25 fables de La Fontaine

Song Cycle by Melchior Alexandre Bruneau (1823 - 1898)

Word count: 4206

1. La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Bœuf [sung text not yet checked]

Une Grenouille vit un Bœuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille,
Pour égaler l'animal en grosseur,
Disant: "Regardez bien, ma sœur ;
Est-ce assez? dites-moi ; n'y suis-je point encore ?
- Nenni. - M'y voici donc? - Point du tout. - M'y voilà ?
- Vous n'en approchez point." La chétive pécore
S'enfla si bien qu'elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.

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2. Le Loup plaidant contre le renard par-devant le singe [sung text not yet checked]

   Un loup disait que l’on l’avait volé :
Un renard, son voisin, d’assez mauvaise vie,
Pour ce prétendu vol par lui fut appelé.
        Devant le singe il fut plaidé,
Non point par avocats, mais par chaque partie.
        Thémis n’avait point travaillé,
De mémoire de singe, à fait plus embrouillé.
Le magistrat suait en son lit de justice.
        Après qu’on eut bien contesté,
        Répliqué, crié, tempesté,
        Le juge, instruit de leur malice,
Leur dit : Je vous connais de longtemps, mes amis ;
        Et tous deux vous paierez l’amende :
Car toi, loup, tu te plains, quoiqu’on ne t’ait rien pris ;
Et toi, renard, as pris ce que l’on te demande.

Le juge prétendait qu’à tort et à travers,
On ne saurait manquer, condamnant un pervers.

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3. L'âne et le petit chien [sung text not yet checked]

        Ne forçons point notre talent ;
        Nous ne ferions rien avec grâce :
        Jamais un lourdaud, quoi qu'il fasse,
        Ne saurait passer pour galant.
Peu de gens, que le ciel chérit et gratifie,
Ont le don d'agréer infus avec la vie.
        C'est un point qu'il leur faut laisser,
Et ne pas ressembler à l'âne de la fable,
        Qui, pour se rendre plus aimable,
Et plus cher à son maître, alla le caresser.
        Comment ! disait-il en son âme,
        Ce chien, parce qu'il est mignon,
        Vivra de pair à compagnon
        Avec monsieur, avec madame ;
        Et j'aurai des coups de bâton !
        Que fait-il ? il donne la patte ;
        Puis aussitôt il est baisé :
S'il en faut faire autant afin que l'on me flatte,
        Cela n'est pas bien malaisé.
        Dans cette admirable pensée,
Voyant son maître en joie, il s'en vient lourdement,
        Lève une corne toute usée,
La lui porte au menton fort amoureusement,
Non sans accompagner, pour plus grand ornement,
De son chant gracieux cette action hardie.
Oh ! oh ! quelle caresse ! et quelle mélodie !
Dit le maître aussitôt. Holà, Martin-bâton !
Martin-bâton accourt : l'âne change de ton.
        Ainsi finit la comédie.

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4. Les médecins [sung text not yet checked]

Le médecin Tant-Pis allait voir un Malade
Que visitait aussi son Confrère Tant-Mieux.
Ce dernier espérait, quoique son Camarade
Soutînt que le Gisant irait voir ses aïeux.
Tous deux s'étant trouvés différents pour la cure,
Leur Malade paya le tribut à Nature,
Après qu'en ses conseils Tant-Pis eut été cru.
Ils triomphaient encor sur cette maladie.
L'un disait : Il est mort, je l'avais bien prévu.
S'il m'eût cru, disait l'autre, il serait plein de vie.

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5. Le serpent et la lime [sung text not yet checked]

On conte qu'un serpent, voisin d'un horloger,
(C'était pour l'horloger un mauvais voisinage),
Entra dans sa boutique, et, cherchant à manger,
        N'y rencontra pour tout potage
Qu'une lime d'acier qu'il se mit à ronger.
Cette lime lui dit, sans se mettre en colère :
    Pauvre ignorant, eh ! que prétends-tu faire ?
        Tu te prends à plus dur que toi,
        Petit serpent à tête folle :
        Plutôt que d'emporter de moi
        Seulement le quart d'une obole,
        Tu te romprais toutes les dents.
        Je ne crains que celles du temps.

