Roses et cyprès, 16 morceaux de chant

by Édouard Garnier (1821 - 1887)

Word count: 2285

1. Les abeilles [sung text checked 1 time]

Subtitle: Églogue

Les châtaigniers d'étoiles jaunes
Jusques au faîte sont couverts
Sous le feuillage clair des aunes,
Le soleil dore les joncs verts.
Les mâcres sur les eaux vermeilles
Fleurissent auprès des glaïeuls ;
Venez, venez écouter les abeilles
Dans les tilleuls !

Au repos l'ombre nous convie
Et je crois en vous écoutant
Aux plus beaux rêves de la vie,
Mai le bonheur n'a qu'un instant.
L'hiver sur toutes ces merveilles
Bientôt tendra ses blancs linceuls ;
Venez, venez écouter les abeilles
Dans les tilleuls !

Le ciel sourit, allons entendre,
Avant que les blés soient coupés,
Le coucou solitaire et tendre
Rossignol des maris trompés !
Dans ses tierces toujours pareilles
Il dit qu'au bois nous serons seuls ...
Venez, venez écouter les abeilles
Dans les tilleuls !

Authorship

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2. Bonjour Suzon [sung text checked 1 time]

Bonjour Suzon, ma fleur des bois !
Es-tu toujours la plus jolie ?
Je reviens, tel que tu me vois,
D'un [grand]1 voyage en Italie,
Du paradis j'ai fait le tour ;
J'ai fait des vers, [j'ai fait]2 l'amour.
Mais que t'importe ?
Je passe devant ta maison ;
  Ouvre ta porte.
  Bonjour, Suzon !

Je t'ai vue au temps des lilas.
Ton cœur joyeux venait d'éclore.
Et tu disais : "je ne veux pas,
Je ne veux pas qu'on m'aime encore."
Qu'as-tu fait depuis mon départ ?
Qui part trop tôt revient trop tard.
Mais que m'importe ?
Je passe devant ta maison ;
  Ouvre ta porte.
  Bonjour, Suzon !

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  • ENG English (Michael P. Rosewall) , copyright © 2015, (re)printed on this website with kind permission

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1 Garnier: "long" 2 Pessard: "chanté"

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3. Annie [sung text not yet checked]

La lune n'était point ternie,
Le ciel était tout étoilé ;
Et moi, j'allai trouver Annie
Dans les sillons d'orge et de blé.
Oh ! les sillons d'orge et de blé !

Le coeur de ma chère maîtresse
Etait étrangement troublé.
Je baisai le bout de sa tresse,
Dans les sillons d'orge et de blé !
Oh ! les sillons d'orge et de blé !

Que sa chevelure était fine !
Qu'un baiser est vite envolé !
Je la pressai sur ma poitrine,
Dans les sillons d'orge et de blé.
Oh ! les sillons d'orge et de blé !

Notre ivresse était infinie,
Et nul de nous n'avait parlé...
Oh ! la douce nuit, chère Annie,
Dans les sillons d'orge et de blé !
Oh ! les sillons d'orge et de blé !

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4. Sur la plage [sung text checked 1 time]

Quand la nuit tiède et belle
Que ton cœur appela,
De la voûte éternelle
En diamants ruisselle,
Pourquoi n'es-tu là ?

La brise en pleurs te chante
Sur le flot qui s'endort,
Et loin de toi, méchante,
Je gémis dans l'attente
Sous les étoiles d'or !

En vain ton âme oublie
Son amour et sa foi,
La mienne, hélas ! remplie
De sa mélancolie
Ne peut songer qu'à toi !

Authorship

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5. Chanson cavalière [sung text checked 1 time]

D'amour à tes genoux, ma belle,
Si ma chanson savait causer
Mieux qu'un baiser,
Ma chanson serait éternelle ...
Je n'aurais souci du baiser.

Mais la chanson tait mille choses
Dont, plus hardi, sait s'aviser
Le doux baiser ...
Fou qui chante des lèvres roses,
Que ses lèvres peuvent baiser !

Du poète qui vraiment aime
Tout le délire en un baiser
Doit s'apaiser ...
Il n'est plus ravissant poème
Que chanson courte et long baiser !

Authorship

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6. Rappelle-toi [sung text checked 1 time]

Rappelle-toi, quand l'Aurore craintive
Ouvre au Soleil son palais enchanté ;
Rappelle-toi, lorsque la nuit pensive
Passe en rêvant sous son voile argenté ;
A l'appel du plaisir lorsque ton sein palpite,
Aux doux songes du soir lorsque l'ombre t'invite.
Écoute au fond des bois
Murmurer une voix :
Rappelle-toi.

