Sept mélodies

Song Cycle by Jean-Émile-Paul Cras (1879 - 1932)

Word count: 895

1. Douceur du soir [sung text checked 1 time]

Douceur du soir!  Douceur de la chambre sans lampe!
Le crépuscule est doux comme une bonne mort
Et l'ombre lentement qui s'insinue et rampe
Se déroule en pensée au plafond.  Tout s'endort.

Comme une bonne mort sourit le crépuscule
Et dans le miroir terne, en un geste d'adieu,
Il semble doucement que soi-même on recule,
Qu'on s'en aille plus pâle et qu'on y demeure un peu.

Sur les tableaux pendus au murs, dans la mémoire
Où sont les souvenirs en leurs cadres déteints,
Paysages de l'âme et paysages peints,
On croit sentir tomber comme une neige noire.

Douceur du Soir!  Douceur qui fait qu'on s'habitue
À la sourdine, aux sons de viole assoupis;
L'amant entend songer l'amante qui s'est tue
Et leurs yeux sont ensemble aux dessins du tapis.

Et langoureusement la clarté se retire.
Douceur!  Ne plus voir distincts!  N'être plus qu'un!
Silence!  deux senteurs en un même parfum:
Penser la même chose et ne pas se le dire.

Authorship

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2. Mains lasses [sung text not yet checked]

Souvent on voit des mains qui sont faibles et lasses	
D'avoir voulu cueillir trop de roses ou d'âmes ;	
Elles pendent le long du corps comme des rames,	
Et ce n'est que du silence qu'elles déplacent	
En remuant, de temps en temps, dans l'air à peine !	
Mains qui voudraient un peu s'amarrer à la rive,	
Mais que la vie, au fil de son courant, entraîne,	
Mains sans espoirs et sans désirs, à la dérive...

Authorship

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3. L'espoir luit [sung text checked 1 time]

L'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable.
Que crains-tu de la guêpe ivre de son vol fou ?
Vois, le soleil toujours poudroie à quelque trou.
Que ne t'endormais-tu, le coude sur la table?

Pauvre âme pâle, au moins cette eau du puits glacé,
Bois-la. Puis dors après. Allons, tu vois, je reste,
Et je dorloterai les rêves de ta sieste,
Et tu chantonneras comme un enfant bercé.

Midi sonne. De grâce, éloignez-vous, madame.
Il dort. C'est étonnant comme les pas de femme
Résonnent au cerveau des pauvres malheureux.

Midi sonne. J'ai fait arroser dans la chambre.
Va, dors! L'espoir luit comme un caillou dans un creux.
Ah ! quand refleuriront les roses de septembre !

Authorship

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4. Le son du cor s'afflige vers les bois [sung text checked 1 time]

Le son du cor s'afflige vers les bois,
D'une douleur on veut croire orpheline
Qui vient mourir au bas de la colline,
Parmi la [bise]1 errant en courts abois.

L'âme du loup pleure dans cette voix,
Qui monte avec le soleil, qui décline
D'une agonie on veut croire câline,
Et qui ravit et qui navre à la fois.

Pour faire mieux cette plainte assoupie,
La neige tombe à longs traits de charpie
A travers le couchant sanguinolent,

Et l'air a l'air d'être un soupir d'automne,
Tant il fait doux par ce soir monotone,
Où se dorlote un paysage lent.

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • CZE Czech (Čeština) (Jaroslav Vrchlický) , "Sonet"
  • ENG English (Peter Low) , "The sound of the horn is wailing near the woods", copyright © 2000, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Corinne Orde) , "The sound of the horn", copyright © 2008, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) ( Wolf von Kalckreuth, Graf)

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1 sometimes "brise" (breeze)

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

5. Rêverie [sung text checked 1 time]

Le soir tombe... Le vent 
Qui berce les feuilles tremblantes
Déroule sur mon front brûlant
Des étoffes rafraîchissantes.

L'air est rempli d'une douceur
Si suave que l'on devine,
Comme une présence divine,
L'apparition d'une sœur.

Légère comme un pas de femme
Qui se pose sur le gazon,
L'ombre descend sur l'horizon :
On dirait l'approche d'une âme...

C'est l'heure enjôleuse où l'on sent
Couler le temps comme une eau pure :
[C'est l'heure où notre esprite s'azure,
Tant notre cœur est innocent.]1

[Tout devient vague et s'imprécise...
Et le saphir sombre du ciel,
Plein d'étoiles, nous angélise
Comme un amour spirituel.]2

Authorship

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Confirmed with Alfred Droin, Amours divines et amours terrestres, Paris, Alphonse Lemerre, 1903, pages 40-41.

1 in the original publication, there are two typos: "note esprite" and "estinnocent", corrected above ; Cras : "C'est l'heure où le passé murmure/ Qu'il est moins doux que le présent."
2 Cras:
Puis, tout s'éloigne et s'imprécise
Tout devient immatériel.
Et le baiser spirituel
Du silence vous angélise.

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6. Nocturne [sung text checked 1 time]

L'heure était alanguie, un vent léger posait
Des lèvres de fraîcheur sur les plantes lassées ;
Les âmes et les fleurs se sentaient caressées
Par des douceurs d'avril, en ce soir de juillet...
L'heure était alanguie ; un vent léger posait
Des baisers fugitifs aux corolles lassées.

[ ... ]

Le jour tombait sans bruit, ainsi qu'un fruit bien mûr
Qui tombe mollement dans l'herbe et dans la mousse,
Détaché par le doigt d'une brise très douce.
Et le soir aux yeux d'or descendait de l'azur.
Le jour tombait sans bruit, ainsi qu'un fruit bien mûr ;
Une source chantait dans son lit plein de mousse.

La mer qui déroulait ses vagues d'argent clair,
Sous son archet puissant faisait vibrer la côte ;
Et ses arpèges lents, sur la terrasse haute,
Emportaient ma pensée au delà de l'éther.
La mer qui déroulait ses vagues d'argent clair
[Faisait changer son âme aux rochers de la côte]1.

Les hommes s'étant tus, l'espace s'emplissait
De la grande rumeur des choses éternelles.
L'infini regardait par ses [mille]2 prunelles.
Au rythme universel mon cœur s'harmonisait.
Les hommes s'étant tus, l'espace s'emplissait
Des bruits d'orgues que font les choses éternelles.

Authorship

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Confirmed with Alfred Droin, Amours divines et amours terrestres, Paris, Alphonse Lemerre, 1903, pages 28-29.

1 Cras: "Comme un riche instrument faisait vibrer la côte"
2 Cras: "milles" (a typo)

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7. Correspondances [sung text checked 1 time]

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Comme de longs échos qui de loin se confondent,
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
-- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,
Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • CZE Czech (Čeština) (Jaroslav Haasz) , "Shody"
  • CZE Czech (Čeština) (Jaroslav Goll) , "Souzvuky"
  • ENG English (Emily Wyatt) , "Correspondences", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Charles Hopkins) , "Correlatives", written 2002, copyright ©, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Charles Hopkins) , "Correlatives", written c2005, copyright ©, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Cyril Meir Scott) , "Echoes", appears in The Flowers of Evil, first published 1909
  • HUN Hungarian (Magyar) (Tamás Rédey) , "Kapcsolódások", copyright © 2015, (re)printed on this website with kind permission
  • POR Portuguese (Português) (Delfim Guimarães) , "Correspondências", appears in As Flores do Mal

Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 19-20. Also confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1861, pages 15-16. Also confirmed with Œuvres complètes de Charles Baudelaire, vol. I : Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Michel Lévy frères, 1868, page 92. Punctuation and formatting follows 1857 edition.


Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]