Ceci s'adresse à vous, esprits du dernier ordre,
Qui, n'étant bons à rien, cherchez surtout à mordre.
        Vous vous tourmentez vainement.
Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages
            Sur tant de beaux ouvrages ?
Ils sont pour vous d'airain, d'acier, de diamant.

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6. Le lion s'en allant en guerre [sung text not yet checked]

Le lion dans sa tête avait une entreprise :
Il tint conseil de guerre, envoya ses prévôts,
        Fit avertir les animaux.
Tous furent du dessein, chacun selon sa guise :
        L'éléphant devait sur son dos
        Porter l'attirail nécessaire,
        Et combattre à son ordinaire ;
        L'ours, s'apprêter pour les assauts ;
Le renard, ménager de secrètes pratiques ;
Et le singe, amuser l'ennemi par ses tours.
Renvoyez, dit quelqu'un, les ânes, qui sont lourds,
Et les lièvres, sujets à des terreurs paniques.
Point du tout, dit le roi ; je les veux employer :
Notre troupe sans eux ne serait pas complète.
L'âne effrayera les gens, nous servant de trompette ;
Et le lièvre pourra nous servir de courrier.

        Le monarque prudent et sage
De ses moindres sujets sait tirer quelque usage,
        Et connaît les divers talents.
Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens.

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7. Le rat de ville et le rat des champs [sung text not yet checked]

Autrefois le Rat de ville
Invita le Rat des champs,
D'une façon fort civile,
A des reliefs d'Ortolans.

Sur un Tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.

Le régal fut fort honnête,
Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu'un troubla la fête
Pendant qu'ils étaient en train.

A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit :
Le Rat de ville détale ;
Son camarade le suit.

Le bruit cesse, on se retire :
Rats en campagne aussitôt ;
Et le citadin de dire :
Achevons tout notre rôt.

- C'est assez, dit le rustique ;
Demain vous viendrez chez moi :
Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de Roi ;

Mais rien ne vient m'interrompre :
Je mange tout à loisir.
Adieu donc ; fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre.

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8. Le loup et l'agneau [sung text not yet checked]

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
        Nous l'allons montrer tout à l'heure.

        Un agneau se désaltérait
        Dans le courant d'une onde pure.
Un loup survint à jeun, qui cherchait aventure,
    Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
        Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté
        Ne se mette pas en colère ;
        Mais plutôt qu'elle considère
        Que je me vas désaltérant
                Dans le courant,
        Plus de vingt pas au-dessous d'elle ;
Et que, par conséquent, en aucune façon
        Je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles ! reprit cette bête cruelle ;
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
Comment l'aurais-je fait, si je n'étais pas né ?
    Reprit l'agneau : je tette encore ma mère. --
        Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. --
    Je n'en ai point. -- C'est donc quelqu'un des tiens ;
        Car vous ne m'épargnez guère,
        Vous, vos bergers et vos chiens.
    On me l'a dit : il faut que je me venge.
        Là-dessus, au fond des forêts
        Le loup l'emporte, et puis le mange,
        Sans autre forme de procès.

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  • ENG English (David Jonathan Justman) , "The wolf and the lamb", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission

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9. Le lion et le rat [sung text not yet checked]

Il faut, autant qu'on peut, obliger tout le monde :
On a souvent besoin d'un plus petit que soi.
De cette vérité deux Fables feront foi,
Tant la chose en preuves abonde.
Entre les pattes d'un Lion
Un Rat sortit de terre assez à l'étourdie.
Le Roi des animaux, en cette occasion,
Montra ce qu'il était, et lui donna la vie.
Ce bienfait ne fut pas perdu.
Quelqu'un aurait-il jamais cru
Qu'un Lion d'un Rat eût affaire ?
Cependant il advint qu'au sortir des forêts
Ce Lion fut pris dans des rets,
Dont ses rugissements ne le purent défaire.
Sire Rat accourut, et fit tant par ses dents
Qu'une maille rongée emporta tout l'ouvrage.
Patience et longueur de temps
Font plus que force ni que rage.