Rappelle-toi, lorsque les destinées
M'auront de toi pour jamais séparé,
Quand le chagrin, l'exil et les années
Auront flétri ce cœur désespéré ;
Songe à mon triste amour, songe à l'adieu suprême !
L'absence ni le temps ne sont rien quand on aime.
Tant que mon cœur battra,
Toujours il te dira:
Rappelle-toi.

Rappelle-toi, quand sous la froide terre
Mon cœur brisé pour toujours dormira;
Rappelle-toi, quand la fleur solitaire
Sur mon tombeau doucement s'ouvrira.
[Je ne te verrai plus; mais]1 mon âme immortelle
Reviendra près de toi comme une sœur fidèle.
Écoute, dans la nuit,
Une voix qui gémit :
Rappelle-toi.

Authorship

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Note: the poem is preceded by the following words:

             (Vergiss mein nicht.)

Paroles faites sur la musique de Mozart.
1 Auteri-Manzocchi: "Tu ne verras plus, mais"

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7. Le Jour de la Saint-Jean [sung text checked 1 time]

Subtitle: Chansonnette

Jeannette est mariée,
Pierre l'avait priée
Avant tout autre, hélas !
Mais elle était si fière,
Et si pauvre était Pierre,
Elle n'en voulut pas.
Pierre avait de grands yeux Pleins de mélancolie,
L'autre avait de l'argent ...
Oh ! que la mariée était fraîche et jolie
Le jour de la Saint-Jean !

Les filles mariées
Vite sont oubliées
Des jeunes amoureux ;
A la danse, personne
Doux baisers ne leur donne
Ni regards langoureux.
De Jeannette sans doute ils oublîront la fête
Par l'oubli se vengeant ...
Alors souviens-toi bien, Pierre, qu'on la souhaite
Le jour de la Saint-Jean !

Et sans y prendre garde
Si Jeannette s'attarde
Seule dans le grand bois,
Sans crainte approche d'elle
En disant : « Infidèle,
Tu m'aimais autrefois ! »
Puis elle écoutera, le soir, de ses croisées
Ta voix douce en songeant ...
Et tu l'embrasseras sur ses lèvres rosées
Le jour de la Saint-Jean !

Authorship

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8. La cloche [sung text checked 1 time]

Écoutez dans l'enceinte
De l'église des bois,
Là-bas la cloche sainte
A retenti trois fois.
Cloche, à quelle demeure
A donc frappé la mort ?
Ta voix dans le ciel pleure
Un triste et saint accord !
Ta voix dans le ciel pleure
Un triste et saint accord !

Plains-tu la jeune fille,
Morte avant les moissons,
Dont la pauvre famille
N'entend plus les chansons ?
Ou pleures-tu d'avance
Sur l'enfant nouveau né,
Doux trésor d'espérance,
A la mort destiné ?
Doux trésor d'innocence, 
A la mort destiné ?

Je t’aime, cloche pure,
Ô soupir argentin !
Appelant la nature
Aux douceurs du matin.
Mais avec toi je pleure
Quand le soir tu gémis
Sur la froide demeure
De nos morts endormis,
Sur la froide demeure
De nos morts endormis !

Authorship

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9. Ninette [sung text checked 1 time]

Subtitle: Romance

J'ai vu je me rappelle,
Au dernier carnaval,
Une enfant rose et belle,
Toute joyeuse au bal.
Combien j'ai rêvé d'elle
Depuis ce carnaval !
Une grâce coquette
Menait ses pas pressés,
On disait : « C'est Ninette,
C'est tout ce que je sais. »

Quand le printemps vint clore
Nos rencontres, la nuit,
Je la revis encore,
Mais sa joie avait fui.
Comme à la pâle aurore,
D'un bal s'éteint le bruit.
Une peine secrète
Tenait ses yeux baissés.
Elle souffrait Ninette ...
C'est tout ce que je sais.

Nous dansâmes ensemble
Comme ces étrangers
Qu'étourdiment rassemble
La valse aux nœuds légers,
Et qui rêvent ensemble
Des bonheurs mensongers.
Elle était inquiète
Et ses bras enlacés
Pressaient les miens Ninette ...
C'est tout ce que je sais.

Ne sachant que lui dire
Je lui serrai la main,
Elle voulut sourire,
Et le voulut en vain.
Qu'avait-il à me dire
Ce cœur de larmes plein ?
Et ce soir là, muette,
Les yeux sur moi fixés,
Elle a frémi, Ninette ...
C'est tout ce que je sais.

