22 Scènes et Chansons

Song Cycle by Ernest-Louis-Victor-Jules L'Épine (1826 - 1893)

Word count: 4025

1. Le Rideau de ma voisine [sung text not yet checked]

Le rideau de ma voisine
Se soulève lentement.
Elle va, je l'imagine,
  Prendre l'air un moment.

On entr'ouvre la fenêtre ;
Je sens mon cœur palpiter.
Elle veut savoir peut-être
  Si je suis à guetter.

Mais, hélas ! ce n'est qu'un rêve ;
Ma voisine aime un lourdaud,
Et c'est le vent qui soulève
  Le coin de son rideau.

Authorship

Based on

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  • ENG English (Emily Ezust) , "The curtain of my neighbour", copyright © 2018

First titled "Chanson de Goethe" in 1836.

Researcher for this text: Ted Perry

5. Le nuage [sung text not yet checked]

Dans son jardin la sultane se baigne,
Elle a quitté son dernier vêtement ;
Et délivrés des morsures du peigne,
Ses grands cheveux baisent son dos charmant.

Par son vitrail le sultan la regarde,
Et caressant sa barbe avec sa main,
Il dit : « L'eunuque en sa tour fait la garde,
Et nul, hors moi, ne la voit dans son bain.

« -- Moi, je la vois, lui répond, chose étrange !
Sur l'arc du ciel un nuage accoudé ;
Je vois son sein vermeil comme l'orange
Et son beau corps de perles inondé. »

Ahmed devint blême comme la lune,
Prit son kandjar au manche ciselé,
Et poignarda sa favorite brune...
Quant au nuage, il s'était envolé !

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Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

7. Chanson [sung text not yet checked]

J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :
N'est-ce point assez d'aimer sa maîtresse ?
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,
C'est perdre en désirs le temps du bonheur ?

Il m'a répondu : Ce n'est point assez,
Ce n'est point assez d'aimer sa maîtresse ;
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse
Nous rend doux et chers les plaisirs passés ?

J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur :
N'est-ce point assez de tant de tristesse ?
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse,
C'est à chaque pas trouver la douleur ?

Il m'a répondu : Ce n'est point assez
Ce n'est point assez de tant de tristesse ;
Et ne vois-tu pas que changer sans cesse
Nous rend doux et chers les chagrins passés ?

Authorship

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12. La voie lactée [sung text not yet checked]

[ ... ]

XXXIV
Une goutte de lait dans la plaine éthérée
Tomba, dit-on, jadis, du haut du firmament.
La Nuit, qui sur son char passait en ce moment,
Vit ce pâle sillon sur sa mer azurée,
Secouant les plis de sa robe nacrée,
Fit au ruisseau céleste un lit de diamant.

XXXV
Les Grecs, enfants gâtés des Filles de Mémoire,
De miel et d'ambroisie ont doré cette histoire ;
Mais j'en veux dire un point qui fut ignoré d'eux :
C'est que, lorsque Junon vit son beau sein d'ivoire
En un fleuve de lait changer ainsi les cieux,
Elle eut peur tout à coup du souverain des dieux.

XXXVI
Elle voulut poser ses mains sur sa poitrine ;
Et, sentant ruisseler sa mamelle divine,
Pour épargner l'Olympe, elle se détourna ;
Le soleil était loin, la terre était voisine ;
Sur notre pauvre argile une goutte en tomba ;
Tout ce que nous aimons nous est venu de là.

[ ... ]

Authorship

Confirmed with Alfred de Musset, Poésies nouvelles (1836-1852), Charpentier, 1857, pages 28-40.


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

13. Rondeau [sung text not yet checked]

Fut-il jamais douceur de cœur pareille
À voir Manon dans mes bras sommeiller ?
Son front coquet parfume l'oreiller ;
Dans son beau sein, j'entends son cœur qui veille.
Un songe passe, et s'en vient l'égayer.

Ainsi s'endort la fleur d'églantier
Dans son calice enfermant une abeille.
Moi, je la berce ; un plus charmant métier,
       Fut-il jamais ?

Mais le jour vient, et l'aurore vermeille
Effeuille au vent son [bouquet printanier]1.
Le peigne en main et la perle à l'oreille,
À son miroir Manon [court]2 m'oublier.
Hélas ! l'amour sans lendemain ni veille
       Fut-il jamais ?

