Bilitis, Poème en 12 chants

by Aimée Strohl, dit Rita Strohl (1865 - 1941)

Word count: 1347

1. Lykas [sung text not yet checked]

Venez, nous irons dans les champs, 
sous les buissons de genévriers ; 
nous mangerons du miel dans les ruches, 
nous ferons des pièges à sauterelles 
avec des tiges d’asphodèle.

Venez ; nous irons voir Lykas, 
qui garde les troupeaux de son père 
sur les pentes du Tauros ombreux. 
Sûrement il nous donnera du lait.

J’entends déjà le son de sa flûte. 
C’est un joueur fort habile. 
Voici les chiens et les agneaux, 
et lui-même, debout contre un arbre.
N’est-il pas beau comme Adônis !

Ô Lykas, donne-nous du lait. 
Voici des figues de nos figuiers. 
Nous allons rester avec toi. 
Chèvres barbues, ne sautez pas, 
de peur d’exciter les boucs inquiets.

Authorship

Confirmed with Œuvres complètes de Pierre Louÿs, 1929 - 1931, tome 2 (1894 (Chansons de Bilitis)), Paris, Slatkine reprints, 1973, page 41.

Note: this is a prose text. The line breaks are arbitrary.


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

2. La partie d'osselets [sung text not yet checked]

Comme nous l'aimions toutes les deux, 
nous l'avons joué aux osselets.  
Et ce fut une partie célèbre. 
Beaucoup de jeunes filles y assistaient.

Elle amena d'abord le coup des Kyklôpes, 
et moi, le coup de Sôlon.  Mais elle, 
le Kallibolos, et moi, me sentant perdue, 
je priais la déesse !

Je jouai, j'eus l'Epiphénôn, 
elle le terrible coup de Khios, moi l'Antiteukhos, 
elle le Trikhias, et moi le coup d'Aphroditê 
qui gagna l'amant disputé.

Mais la voyant pâlir, je la pris par le cou 
et je lui dis tout près de l'oreille 
(pour qu'elle seule m'entendît) : 
« Ne pleure pas, petite amie, 
nous le laisserons choisir entre nous. »

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Marvin J. Ward) , "The Game of Jacks", copyright © 2003, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , "Das Astragalspiel", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Marvin J. Ward

3. La quenouille [sung text not yet checked]

Pour tout le jour ma mère m’a enfermée 
au gynécée, avec mes sœurs que je n’aime pas 
et qui parlent entre elles à voix basse. 
Moi, dans un petit coin, je file ma quenouille.

Quenouille, puisque je suis seule avec toi, 
c’est à toi que je vais parler. Avec ta perruque 
de laine blanche tu es comme une vieille femme. 
Écoute-moi.

Si je le pouvais, je ne serais pas ici, 
assise dans l’ombre du mur et filant avec ennui : 
je serais couchée dans les violettes 
sur les pentes du Tauros.

Comme il est plus pauvre que moi, 
ma mère ne veut pas qu’il m’épouse. 
Et pourtant, je te le dis : 
ou je ne verrai pas le jour des noces, 
ou ce sera lui qui me fera passer le seuil.

Authorship

See other settings of this text.

Confirmed with Œuvres complètes de Pierre Louÿs, 1929 - 1931, tome 2 (1894 (Chansons de Bilitis)), Paris, Slatkine reprints, 1973, page 46.

Note: this is a prose text. The line breaks are arbitrary.


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

4. La flûte de Pan [sung text not yet checked]

Pour le jour des Hyacinthies,
il m'a donné une syrinx faite
de roseaux bien taillés,
unis avec la blanche cire
qui est douce à mes lèvres comme le miel.

Il m'apprend à jouer, assise sur ses genoux ;
mais je suis un peu tremblante.
il en joue après moi, 
si doucement que je l'entends à peine.

Nous n'avons rien à nous dire,
tant nous sommes près l'un de l'autre;
mais nos chansons veulent se répondre,
et tour à tour nos bouches
s'unissent sur la flûte.

