Six sonnets de L. Labé

by Henri-Pierre Poupard (1901 - 1989), as Henri Sauguet

Word count: 599

1. Chasse [sung text not yet checked]

Diane étant en l'épaisseur d'un bois,
Après avoir mainte bête assénée,
Prenait le frais, de Nymphes couronnée.
J'allais rêvant, comme fais mainte fois,

Sans y penser, quand j'ouïs une voix
Qui m'appela, disant : Nymphe étonnée,
Que ne t'es-tu vers Diane tournée ?
Et, me voyant sans arc et sans carquois :

Qu'as-tu trouvé, ô compagne, en ta voie,
Qui de ton arc et flèches ait fait proie ?
- Je m'animai, réponds-je, à un passant,

Et lui jetai en vain toutes mes flèches
Et l'arc après ; mais lui, les ramassant
Et les tirant, me fit cent et cent brèches.

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2. À Vénus [sung text not yet checked]

Claire Vénus, qui erres par les Cieux,
Entends ma voix qui en plaints chantera,
Tant que ta face au haut du Ciel luira,
Son long travail et souci ennuyeux.

Mon oeil veillant s'attendrira bien mieux,
Et plus de pleurs te voyant jettera.
Mieux mon lit mol de larmes baignera,
De ses travaux voyant témoins tes yeux.

Donc des humains sont les lassés esprits
De doux repos et de sommeil épris.
J'endure mal tant que le Soleil luit ;

Et quand je suis quasi toute cassée,
Et que me suis mise en mon lit lassée,
Crier me faut mon mal toute la nuit.

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3. Songe [sung text not yet checked]

Tout aussitôt que je commence à prendre
Dans le mol lit le repos désiré,
Mon triste esprit, hors de moi retiré,
S'en va vers toi incontinent se rendre.

Lors m'est avis que dedans mon sein tendre
Je tiens le bien où j'ai tant aspiré,
Et pour lequel j'ai si haut soupiré
Que de sanglots ai souvent cuidé fendre.

Ô doux sommeil, ô nuit à moi heureuse !
Plaisant repos plein de tanquillité,
Continuez toutes les nuits mon songe ;

ET si jamais ma pauvre âme amoureuse
Ne doit avoir de bien en vérité,
Faites au moins qu'elle en ait en mensonge.

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • GER German (Deutsch) (Rainer Maria Rilke) , "Gleich wenn ich endlich abends so weit bin"

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4. Amour [sung text not yet checked]

Predit me fut, que devoit fermement
Un jour aymer celui dont la figure
Me fut descrite : et sans autre peinture
Le reconnu quand vy premierement :

Puis le voyant aymer fatalement,
Pitié je pris de sa triste aventure :
Et tellement je forçay ma nature,
Qu'autant que lui aymay ardentement.

Qui n'ust pensé qu'en faveur devoit croitre
Ce que le Ciel et destins firent naitre ?
Mais quand je voy si nubileus aprets,

Vents si cruels et tant horrible orage :
Je croy qu'estoient les infernaus arrets,
Qui de si loin m'ourdissoient ce naufrage.

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5. Printemps [sung text not yet checked]

Pour le retour du Soleil honorer,
Le Zephir, l'air serein lui apareille :
Et du sommeil l'eau et la terre esveille,
Qui les gardoit l'une de murmurer,

En dous coulant, I'autre de se parer
De mainte fleur de couleur nompareille.
Ja les oiseaus es arbres font merveille,
Et aus passans font l'ennui moderer :

Les Nynfes ja en mile jeus s'esbatent
Au cler de Lune, et dansans l'herbe abatent :
Veus tu Zephir de ton heur me donner,

Et que par toy toute me renouvelle ?
Fay mon Soleil devers moy retourner,
Et tu verras s'il ne me rend plus belle.

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Modernized version:
Pour honorer le retour du Soleil,
le Zéphir lui prépare l'air serein :
et il éveille l'eau et la terre du sommeil,
qui les gardait l'une de murmurer,

en coulant doux, I'autre de se parer
de mainte fleur de couleur sans-pareille.
Déjà les oiseaux dans les arbres font merveille,
et apaisent la souffrance des passants :

Les Nymphes s'ébattent déjà en mille jeux
au clair de Lune, et écrasent l'herbe en dansant :
veux-tu, Zéphir, me donner de ton bonheur,

pour que je sois par toi toute renouvelée ?
Fais revenir mon Soleil vers moi,
et tu verras s'il ne me rend pas plus belle.

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6. Tant que mes yeux [sung text not yet checked]

Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l'heur passé avec toi regretter,
Et qu'aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l'esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d'amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

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