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10. Le renard ayant la queue coupée [sung text not yet checked]

        Un vieux renard, mais des plus fins,
Grand croqueur de poulets, grand preneur de lapins,
        Sentant son renard d'une lieue,
        Fut enfin au piège attrapé.
    Par grand hasard en étant échappé,
Non pas franc, car pour gage il y laissa sa queue ;
S'étant, dis-je, sauvé sans queue, et tout honteux,
Pour avoir des pareils (comme il était habile),
Un jour que les renards tenaient conseil entre eux :
Que faisons-nous, dit-il, de ce poids inutile,
Et qui va balayant tous les sentiers fangeux ?
Que nous sert cette queue ? il faut qu'on se la coupe
    S'y l'on me croit, chacun s'y résoudra.
Votre avis est fort bon, dit quelqu'un de la troupe :
Mais tournez-vous, de grâce ; et l'on vous répondra.
À ces mots il se fit une telle huée
Que le pauvre écourté ne put être entendu.
Prétendre ôter la queue eût été temps perdu :
        La mode en fut continuée.

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11. Le lion et le chasseur [sung text not yet checked]

    Un fanfaron, amateur de la chasse,
    Venant de perdre un chien de bonne race
    Qu'il soupçonnait dans le corps d'un lion,
    Vit un berger. Enseigne-moi, de grâce,
    De mon voleur, lui dit-il, la maison ;
    Que de ce pas je me fasse raison.
    Le berger dit : C'est vers cette montagne.
    En lui payant de tribut un mouton
    Par chaque mois, j'erre dans la campagne
    Comme il me plaît ; et je suis en repos.
    Dans le moment qu'ils tenaient ces propos
    Le lion sort, et vient d'un pas agile.
    Le fanfaron aussitôt d'esquiver ;
    Ô Jupiter, montre-moi quelque asile,
    S'écria-t-il, qui me puisse sauver !

        La vraie épreuve de courage
N'est que dans le danger que l'on touche du doigt :
Tel le cherchait, dit-il, qui, changeant de langage,
        S'enfuit aussitôt qu'il le voit.

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12. Le laboureur et ses enfants [sung text not yet checked]

        Travaillez, prenez de la peine :
        C'est le fonds qui manque le moins.

Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage
        Que nous ont laissé nos parents :
        Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l'endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver : vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oût[1] :
Creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place
        Où la main ne passe et repasse.
Le père mort, les fils vous retournent le champ,
De çà, de là, partout ; si bien qu'au bout de l'an
        Il en rapporta davantage.
D'argent, point de caché. Mais le père fut sage
        De leur montrer, avant sa mort,
        Que le travail est un trésor.

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13. Le corbeau et le renard [sung text not yet checked]

Maître Corbeau, sur un arbre perché, 
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l'odeur alléché, 
Lui tint à peu près ce langage:
Hé!  Bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli! Que vous me semblez beau!
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois.
A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie;
Et, pour montrer sa belle voix, 
Il ouvre un large bec, laisse tombe sa proie.
Le renard s'en saisit, et dit: Mon bon monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute:
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
Le corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Jonathan Justman) , "The Raven and the Fox", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission

See also Le renard et le corbeau.


Researcher for this text: Geoffrey Wieting

14. La cigale et la fourmi [sung text not yet checked]

La cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
«Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'août, foi d'animal,
Intérêt et principal.»
La Fourmi n'est pas prêteuse;
C'est là son moindre défaut.
«Que faisiez-vous au temps chaud?
Dit-elle à cette emprunteuse.
-- Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
-- Vous chantiez? j'en suis fort aise.
Et bien! dansez maintenant.»

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Emily Ezust) , "The grasshopper and the ant", copyright © 2016

See also La cigale vengée.


Researcher for this text: Ted Perry

15. Le lion devenu vieux [sung text not yet checked]

Le Lion, terreur des forêts,
Chargé d'ans et pleurant son antique prouesse,
Fut enfin attaqué par ses propres sujets,
Devenus forts par sa faiblesse.
Le Cheval s'approchant lui donne un coup de pied ;
Le Loup un coup de dent, le Boeuf un coup de corne.
Le malheureux Lion, languissant, triste, et morne,
Peut a peine rugir, par l'âge estropié.
Il attend son destin, sans faire aucunes plaintes ;
Quand voyant l'Ane même à son antre accourir :
"Ah ! c'est trop, lui dit-il ; je voulais bien mourir ;
Mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes."