Il est tard, 
voici le chant des grenouilles vertes
qui commence avec la nuit.
Ma mère ne croira jamais
que je suis restée si longtemps
à chercher ma ceinture perdue.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Peter Low) , "The pan-pipes", copyright © 2000, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Nele Gramß) , "Pans Flöte", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , "Die Panflöte", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) (Ferdinando Albeggiani) , "Il flauto di Pan", copyright © 2005, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

5. La chevelure [sung text not yet checked]

Il m'a dit: « Cette nuit, j'ai rêvé.
J'avais ta chevelure autour de mon cou.
J'avais tes cheveux comme un collier noir
autour de ma nuque et sur ma poitrine.

« Je les caressais, et c'étaient les miens ;
et nous étions liés pour toujours ainsi,
par la même chevelure, la bouche sur la bouche,
ainsi que deux lauriers n'ont souvent qu'une racine.

« Et peu à peu, il m'a semblé,
tant nos membres étaient confondus,
que je devenais toi-même,
ou que tu entrais en moi comme mon songe. »

Quand il eut achevé,
il mit doucement ses mains sur mes épaules,
et il me regarda d'un regard si tendre,
que je baissai les yeux avec un frisson.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Peter Low) , "The hair", copyright © 2000, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Nele Gramß) , "Das Haar", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , "Das Haar", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) (Ferdinando Albeggiani) , "La chioma", copyright © 2005, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

6. Roses dans la nuit  [sung text not yet checked]

Dès que la [nuit]1 monte au ciel, 
[le monde]2 est à nous, et aux dieux. 
Nous allons des champs à la source, 
des bois obscurs [aux clairières]3,
où nous mènent nos pieds nus.

Les petites étoiles brillent assez 
pour les petites ombres que nous sommes. 
Quelquefois, sous les branches basses, 
nous trouvons des biches endormies.

Mais plus charmant la nuit que toute autre chose, 
il est un lieu connu de nous seuls 
et qui nous attire à travers la forêt : 
un buisson de roses mystérieuses.

Car rien n'est divin sur la terre 
à l'égal du parfum des roses dans la nuit. 
Comment se fait-il qu'au temps où j'étais seule 
je ne m'en sentais pas enivrée ?

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Marvin J. Ward) , no title, copyright © 2003, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Charles Hopkins) , "Evening roses", written 2002, first published 2002, copyright ©, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Charles Hopkins) , written c2005, copyright ©, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , "Rosen der Nacht", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 in some editions, and K. Sorabji, "lune"
2 K. Sorabji: "la Nuit"
3 K. Sorabji: "au Clairière"

Research team for this text: Marvin J. Ward , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]

7. Les remords [sung text not yet checked]

D’abord je n’ai pas répondu, 
et j’avais la honte sur les joues, 
et les battements de mon cœur 
faisaient mal à mes seins.

Puis j’ai résisté, j’ai dit : « Non. Non. » 
J’ai tourné la tête en arrière 
et le baiser n’a pas franchi mes lèvres, 
ni l’amour mes genoux serrés.

Alors il m’a demandé pardon, 
il m’a embrassé les cheveux, 
j’ai senti son haleine brûlante, 
et il est parti… Maintenant je suis seule.

Je regarde la place vide, 
le bois désert, la terre foulée. 
Et je mords mes poings jusqu’au sang 
et j’étouffe mes cris dans l’herbe.

Authorship

Confirmed with Œuvres complètes de Pierre Louÿs, 1929 - 1931, tome 2 (1894 (Chansons de Bilitis)), Paris, Slatkine reprints, 1973, page 51.

Note: this is a prose text. The line breaks are arbitrary.


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

8. Le sommeil interrompu [sung text not yet checked]

Toute seule je m’étais endormie, 
comme une perdrix dans la bruyère… 
Le vent léger, le bruit des eaux, 
la douceur de la nuit m’avaient retenue là.

Je me suis endormie, imprudente, 
et je me suis réveillée en criant, 
et j’ai lutté, et j’ai pleuré ; 
mais déjà il était trop tard. 
Et que peuvent les mains d’une enfant ?

Il ne me quitta pas. Au contraire, 
plus tendrement dans ses bras, 
il me serra contre lui et je ne vis plus 
au monde ni la terre ni les arbres 
mais seulement la lueur de ses yeux…

À toi, Kypris victorieuse, je consacre 
ces offrandes encore mouillées de rosée, 
vestiges des douleurs de la vierge, 
témoins de mon sommeil et de ma résistance.