Authorship

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  • ENG English (Peter Low) , "Rondo: Was there ever such sweetness of heart", copyright © 2010, (re)printed on this website with kind permission

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Confirmed with Alfred de Musset, Poésies nouvelles (1836-1852), Charpentier, 1857, page 210.

1 Debussy: "printemps virginal"
2 Debussy: "va"

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Peter Low [Guest Editor]

20. Sérénade de Silvio [sung text not yet checked]

(Elle s'assoupit. - On entend par la fenêtre le bruit d'une
guitare et une voix.)

 Ninon! Ninon! que fais-tu de la vie?
 L'heure s'enfuit, le jour succède au jour;
 Rose ce soir, demain flétrie,
 Comment vis-tu, toi qui n'as pas d'amour?

Ninon, s'éveillant:
[ Est-ce un rêve? J'ai cru qu'on chantait dans la cour?]1

La Voix, au dehors:
[ Regarde-toi, la jeune fille,
 Ton coeur bat et ton oeil pétille,]2
 [Aujourd'hui le printemps, Ninon, demain l'hiver!]3
 Quoi! tu n'as pas d'étoile et tu vas sur la mer,
 Au combat sans musique, en voyage sans livre;
 Quoi! tu n'as pas d'amour et tu parles de vivre!
 Moi, pour un peu d'amour je donnerais mes jours;
 Et je tes donnerais pour rien sans les amours.

Ninon:
[ Je ne me trompe pas; - singulière romance!
 Comment ce chanteur-là peut-il savoir mon nom?
 Peut-être sa beauté s'appelle aussi Ninon.]1

La Voix:
 Qu'importe que le jour finisse et recommence
 Quand d'une autre existence le coeur est animé,
 Ouvrez-vous, jeunes fleurs, si la mort vous enlève,
 La vie est un sommeil, l'amour en est le rêve,
 Et vous aurez vécu, si vous avez aimé.

Authorship

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  • ENG English (Amy Pfrimmer) , copyright © 2019, (re)printed on this website with kind permission

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1 omitted by Franck and Tosti.
2 omitted by Tosti.
3 Tosti: "Ninon, demain l'hiver! Aujourd'hui le printemps,"

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

21. Nuit d'Août [sung text not yet checked]

[ ... ]

LE POÈTE
Puisque l'oiseau des bois voltige et chante encore
Sur la branche où ses œufs sont brisés dans le nid ;
Puisque la fleur des champs entr'ouverte à l'aurore,
Voyant sur la pelouse une autre fleur éclore,
S'incline sans murmure et tombe avec la nuit,

Puisqu'au fond des forêts, sous les toits de verdure, 
On entend le bois mort craquer dans le sentier, 
Et puisqu'en traversant l'immortelle nature, 
L'homme n'a su trouver de science qui dure, 
Que de marcher toujours et toujours oublier ;

Puisque, jusqu'aux rochers tout se change en poussière ; 
Puisque tout meurt ce soir pour revivre demain ;
Puisque c'est un engrais que le meurtre et la guerre ; 
Puisque sur une tombe on voit sortir de terre 
Le brin d'herbe sacré qui nous donne le pain ;

Ô Muse ! que m'importe ou la mort ou la vie ? 
J'aime, et je veux pâlir ; j'aime et je veux souffrir ; 
J'aime, et pour un baiser je donne mon génie ; 
J'aime, et je veux sentir sur ma joue amaigrie 
Ruisseler une source impossible à tarir.

J'aime, et je veux chanter la joie et la paresse, 
Ma folle expérience et mes soucis d'un jour, 
Et je veux raconter et répéter sans cesse 
Qu'après avoir juré de vivre sans maîtresse, 
J'ai fait serment de vivre et de mourir d'amour.

Dépouille devant tous l'orgueil qui te dévore, 
Cœur gonflé d'amertume et qui t'es cru fermé. 
Aime, et tu renaîtras ; fais-toi fleur pour éclore. 
Après avoir souffert, il faut souffrir encore ; 
Il faut aimer sans cesse, après avoir aimé.

Authorship

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First published in Revue des Deux Mondes, August 15, 1836.


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