Plein Air, dix poèmes [de Théophile Gautier]

Song Cycle by Louis-Charles-Bonaventure-Alfred Bruneau (1857 - 1934)

Word count: 1411

1. Les matelots [sung text not yet checked]

Sur l'eau bleue et profonde
Nous allons voyageant,
Environnant le monde
D'un sillage d'argent,
Des îles de la Sonde,
De l'Inde au ciel brûlé,
Jusqu'au pôle gelé...

Les petites étoiles
Montrent de leur doigt d'or
De quel côté les voiles
Doivent prendre l'essor ;
Sur nos ailes de toiles,
Comme de blancs oiseaux,
Nous effleurons les eaux.

Nous pensons à la terre
Que nous fuyons toujours,
À notre vieille mère,
À nos jeunes amours ;
Mais la vague légère
Avec son doux refrain
Endort notre chagrin.

[ ... ]

Existence sublime !
Bercés par notre nid,
Nous vivons sur l'abîme
Au sein de l'infini ;
Des flots rasant la cime,
Dans le grand désert bleu
Nous marchons avec Dieu !

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  • ENG English (Shawn Thuris) , "The sailors", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Nele Gramß) , "Die Matrosen", copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission

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2. La source [sung text not yet checked]

[Tout près du lac filtre une source,
Entre deux pierres, dans un coin ;
Allègrement l'eau prend sa course
Comme pour s'en aller bien loin.

Elle murmure :]1 « [Oh]2 ! quelle joie !
Sous la terre il faisait si noir !
Maintenant ma rive verdoie,
Le ciel se mire à mon miroir.

« Les myosotis aux fleurs bleues
Me disent : ‹ Ne m'oubliez pas ! ›
Les libellules de leurs queues
M'égratignent dans leurs ébats ;

[ ... ]

« Je broderai de mon écume
Ponts de pierre, quais de granit,
Emportant le steamer qui fume
À l'Océan où tout finit. »

[ ... ]

Mais le berceau touche à la tombe,
Le géant futur meurt petit ;
Née à peine, la source tombe
Dans le grand lac qui l'engloutit !

Authorship

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First published in the journal L'Artiste, May 30, 1858.

1 omitted by Barraine.
2 Barraine: "Ah " ; further changes may exist not shown above.

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3. La rose-thé [sung text not yet checked]

La plus délicate des roses
Est, à coup sûr, la rose-thé.
Son bouton aux feuilles mi-closes
De carmin à peine est teinté.

On dirait une rose blanche
Qu'aurait fait rougir de pudeur,
En la lutinant sur la branche,
Un papillon trop plein d'ardeur.

Son tissu rose et diaphane
De la chair a le velouté ;
Auprès, tout incarnat se fane
Ou prend de la vulgarité.

[ ... ]

Mais si votre main qui s'en joue,
À quelque bal, pour son parfum,
La rapproche de votre joue,
Son frais éclat devient commun.

Il n'est pas de rose assez tendre
Sur la palette du Printemps,
Madame, pour oser prétendre
Lutter contre vos dix-sept ans.

La peau vaut mieux que le pétale,
Et le sang pur d'un noble cœur
Qui sur la jeunesse s'étale
De tous les roses est vainqueur !

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4. Le banc de pierre [sung text not yet checked]

Au fond du parc, dans une ombre indécise,
Il est un banc, solitaire et moussu,
Où l'on croit voir la Rêverie assise,
Triste et songeant à quelque amour déçu.
Le Souvenir dans les arbres murmure,
Se racontant les bonheurs expiés ;
Et, comme un pleur, de la grêle ramure
      Une feuille tombe à vos pieds.

Ils venaient là, beau couple qui s'enlace,
Aux yeux jaloux tous deux se dérobant,
Et réveillaient, pour s'asseoir à sa place,
Le clair de lune endormi sur le banc.
Ce qu'ils disaient, la maîtresse l'oublie ;
Mais l'amoureux, cœur blessé, s'en souvient,
Et dans le bois, avec mélancolie,
      Au rendez-vous, tout seul, revient.

Pour l'œil qui sait voir les larmes des choses,
Ce banc désert regrette le passé,
Les longs baisers et le bouquet de roses
Comme un signal à son angle placé.
Sur lui la branche à l'abandon retombe,
La mousse est jaune, et la fleur sans parfum ;
Sa pierre grise a l'aspect de la tombe
      Qui recouvre l'Amour défunt !...

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5. Le Luxembourg [sung text not yet checked]

  Enfant, dans les ébats de l'enfance joueuse...
    --J. DELORME.

Au Luxembourg souvent, lorsque dans les allées
Gazouillaient des moineaux les joyeuses volées,
Qu'aux baisers d'un vent doux, sous les abîmes bleus
D'un ciel tiède et riant, les orangers frileux
Hasardaient leurs rameaux parfumés, et qu'en gerbes
Les fleurs pendaient du front des marronniers superbes,
Toute petite fille, elle allait du beau temps
À son aise jouir et folâtrer longtemps,
Longtemps, car elle aimait à l'ombre des feuillages
Fouler le sable d'or, chercher des coquillages,
Admirer du jet d'eau l'arc au reflet changeant
Et le poisson de pourpre, hôte d'une eau d'argent ;
Ou bien encor partir, folle et légère tête,
Et, trompant les regards de sa mère inquiète,
Au risque de brunir un teint frais et vermeil,
Livrer sa joue en fleur aux baisers du soleil !