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16. La belette entrée dans un grenier [sung text not yet checked]

Damoiselle belette, au corps long et fluet,
Entra dans un grenier par un trou fort étroit :
        Elle sortait de maladie.
        Là, vivant à discrétion,
        La galande fit chère lie,
        Mangea, rongea : Dieu sait la vie,
Et le lard qui périt en cette occasion !
        La voilà, pour conclusion,
        Grasse, maflue, et rebondie.
Au bout de la semaine, ayant dîné son soûl,
Elle entend quelque bruit, veut sortir par le trou,
Ne peut plus repasser, et croit s'être méprise.
        Après avoir fait quelques tours,
C'est, dit-elle, l'endroit, me voilà bien surprise ;
J'ai passé par ici depuis cinq ou six jours,
        Un rat, qui la voyait en peine,
Lui dit : Vous aviez lors la panse un peu moins pleine.
Vous êtes maigre entrée, il faut maigre sortir.
Ce que je vous dis là, l'on le dit à bien d'autres ;
Mais ne confondons point, par trop approfondir,
        Leurs affaires avec les vôtres.

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17. Le coq et la perle [sung text not yet checked]

Un jour un coq détourna
Une perle, qu'il donna
Au beau premier lapidaire.
Je la crois fine, dit-il ;
Mais le moindre grain de mil
Serait bien mieux mon affaire.

Un ignorant hérita
D'un manuscrit qu'il porta
Chez son voisin le libraire.
Je crois, dit-il, qu'il est bon ;
Mais le moindre ducaton
Serait bien mieux mon affaire.

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18. Le geai paré des plumes du paon [sung text not yet checked]

Un paon muait : un geai prit son plumage ;
        Puis après se l'accommoda ;
Puis parmi d'autres paons tout fiers se panada,
        Croyant être un beau personnage.
Quelqu'un le reconnut : il se vit bafoué,
        Berné, sifflé, moqué, joué,
Et par messieurs les paons plumé d'étrange sorte ;
Même vers ses pareils s'étant réfugié,
        Il fut par eux mis à la porte.

Il est assez de geais à deux pieds comme lui,
Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui,
        Et que l'on nomme plagiaires.
Je m'en tais, et ne veux leur causer nul ennui :
        Ce ne sont pas là mes affaires.

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19. Les grenouilles qui demandent un roi [sung text checked 1 time]

Subtitle: Scène comique et parodiée

Certain jour au fond des eaux
aux habitants des roseaux,
une grenouille en pleurant
tint ce discours éloquent.
Il serait urgent ma foi,
de choisir un roi,
mes sœurs croyez-moi.
Et tandis qu'elle parlait,
une grenouille chantait.
Va t'en voir s'ils viennent, Jean,
va t'ennent.

Jupiter fut consulté,
et ce Dieu dans sa bonté
d'un soliveau leur fit don
mais ce monarque trop bon
fut par son peuple entêté,
d'abord plaisanté
et fort mal traité.
Il régnait avec douceur
celà lui porta malheur.
Va t'en etc.

Depuis ce temps là de rois
elles changèrent quatre fois.
Lors qu'une grue à son tour
au marais vint tenir cour.
Sous c'regim' un peu glissant,
L'peuple croassant
allait décroissant.
Et fut dans l'enchantement
de ce nouveau changement.
Va t'en etc.

Des sujets marécageux
les plaintes furent aux cieux.
"Vous aviez un roi trop doux,"
dit Jupiter en courroux.
"Vous souffrez par ci, par là,
pourtant, halte-là,
gardez celui-là.
Folles n'en changez jamais,
il en est de plus mauvais.
Va t'en etc.

Bref, de cette fable-ci
la morale la voici:
Quoi qu'à moitié bien logé,
ne donnez jamais congé.
Souvent en déménageant,
souvenez-vous en,
souvenez-vous en.
Les locataires sont forcés
de payer les pots cassés.
Va t'en etc.

Authorship

Note: see also Jean de La Fontaine's Les grenouilles qui demandent un roi.


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20. La cigogne et le renard [sung text checked 1 time]

Subtitle: Comique et parodiée

Un jour d'un air aimable
Un vieux r'nard bon vivant
Invitait à sa table
C'qui n'arrive pas souvent.
Sa voisin' la cigogne,
qui s'garda d'refuser
Son concours à la b'sogne,
Qu'on v'nait d'lui proposer

Le R'nard pour tout' cuisine
N'avait qu'un un brouet clair
D'assez mauvaise mine
Qu'il servit en plein air
Sur une assiette unie
C'qui fit qu'l'hôte au long bec
N'en put attrapper mie
Et resta l'ventre à sec.