Est-elle revenue,
Cette douce gaîté,
Que je vous ai connue,
Ô bel ange attristé ?
En votre âme ingénue,
Quel chagrin est resté ?
Quand on aime, on regrette
En vain les jours passés,
Et vous aimez, Ninette,
Vous aimez, je le sais !

Authorship

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10. Marie [sung text checked 1 time]

Subtitle: Mélodie

Oui, tout enfant je vous ai vue
Dans un berceau d'osier poli,
Me souriant à moitié nue,
Rose dans la neige du lit,
Et souvent j'osai, l'âme émue,
Embrasser votre front joli ...
Laissez encore, ô mon amie,
Sur lui mes lèvres se poser ;
La peine est endormie
Au bruit d'un doux baiser !

Vous voilà bien grande, Marie,
L'amour en vous s'est éveillé.
Est-ce qu'au soir votre cœur prie
Pour votre ami qui l'a veillé ?
Ah! si demain on vous marie,
Tout sera-t-il donc oublié ?
Laissez encore, ô mon amie,
Ce cœur me parler d'autrefois ;
La peine est endormie
Par une douce voix.

Vos seize ans vous ont faite sage,
Votre avenir est triomphant,
Hélas ! j'avais plus que cet âge
Quand vous étiez, vous, tout enfant ! ...
Et je rêvais un mariage,
Bonheur du ciel qu'on me défend ! ...
Laissez encore, ô mon amie,
Ce rêve à mon cœur sans espoir ;
Ma peine est endormie,
Tant que je puis vous voir !

Authorship

Researcher for this text: Johann Winkler

11. Premières émotions [sung text checked 1 time]

Subtitle: Romance

Quand à seize ans, jeune fille naïve
Craint d'écouter de trop tendre discours
Une romance émouvante ou plaintive
Lui conte alors nos discrètes amours
Le charme pur d'une douce harmonie
Séduit son coeur qu'un aveu troublerait
Et cette voix qui lui parle est bénie
Pour le bonheur qu'elle éveille en secret.

Tous ces refrains qu'elle chante elle-même
Remplissent l'air d'un murmure charmant;
Elle s'oublie en disant le mot: "j'aime"
Qui la surprend et l'émeut doucement.
Ce mot qui semble une sainte promesse 
D'un bonheur pur jusqu'alors inconnu
Mêle à sa voix un soupir de tendresse
Comme un écho de son âme venu.

Et quand un soir à chacun elle semble
Indifférente en chantant le bonheur,
A ce mot: "j'aime" elle hésite, elle tremble
De révéler le secret de son coeur.
Nul n'a compris le trouble qui l'agite,
La voix se tait et la foule applaudit...
Mais depuis lors son regard nous évite,
Dans un seul mot elle nous a tout dit,
Dans le mot "j'aime" elle nous a tout dit.

Authorship

Researcher for this text: Andrew Schneider [Guest Editor]

12. A bord [sung text checked 1 time]

Subtitle: Mélodie

C'en est fait ! le navire
Abandonne le port.
Tout mon cœur se déchire,
Je suis triste à la mort !
La voile se déroule
Aux chants de matelots,
Tout s'agite et la houle
Nous berce sur les flots.

Dans la brume lointaine
Le rivage s'enfuit,
Et sur l'onde incertaine
Déjà descend la nuit.
Dans cette ombre profonde,
Morne comme un linceul,
Entre le ciel et l'onde
Je pleure et je suis seul !

Plus s'éloigne la terre,
Plus je sens que mon cœur
En vivant solitaire
N'aura plus de bonheur.
Et je vois comme un voile
S'étendre un brouillard noir
Sur la dernière étoile,
L'étoile de l'espoir !

Authorship

Researcher for this text: Johann Winkler

13. Dors en paix [sung text checked 1 time]

Subtitle: Élégie

Du couchant la lumière
Au ciel s'éteint,
Dans les champs de bruyère
Le vent se plaint.
Je songe à mon amie
En sanglotant,
Sous la terre, endormie,
Elle m'attend.
Dors en paix, chère femme,
Dont l'âme a fuit,
C'est l'heure 
Où pleure
L'Angélus de la nuit.

En pleurs je m'agenouille
Sur ce fossé
Dont l'herbe humide mouille
Mon front baissé.
Je gémis sur ta cendre,
Seul, chaque jour ;
Rien ne pourra te rendre
A mon amour !
Dors en paix etc.