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6. La caravane [sung text not yet checked]

La caravane humaine au Sahara du monde,
Par ce chemin des ans qui n'a [pas]1 de retour,
S'en va traînant le pied, brùlée aux feux du jour,
Et buvant sur ses bras la sueur qui l'inonde.

Le grand lion rugit et la tempète gronde:
À l'horizon fuyard, ni minaret, ni tour;
La seule ombre qu'on ait, c'est l'ombre du vautour,
Qui traverse le ciel, cherchant sa proie immonde.

L'on avance toujours, et voici que l'on voit
Quelque chose de vert que l'on se montre au doigt:
C'est un bois de cyprès, semé de blanches pierres.

Dieu, pour vous reposer, dans le désert du temps,
Comme des oasis a mis les cimetières:
Couchez-vous et dormez, voyageurs haletants!

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  • ENG English (Peter Low) , no title, copyright © 2000, (re)printed on this website with kind permission
  • HUN Hungarian (Magyar) (Gyula Vargha) , "A karaván"

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1 Chausson: "plus"

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7. Barcarolle [sung text not yet checked]

Dites, la jeune belle,
Où voulez-vous aller ?
La voile [ouvre]1 son aile,
La brise va souffler !

L'aviron est d'ivoire,
Le pavillon de moire,
Le gouvernail d'or fin ;
J'ai pour lest une orange,
Pour voile une aile d'ange,
Pour mousse un séraphin.

Dites, la jeune belle !
Où voulez-vous aller?
La voile [ouvre]1 son aile,
La brise va souffler !

Est-ce dans la Baltique,
[Sur]2 la mer Pacifique,
Dans l'île de Java ?
Ou bien [dans la]3 Norwége,
Cueillir la fleur de neige,
Ou la fleur d'Angsoka ?

Dites, la jeune belle,
Où voulez-vous aller?
[La voile ouvre son aile,
La brise va souffler!]4

-- Menez-moi, dit la belle,
À la rive fidèle
Où l'on aime toujours.
-- Cette rive, ma chère,
On ne la connaît guère
Au pays des amours.

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  • ENG English (Emily Ezust) , no title, copyright ©
  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , copyright © 2011, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) (Ferdinando Albeggiani) , "Dite, mia giovane bella", copyright © 2009, (re)printed on this website with kind permission

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Confirmed with Théophile Gauthier, La comédie de la mort, Desessart editeur, Paris, 1838, page 309.

1 Berlioz: "enfle"
2 Berlioz, Gounod: "Dans"
3 Berlioz, Gounod: "est-ce en"
4 omitted by Berlioz and Gounod

Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Pierre Mathé [Guest Editor]

8. L'échelle d'amour [sung text not yet checked]

Sur le balcon où tu te penches
Je veux monter... efforts perdus !
Il est trop haut, et tes mains blanches
N'atteignent pas mes bras tendus.

Pour déjouer ta duègne avare,
Jette [un collier, un ruban]1 d'or ;
Ou des cordes de ta guitare
Tresse une échelle, ou bien encor...

Ôte tes fleurs, défais ton peigne,
Penche sur moi tes cheveux longs,
Torrent de jais dont le flot baigne
Ta jambe ronde et tes talons.

Aidé par cette échelle étrange,
Légèrement je gravirai,
Et jusqu'au ciel, sans être un ange,
Dans les parfums je monterai !

Authorship

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  • CZE Czech (Čeština) (Jaroslav Vrchlický) , "Žebřík lásky"
  • ENG English (Barbara Miller) , "Serenade", copyright © 2004, (re)printed on this website with kind permission

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1 Viardot-García : "un ruban, un collier"

Researcher for this text: John Versmoren

9. Le Poète et la Foule [sung text not yet checked]

La plaine un jour disait à la montagne oisive :
« Rien ne vient sur ton front des vents toujours battu ! »
Au poète, courbé sur sa lyre pensive,
La foule aussi disait : « Rêveur, à quoi sers-tu ? »

La montagne en courroux répondit à la plaine :
« C'est moi qui fais germer les moissons sur ton sol,
Du midi dévorant je tempère l'haleine,
J'arrête dans les cieux les nuages au vol !

« Je pétris de mes doigts la neige en avalanches,
Dans mon creuset je fonds les cristaux des glaciers,
Et je verse, du bout de mes mamelles blanches,
En longs filets d'argent, les fleuves nourriciers. »

Le poète, à son tour, répondit à la foule :
« Laissez mon pâle front s'appuyer sur ma main.
N'ai-je pas de mon flanc, d'où mon âme s'écoule,
Fait jaillir une source où boit le genre humain ? »

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Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

10. Le Puits mystérieux [sung text not yet checked]

À travers la forêt de folles arabesques
Que le doigt du sommeil trace au mur de mes nuits,
Je vis, comme l'on voit les Fortunes des fresques,
Un jeune homme penché sur la bouche d'un puits.

Il jetait, par grands tas, dans cette gueule noire
Perles et diamants, rubis et sequins d'or,
Pour faire arriver l'eau jusqu'à sa lèvre, et boire ;
Mais le flot flagellé ne montait pas encor.

Hélas ! que d'imprudents s'en vont aux puits, sans corde,
Sans urne pour puiser le cristal souterrain,
Enfouir leur trésor afin que l'eau déborde,
Comme fit le corbeau dans le vase d'airain !

Hélas ! et qui n'a pas, épris de quelque femme,
Pour faire monter l'eau du divin sentiment,
Jeté l'or de son cœur au puits sans fond d'une âme,
Sur l'abîme muet penché stupidement !

Authorship

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]