui nous causoyent le plaindre,
Vouloyent encor' nous contraindre
De faire les resjouis :
Chantez, disoyent ces rustiques,
Chantez nous quelques Cantiques
De ceux de vostre païs.
Comment se pourroit—il faire
Que les chants nous peussent plaire,
Tant que captifs nous serons ?
Pourrions-nous, en terre estrange,
Faire bruire la louange
Du Dieu que nous adorons ?

Seconde partie

Si jamais jour de ma vie,
Ô ! Jerusalem, j'oublie
De toy le doux souvenir,
Que ma main sur l’heure puisse
Mettre en oubli son office
Et percluse devenir.
Puisse ma langue seichée
Estre à ma gorge attachée,
S'il ne me souvient de toy :
Et si toujours en memoire
Je ne me remets ta gloire
Et l'amour que je te doy.
Si autre joye plus douce,
Si autre plaisir me pousse
Parmi ce triste sejour,
Si j'ay rien qui me contente
(Ô ! Sion) fors que l'attente
De te revoir quelque jour.

Troisiesme partie

Seigneur, ayes souvenance
De la fiere contenance
Des fils d’Edom, ce jour-là
Que la ville fut forcée,
Et que ta main courroucée
Jerusalem desola.
Ils crioyent, bouffis de rage,
A nos ennemis: Courage,
Rasez jusqu'aux fondements
Ces edifices superbes,
Rasez à l'esgal des herbes
Ces orgueilleux bastimens.
Ô ! Babylon miserable,
Qui dois d’un malheur semblable
Sentir un jour les effects,
Heureux celuy-là puisse estre
Qui te fera recognoistre
Les maux que tu nous as faits.
Heureux ! ô race cruelle,
Celuy qui de la mamelle
Tes petits arrachera,
Qui les jettera par terre,
Et contre une dure pierre
Sans pitié les froissera.

Source: Les œuvres poetiques du sieur de la Bergerie, avec les imitations tirees du Latin de Jean Bannefons, Paris, Abel l'Angelier, 1594.


Authorship

Based on

Musical settings (art songs, Lieder, mélodies, (etc.), choral pieces, and other vocal works set to this text), listed by composer (not necessarily exhaustive)

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Researcher for this text: Guy Laffaille [Guest Editor]

Text added to the website: 2015-04-07 00:00:00
Last modified: 2015-04-07 17:35:04
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