Huit Scènes de Faust

Song Cycle by Hector Berlioz (1803 - 1869)

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1. Chants de la fête de Pâques [sung text checked 1 time]

FAUST
 Voici une liqueur que je dois boire pieusement; 
 je l'ai préparée, je l'ai choisie, 
 elle sera ma boisson dernière, 
 et je la consacre avec toute mon âme, 
 comme libation solennelle à l'aurore 
 d'un jour plus beau. 
 (Il porte la coupe à sa bouche.
 Son de cloches et chants de chœurs.)

 Christ vient de ressusciter! 
 Quittant du tombeau
 Le séjour funeste,
 Au parvis céleste
 Il monte plus beau
 Vers les gloires immortelles.
 Tandis qu'il s'élance à grands pas,
 Ses disciples fidèles
 Languissent ici-bas:
 Hélas! c'est ici qu'il nous laisse
 Sous les traits brûlants du malheur:
 Ô divin maître! ton bonheur
 Est cause de notre tristesse.
 Ô divin maître! tu nous laisses
 Sous les traits brûlants du malheur.

 Christ vient de ressusciter!
 Ô vous que sa voix appelle,
 Des disciples troupe fidèle,
 C'est vers lui qu'il faut monter:
 Vous, que sa parole touche,
 Vous, qu'inspire son amour.
 Vous, prophètes, dont la bouche
 Le célèbre nuit et jour.
 Montez, troupe fidèle,
 Au céleste séjour
 Où sa voix vous appelle!

FAUST
 Quels murmures sourds, quels sons éclatants,
 arrachent puissamment la coupe
 à mes lèvres altérées ? etc.

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2. Paysans sous les tilleuls -- Danse et chant [sung text checked 1 time]

VAGNER
 Monsieur le Docteur, il est honorable et avantageux 
 de se promener avec vous, cependant je ne voudrais pas me confondre 
 dans ce monde-là, car je suis ennemi de tout ce qui est grossier. 
 Leurs violons, leurs cris, leurs amusements bruyants, 
 je hais tout cela à la mort. Ils hurlent comme 
 des possédés et appellent cela de la joie et de la danse.

Les bergers, quittant leurs troupeaux,
Pour la fête se rendent beaux:
Rubans et fleurs sont leur parure;
Sous les tilleuls les voilà tous,
Dansant, sautant comme des fous,
Ha! ha! ha!
Landerida!
Suivez donc la mesure!

La danse en cercle se pressait,
Quand un berger, qui s'élançait,
Heurte du bras une fillette;
Elle se retourne aussitôt,
Disant: "Ce garçon est bien sot!"
Ha! ha! ha!
Landerida!
Soyez moins malhonnête!

Ils passaient tous comme l'éclair,
Et les robes volaient en l'air;
Mais bientôt on fut moins agile...
Le rouge leur montait au front;
Et l'un sur l'autre, dans le rond,
Ha! ha! ha!
Landerida!
Tous tombaient à la file.

-- Ne me touchez donc pas ainsi!
-- Paix ! ma femme n'est point ici,
Profitons de la circonstance!
Dehors il l'emmène soudain...
Et tout pourtant allait son train,
Ha! ha! ha!
Landerida!
La musique et la danse.

UN VIEUX PAISAN
 Monsieur le Docteur, il est beau de votre part de ne point 
 nous mépriser aujourd'hui, et, savant comme vous l'êtes, 
 de venir vous mêler à toute cette cohue, etc.

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3. Concert de Sylphes -- Sextuor [sung text checked 1 time]

MÉPHISTOPHÉLÈS
 De vains préparatifs ne sont point nécessaires, 
 nous voici rassemblés, commencez.