Authorship

See other settings of this text.

Confirmed with Œuvres complètes de Pierre Louÿs, 1929 - 1931, tome 2 (1894 (Chansons de Bilitis)), Paris, Slatkine reprints, 1973, page 52.

Note: this is a prose text. The line breaks are arbitrary.


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

9. Bilitis [sung text not yet checked]

Une femme s'enveloppe de laine blanche. 
Une autre se vêt de soie et d'or. 
Une autre se couvre de fleurs, 
de feuilles vertes et de raisins.

Moi, je ne saurais vivre que nue. 
Mon amant, prends-moi comme je suis: 
sans robe ni bijoux ni sandales, 
voici Bilitis toute seule.

Mes cheveux sont noirs de leur noir 
et mes lèvres rouges de leur rouge. 
Mes boucles flottent autour de moi libres 
et rondes comme des plumes.

Prends-moi telle que ma mère m'a faite 
dans une nuit d'amour lointaine, 
et si je te plais ainsi, 
n'oublie pas de me le dire.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Marvin J. Ward) , "Bilitis", copyright © 2003, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , "Bilitis", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Marvin J. Ward

10. Le serment [sung text not yet checked]

«Lorsque l'eau des fleuves remontera 
jusqu'aux sommets couverts de neiges ; 
lorsqu'on sèmera l'orge et le blé 
dans les sillons mouvants de la mer ;

Lorsque les pins naîtront des lacs 
et les nénufars des rochers, 
lorsque le soleil deviendra noir, 
lorsque la lune tombera sur l'herbe.

Alors, mais alors seulement, 
je prendrai une autre femme, 
et je t'oublierai, Bilitis, 
âme de ma vie, coeur de mon cœur». 

Il me l'a dit, il me l'a dit ! 
Que m'importe le reste du monde ! 
Où es-tu, bonheur insensé 
qui te compares à mon bonheur !

Authorship

See other settings of this text.

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

11. La nuit [sung text not yet checked]

C’est moi maintenant qui le recherche. 
Chaque nuit, très doucement, je quitte la maison, 
et je vais par une longue route, 
jusqu’à sa prairie, le regarder dormir.

Quelquefois je reste longtemps sans parler, 
heureuse de le voir seulement, 
et j’approche mes lèvres des siennes, 
pour ne baiser que son haleine.

Puis tout à coup je m’étends sur lui. 
Il se réveille dans mes bras, 
et il ne peut plus se relever car je lutte ! 
Il renonce, et rit, et m’étreint. 
Ainsi nous jouons dans la nuit.

… Première aube, ô clarté méchante, toi déjà ? 
En quel antre toujours nocturne, 
sur quelle prairie souterraine pourrons-nous 
si longtemps aimer, que nous perdions ton souvenir ?…

Authorship

See other settings of this text.

Confirmed with Œuvres complètes de Pierre Louÿs, 1929 - 1931, tome 2 (1894 (Chansons de Bilitis)), Paris, Slatkine reprints, 1973, page 60.

Note: this is a prose text. The line breaks are arbitrary.


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

12. Berceuse [sung text not yet checked]

[Dors:]1 j'ai demandé à Sardes tes jouets, et 
tes vêtements à Babylone. Dors, tu es fille 
de Bilitis et d'un roi du soleil levant.

Les bois, ce sont les palais qu'on bâtit pour
toi seule et que je t'ai donnés. Les troncs 
des pins, ce sont les colonnes, les hautes
branches, ce sont les voûtes.

Dors. Pour qu'il ne t'éveille pas, je vendrai 
le soleil à la mer. Le vent des ailles de 
la colombe est moin léger que ton haleine.

[Fille]2 de moi, chair de ma chair, [tu]3 diras 
quand tu ouvriras les yeux, si tu veux la 
plaine ou la ville, ou la montagne, ou la 
lune, ou le cortège blanc des Dieux.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , "Wiegenlied", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Lacerda: "Dors, dors,"
2 Lacerda: "Dors, fille"
3 Lacerda: "tu me"

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]