Pour se venger d'l'offense
La cigogne à son tour
L'invite à faire bombance
D'un morceau de bass' cour.
Volontiers, lui dit l'drôle,
Car pour te faire plaisir,
J'irais dans l'cas ma parole
De me laisser raccourcir.

A l'heure dit' le compère
S'trouvait au rendez-vous,
Ayant pour faire bonn'chère
L'appétit d'trent'six loups.
L'odeur de la ripaille
Lui flattait tant l'nazoi,
Qu'il s'croyait à Versailles
Dans la cuisine du Roi.

Déployant sa serviette
Il va pour commencer,
Mais sur la table nette
Il ne voit rien passer.
Rien qu'un grand vase étrange
Au col étroit et long,
Dont sans qu'ca la dérange
La cigogne touch' le fond.

Mais l'ratelier du sire
Etait fait de façon,
Qu'il ne put l'introduire
Dans l'précieux flacon.
Et chaque fois son hôtesse
Bequ'tait quelqu' bons morceaux.
D'envie et de tendresse
Il s'en léchait l'museau

Il dut à sa demeure
A jeun s'en retourner
Et s'coucher à son heure
Comme s'il v'nait de diner.
Trompeurs pourqui j'rabâche,
Cette histoire apprenez.
Que lorsqu'en l'air on crache
Ça vous r'tombe sur le nez.

Authorship

See this fable by Jean de La Fontaine.


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21. Le loup et la cigogne [sung text checked 1 time]

Subtitle: Dialoguée et parodiée

Certain jour chez Passoir un loup cossument mis ;
Se fit servir des huîtres avec du vieux Chablis.
Le gaillard qui faisait, bien sauter le bouchon 
Chantait en déjeunant la mère Godichon.

Bientôt le gastronome appela le garçon.
Lui dit: servez moi vite un gigot de mouton.
On sert le fin gigot, et sans salamalec.
Le loup mangeant trop vite avala l'os avec.

Tout tremblant, il s'écrie: faute d'attention,
Je sens que j'vais avoir une indigestion.
Une jeune cigogne qui dinait près de lui
Lui dit: j'vais vous s'courir, car vous êtes un ami.

La cigogne aussitôt allongeant son cou sec,
Dans l'gosier du malade introduisit son bec.
L'adroite opératrice sauva l'doyen des loups
Et tenant l'os chanta "la victoire et à nous".

Vous alliez trépasser, Seigneur, sans mon talent,
Payez-moi le café pour êtr' reconnaissant.
Vous êtes trop heureus', lui repondit le loup ; 
D'avoir pu retirer votre bec de mon cou.

Ah! répond' la cigogne avec un air véxé,
j'croyais que mon talent s'rait mieux récompensé.
J'ajoute pour morale, et, c'est un fait constant, 
Qu'on a souvent bien tort d'obliger un méchant.

Authorship

See also Jean de La Fontaine's Le loup et la cigogne.


Researcher for this text: Johann Winkler

22. Le renard et les raisins [sung text checked 1 time]

Subtitle: Fable parodiée comique

Un renard bon compère,
Tout habillé de gris,
Biribi.
Un jour dit à son père,
J'vais flaner hors Paris.
Carabi, Toto Carabo
Donne-moi mon chapeau,
Compère Guilleri.
Qu'il était gai, le petit Renard gris.

Franchissant la barrière
Un octroyen lui dit:
Biribi
Que portez vous derrière?
C'est ma queue mon ami
Carabi 
Toto Carabo
En poil de blaireau
Comme vos favoris
Qu'il était gai, le petit Renard gris.

Passant d'vant au village
Les poules du pays
Biribi
Disaient: c'beau personnage
Est joliment bien mis
Carabi
Toto Carabo,
La queue de son manteau
Semble un plumet d'marquis.
Qu'il était gai, le petit Renard gris.

Je crois, dit-il, qu'on s'moque
De ce qui m'embellit.
Biribi
La d'ssus il tombe et croque,
La poule et ses petits
Carabi
Toto Carabo
Après ce fricandeau,
Il fut en appêtit.
Qu'il était gai, le petit Renard gris.

Il arrive dans un' ville,
Qu'elle est c'tte vill' dit-y?
Biribi
Ca m'paraît fort tranquille
J'vas m'établir ici.
Carabi
Toto Carabo
Mais je suis à Fontainebleau!
D'ou vient l'raisin d'Paris.
Qu'il était gai, le petit Renard gris.