Disparaissez,
Arceaux noirs et poudreux,
Et que l'azur des cieux
Un instant nous visite!
Ah! déjà ces murs sombres
Ont semblé s'agiter,
Et vers les cieux monter
Comme de vaines ombres.
Riants tableaux, venez leur succéder!
De sites, de passants
La campagne se couvre,
Et notre œil y découvre
Des fleurs, des bois, des champs,
Et d'épaisses feuillées,
Où de tendres amants
Promènent leurs pensées.
Mais plus loin sont couverts
Les longs rameaux des treilles
De bourgeons, pampres verts,
Et de grappes vermeilles;
Sous de vastes pressoirs
Elles roulent ensuite,
Et le vin à flots noirs
Bientôt s'en précipite.
Le lac étend ses flots
A l'entour des montagnes;
Dans les vertes campagnes
Il serpente en ruisseaux.
Partout l'oiseau timide,
Cherchant l'ombre et le frais,
S'enfuit d'un vol rapide
Au milieu des marais
Vers la retraite obscure
De ces nombreux îlots,
Dont la tendre verdure
S'agite sur les flots.
Là, de chants d'allégresse
La rive retentit;
D'autres chœurs, là, sans cesse
La danse nous ravit:
Les uns gaîment s'avancent
Autour des coteaux verts,
De plus hardis s'élancent
Au sein des flots amers.
Tous, pour goûter la vie,
Tous cherchent dans les cieux
Une étoile chérie
Qui s'alluma pour eux.

MÉPHISTOPHÉLÈS
 Il dort. C'est bien, jeunes esprits de l'air ! 
 vous l'avez  fidèlement enchanté ! 
 c'est un concert que je vous redois.

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4. Écot de joyeux compagnons -- Histoire d'un rat [sung text checked 1 time]

BRANDER (frappant sur la table):
 Attention ! une chanson de la plus nouvelle facture !
 et répétez bien haut le refrain avec moi !

Certain rat dans une cuisine
[Établi, comme un vrai]1 frater
S'y traita si bien, que sa mine
Eût fait envie au gros Luther.
Mais un beau jour, le pauvre diable,
Empoisonné, sauta dehors,
Aussi triste, aussi misérable
Que s'il eût eu l'amour au corps.

Que s'il eût eu l'amour au corps!

Il courait devant et derrière,
Il grattait, reniflait, mordait,
Parcourait la maison entière;
La rage à ses maux ajoutait
Au point qu'à l'aspect du délire
Qui consumait ses vains efforts,
Les mauvais plaisants pouvaient dire:
Ce rat a bien l'amour au corps!

Ce rat a bien l'amour au corps!

Dans le fourneau le pauvre sire
Crut [pourtant]2 se cacher très bien,
Mais il se trompait; et le pire,
C'est [qu'on l'y fit rôter enfin]3.
La servante, méchante fille,
De son malheur rit bien alors.
"Ah ! disait-elle, comme il grille,
Il a vraiment l'amour au corps!"
Il a vraiment l'amour au corps!

SIEBEL
 Comme ces plats coquins se réjouissent !
 c'est un beau chef-d'œuvre à citer
 que l'empoisonnement d'un pauvre rat !

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1 Berlioz, op. 1: "Avait pris place; et le"
2 Berlioz, op. 1: "enfin"
3 Berlioz, op. 1: "qu'il y creva comme un chien"

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5. Histoire d'une Puce [sung text checked 1 time]

Une Puce gentille
Chez un Prince logeait,
Comme sa propre fille,
Le brave homme l'aimait,
Et (l'histoire l'assure)
À son Tailleur, un jour,
Lui fit prendre mesure
Pour un habit de cour.

[L'animal]1, pleine de joie,
Dès qu'il se vit paré
D'or de velours, de soie,
Et de croix décoré,
Fit venir de Province
Ses Frères et ses Soeurs
Qui, par ordre du Prince,
Devinrent grands Seigneurs.

Mais ce qui fut [le]2 pire,
C'est que les gens de cour,
Sans en oser rien dire,
Se grattaient tout le jour...
Cruelle politique!
[Quel ennui que cela!...
Quand la puce nous pique,
Amis, écrasons-la!]3

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1 Berlioz: "L'insect"
2 Berlioz: "bien"
3 Berlioz:
Ah plaignons leur destin
Et des qu'une nous pique
Écrasons la soudain.