Dans les bruits que t'apporte
Le vent des bois,
Entends-tu, chère morte,
Passer ma voix ?
Hélas ! feuille qui tombe,
Ami qui vient,
De ces doux bruits la tombe
N'entend plus rien !
Dors en paix etc.

Entre ces planches roides,
Seule à jamais,
Songes-tu les nuits froides
Que je t'aimais ?
A ma parole vaine
Rien ne répond.
Vivre seul ... quelle peine !
Et que c'est long !
Dors en paix etc.

Authorship

Researcher for this text: Johann Winkler

14. Nell [sung text not yet checked]

Subtitle: Mélodie

[Ta]1 rose de pourpre à ton clair soleil,
   Ô Juin, étincelle enivrée,
Penche aussi vers moi ta coupe dorée :
   Mon cœur à ta rose est pareil.

Sous le mol abri de la feuille ombreuse
   Monte un soupir de volupté :
Plus d'un ramier chante au bois écarté.
   Ô mon cœur, sa plainte amoureuse.

Que ta perle est douce au ciel [parfumé]2.
   Étoile de la nuit pensive !
Mais combien plus douce est la clarté vive
   Qui rayonne en mon coeur, en mon cœur charmé !

La chantante mer. Le long du rivage, 
   Taira son murmure éternel,
Avant qu'en mon cœur, chère amour.
   Ô Nell, ne fleurisse plus ton image !

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Peter Low) , "Nell", copyright © 2002, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Martin Stock) , "Nell", copyright © 2001, (re)printed on this website with kind permission

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1 Périlhou: "La"; further changes may exist not shown above.
2 Fauré: "enflammé"

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

15. Souvenirs de Batz  [sung text checked 1 time]

Subtitle: Paysage

Pauvre pays brûlé, pauvre côte déserte,
Vieux arbres dont le front, à l'Orient couché
Par le vent de la mer, n'a plus de branche verte,
Et ne donne plus d'ombre au gazon desséché ;
Muraille de rochers qui sous l'Océan tremble,
Sombre sîlots, toujours dans l'écume plongeant,
Diamants noirs, qutour desquels la vague semble
Ciseler jour et nuit des monture d'argent ;
Plage sans autre bruit, sous le soleil qui brûle,
Que le gémissement de l'Océan profond,
Horizon de la mer qui devant l'œil recule
Jusqu'à la ligne pâle où le ciel s'y confond ;
Ô nature, assoupie et pour moi seul vivante,
Je t'aime ! un souvenir te pare pour mes yeux ;
Je t' aime ! Elle a goûté ta langueur enivrante,
Elle a bu ton air pur et contemplé tes cieux !
Je t'aime ! Elle a, des plis de sa robe embaumée,
Trôlé ton sable d'or, et depuis ces beaux jours,
Je t'aime à cause d'elle, de l'avoir aimée
Sous tes regards, mon cœur se souviendra toujours !

Authorship

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16. Nizza [sung text checked 1 time]

Subtitle: Tarentelle

Engagez qui vous plaira
Pour danser la tarentelle.
Je suis un enfant, dit-elle,
Mais cet enfant grandira.

Quand ma sœur court sur la plage,
Les pêcheurs suivent ses pas ;
Moi, je cours toute seule, et l'on ne me suit pas.
Mais bientôt j'aurai son âge,
Et pour d'autres baisers que pour ceux du soleil
Bientôt le hâle vermeil
Fleurira sur mon visage.
Engagez qui vous plaira etc.

Quand sous son écorce tendre
La grenade jeune encor,
Ne tente pas les mains par sa couronne d'or
A l'arbre on la laisse attendre ;
Mais, sur ses grains vermeils appelant le larcin,
Quand l'été gonfle son sein,
C'est à qui voudra la prendre.
Engagez qui vous plaira etc.

J'ai de ma coupe d'ébène
Couvert mon sein l'autre jour,
Il n'a pu, je l'avoue, en remplir le contour ;
Mais il s'en fallait à peine.
Laissez au Vomero les orangers grandir,
Leurs fruits dorés s'arrondir,
Et la coupe sera pleine.
Engagez qui vous plaira etc.

Je sais que j'ai les dents blanches,
Le pied mignon et l'œil noir,
J'ai les bras si jolis que ma sœur pour les voir
Relève souvent mes manches.
Vienne la Saint Janvier et j'aurai, si je veux,
Sur mes pas plus d'amoureux
Que les ans n'ont de Dimanches !
Engagez qui vous plaira etc.

Authorship

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