Passant d'vant une treille
Il s'croit en paradis.
Biribi
Plus de cent grapp' vermeilles
Semblaient d'un gout exquis.
Carabi
Toto Carabo
Mais, c'était trop haut, 
A vingt pieds et d'mie.
Qu'il était gai, le petit Renard gris.

Il dit: o pein' cruelle!
Comment croquer ceci!
Biribi
Si j'avais une échelle, 
Ça n'frait pas un pli.
Carabi
Toto Carabo
Je croque le marmot
en attendant l'treillis.
Qu'il était gai, le petit Renard gris.

L'œil fix la bouche béante
Devant ces grains d'rubis;
Biribi
Après cinq heures d'attente,
Il jure un sacristi.
Carabi
Toto Carabo
J'ai le bec .. dans l'eau
Et le torticoli.
Qu'il était gai, le petit Renard gris.

Les raisins d'cette muraille
Sont verts comm' des amis!
Biribi
C'est bon pour d'la val'taille
Mais moi, j'suis trop bien mis.
Carabi
Toto Carabo
L'chass'las de Fontain'bleau
Ne vaut pas l'raisin d'Paris.
Qu'il était gai, le petit Renard gris.

Comme il faut un' morale
Aux fables qu'on écrit;
Biribi
Pour toute fin finale
Je vais vous fair' celle ci:
Carabi
Toto Carabo
L'raisin de Fontain'bleau-
C't'année, s'ra hors de prix,
Il faudra faire comm' le p'tit Renard gris.

Authorship

See also Jean de La Fontaine's Le renard et les raisins.


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23. La cigale vengée [sung text checked 1 time]

Subtitle: Dialoguée et parodiée pour sopranos

Un jour dame Cigale, couchée sur son sopha
S'occupait d'étudier un nouvel opéra.
Se trouva dérangée, en essayant un mi
Par un de ses valets annonçant la Fourmi.

Alors, dame Fourmi, couverte d'un haillon,
De gros sabots aux pieds entra dans le salon.
La cigale à l'instant, en la reconnaissant
Par ces mots commença le dialogue suivant:

En croirais-je mes yeux? Quel air de pauvreté !!!
Seriez-vous donc réduite à la mendicité?
"Hélas! vous l'avez dit, maudite par l'enfer,
J'ai perdu tout mon bien en jouant au chemin d'fer."

Maintenant vous n'pourrez plus, boire votr' goutte de cognac,
El'ver des chats, des s'rins et prendr' du tabac?
"J'ai mis tout ça d'coté, mais j'viens vous emprunter
A mon tour M'am' Cigal', quequ' sous pour subsister.

Si vous ne l'voulez pas, c'est qu vous l'voudrez bien,
Car lors qu'on est chanteuse au théâtre Italien
Qu'on enfonce Dorus-Gras, M'am' Damoreau-Cinti.
On peut bien soulager une pauvre fourmi ..."

Sur ces mot, la Cigal' flattée d'ces compliments
Répond: vous tombez mal, j'attend mes appoint'ments.
Figurez-vous qu'hier, j'ai payé mon loyer,
Ce qui m'mettait à court, m'empêche de vous prêter.

A ce r'fus, la Fourmi se leva brusquement
Et sans dire und seul mot quitta l'appartement.
En proie au désespoir, de se trouver sans pain,
Elle alla se jeter dans l'canal Saint Martin.

En fait d'moralité, rentiers sachez par coeur,
Qu'on ne doit passer le pauv' dans le malheur.
On n'sait ce que l'avenir ménage de noirceur,
Surtout quand on s'permet, d'jouer avec la vapeur. 

Authorship

See Jean de La Fontaine's La cigale et la fourmi.


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24. Le renard et le corbeau [sung text checked 1 time]

Subtitle: Chansonnette

Un jour maître Corbeau sur und arbre perché
Tenait dedans son bec un fromage glacé.
Lorsque maître Renard attiré par l'odeur.
L'accoste poliment par ce propos flatteur.

Bonjour, maître Corbeau! Comment vous portez-vous?
Merci, maître Renard, ça va pas mal et vous?
Et mes enfants aussi, hors mon p'tit nouveau-né,
Qui par ses derniers froids s'est très fort enrhumé.