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6. Le roi de Thulé [sung text checked 1 time]

Autre fois un Roi de Thulé
Qui jusqu'au tombeau fut fidèle
Reçut à la mort de sa belle
Une coupe d'or ciselé;

Comme elle ne le quittait guères
Dans les festins les plus joyeux
Toujours une larme légère
À sa vue humectait ses yeux.

Ce prince à la fin de sa vie
Lègue ses villes et son or,
Excepté la coupe chérie
Qu'à la main il conserve encor;

Il fait à sa table royale
Asseoir ses Barons et ses Pairs,
Au milieu d'une antique Salle
D'un Château que baignaient les mers.

Le buveur se lève et s'avance
Auprès d'un vieux balcon doré,
Il boit et soudain sa main lance
Dans les flots le Vase sacré;

[La vase tombe]1 l'eau bouillonne
Puis se calme [aussitôt]2 après,
Le vieillard pâlit et frissonne,
Il ne boira plus désormais.

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1 Berlioz, op. 1: "Il tombe tourne"
2 Berlioz, op. 1: "bientôt"

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

7. Romance de Marguerite

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[D'amour l'ardente]1 flamme,
Consume mes beaux jours;
Ah ! la paix de mon âme
A donc fui pour toujours!

Son départ, son absence
Sont pour moi le cercueil;
Et loin de sa présence
Tout me paraît en deuil.

Alors, ma pauvre tête
Se dérange bientôt;
Mon faible [coeur]2 s'arrête,
Puis se glace aussitôt.

Sa marche que j'admire,
Son port si gracieux,
Sa bouche au doux sourire,
Le charme de ses yeux;

[Sa]3 voix enchanteresse,
Dont il sait m'embraser,
De sa main la caresse,
Hélas! et son baiser...

D'une amoureuse flamme,
Consument mes beaux jours;
Ah ! la paix de mon âme
A donc fui pour toujours!

Je suis à ma fenêtre,
Ou dehors, tout le jour;
C'est pour le voir paraître,
Ou hâter son retour.

Mon cœur bat et se presse
Dès qu'il le sent venir;
Au gré de ma tendresse,
Puis-je le retenir?

Ô caresses de flamme!
Que je voudrais un jour
Voir s'exhaler mon âme
Dans ses baisers d'amour!

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1 Berlioz, op. 1: "Une amoureuse"
2 Berlioz, op. 1: "esprit"
3 Berlioz, op. 1: "La"

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Chœur de soldats passant sous les fenêtres de la maison de Marguerite
 Villes entourées
 De murs et remparts;
 Fillettes sucrées,
 Aux malins regards;
 Victoire certaine
 Près de vous m'attend;
 Si grande est la peine,
 Le prix est plus grand.

 Au son des trompettes,
 Les braves soldats
 S'élancent aux fêtes
 Ou bien aux combats;
 Fillettes et villes
 Font les difficiles...
 Bientôt tout se rend:
 Si grande est la peine,
 Le prix est plus grand.

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8. Sérénade de Mephistophélès [sung text checked 1 time]

Devant la maison
De celui qui t'adore,
Petite [Lison]1,
Que fais-tu, dès l'aurore?

Au signal du plaisir,
Dans la chambre du drille,
Tu peux bien entrer fille,
Mais non fille en sortir.

Il te tend les bras,
[A lui tu cours bien vite]2,
Bonne nuit, hélas!
[Bonne nuit, ma petite!]3

Près du moment fatal
Fait grande résistance,
S'il ne t'offre d'avance, 
Un anneau conjugal!

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Note: Berlioz, op. 24 begins
Maintenant chantons à cette belle
une chanson morale
pour la perdre plus sûrement.
1 Berlioz: "Louison"
2 Berlioz: "Près de lui tu cours vite"
3 Berlioz: "Ma petite, bonne nuit"

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]