Peste, mon cher Corbeau, vous êtes joliment mis,
Vous vous faites pour sûr habiller à Paris?
Oui, répond le nigaud à ce propos railleur.
Puis, il offre aussitôt l'adresse de son tailleur.

Vraiment si vot' ramag' ressemble à vot' pal'tot,
Vous enfoncez Duprez, Lablache et Mario!
Chantez-moi quelque chose, une ariette, un rien,
Car chez-vous f'père en fils, chacun est musicien!

Alors, maître Corbeau, sans se faire prier,
Entonne sans façon le grand air du Barbier.
Mais comme il faut ouvrir la bouche pour chanter,
Il laisse tomber par terre son fromage glacé.

Soudain maître Renard, qui comptait la-dessus,
Saute sur le fromage et rit comme un bossu;
Puis il dit au Corbeau, Je vous ai fait poser,
Vous n'êtes pas bien mis, vous n'savez pas chanter.

En entendant ces mots, le Corbeau confondu
S'écrie: Ah! quel malheur, le duel est défendu.
Je suis volé, dupé, maudit soit le destin!
Etr'doyen des corbeaux et passer pour un s'rin!

Or donc de ces couplets, la moral' la voici:
Corbeaux petits et grands, retenez-bien ceci.
C'est qu'il est maladroit, a dit un vieux gourmand,
Quand on aim' le fromag', de parler en mangeant.

Authorship

See Jean de La Fontaine's Le corbeau et le renard.


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25. Le lièvre et la tortue [sung text checked 1 time]

Subtitle: Scène comique parodiée

Rien ne sert de courir, a dit l'bon Lafontaine,
Quand on veut arriver l'tout est d'partir a temps.
Son p'tit livre en fournit un'preuve si certaine,
Que depuis j'l'ai lu, c'est comm'ça que j'lentends.

Abordant un vieux Lièvre en r'nom pour sa vitesse,
Une tortue osa lui tenir ce propos :
Gageons qu'pour le prix, j'te brûle la politesse
Et qu'j'arrive avant toi, ma maison sur le dos.

Ça m'va, reprend le drôle en se tenant les côtes.
Un p'tit galop d'ailleurs ne peut que m'faire du bien ;
Mais - soit il dit entre nous, je crois que tu radotes,
Et qu'ton cerveau malade a besoin de repos.

Au but, l'premier rendu, devait aux dépens d'l'autre,
Au restaurant voisin se payer un bon r'pas,
J'te conseille les ch'mins d'fer, dit le Lièvre bon apôtre,
Et moi, dit la Tortue, d'pas fair' tant d'embarras.

Et la Tortue alors sans tambour ni trompette,
Par dessus son manchon rangainant son argot
Prit le pas gymnastique en bon ch'val d'estafette
Si bien qu'on aurait cru qu'elle avait l'vertigo.

Notre Lièvre en docteur trop confiant dans son r'mède,
Pensait qu'être vainqueur pour lui serait un jeu.
La Tortue, après tout n'a pas d'vélocipède,
Disait il, donc j'ai le temps de m'amuser un peu.

Pour montrer sa valeur, il ne se mit en route
Que longtemps après elle, et s'arrêta partout.
La, pour faire un bon mot, ici prendre la goutte
Convaincu qu'en trois pas il arriverait au but.

Cepandant la Tortue en grande diligence
Poussant toujours au large allait du même train,
La course vainement lui secouait la pause
Elle n'y prenait pas garde et gagnait du terrain.

Voyant qu'elle n'avait plus que quatre pas à faire
Pour atteindre le but vers lequel ell' courait,
Notre Lièvre allongea les pattes de derrière
Pour arriver l'premier s'élança comme un trait.

Mais il n'était plus temps, et Madam' la Tortue
Arrivée bien avant, lui dit "pauvre nigaud,
Si j'avais comme toi, fait un'pareil' bevue
J's'rais plus sage à l'av'nir, et j'parl'rais pas si haut.

Ainsi finit l'histoir' du bon homm' Lafontaine
Qui voulait nous prouver, que quand on va quelqu' part,
Qu'on soit lièvre, ou tortue, ou de l'espèce humaine.
Pour arriver d'bonne heure, faut pas partir trop tard.

Authorship

See also Jean de La Fontaine's Le lièvre et la tortue.


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