Les caresses

Song Cycle by Auguste Chapuis (1858 - 1933)

Word count: 1686

1. Aubade [sung text not yet checked]

Chantez, chantez, ô mes chansons, 
Et comme de gais échansons 
  Versez l'ivresse 
A celle que l'amour vainqueur 
Dans le royaume de mon cœur 
  Fit la maîtresse. 

Nous prendrons un pan du ciel bleu, 
Depuis la ligne du milieu 
  Jusques aux pôles. 
Afin qu'elle drape en riant 
Dans un lambeau de l'Orient 
  Ses deux épaules. 

Cette nuit-ci, pendant qu'il dort, 
Nous irons au grand soleil d'or 
  Ravir sa flamme, 
Et ses rayons ardents feront 
Un diadème pour le front
  De notre dame. 

[ ... ]

Chantez, chantez, ô mes chansons, 
Chantez, et que vos plus doux sons 
  Versent les rêves ! 
Chantez ces chants lointains et frais 
Que la brise chante aux forêts 
  Et l'onde aux grèves. 

Authorship

Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], pages 10-14.


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

2. Au jardin de mon cœur [sung text not yet checked]

Quand vos yeux amoureux ne me sont point moroses,
Mon cœur est un jardin plein d'œillets et de roses.

Tout est joyeux, les fleurs, les couleurs, les odeurs,
Les abeilles vibrant, les papillons rôdeurs.

Les moineaux, les pinsons, les linots, les mésanges,
Tous les oiseaux grisés chantent comme des anges.

Le jet d'eau, qui gazouille aussi doux que du miel,
Semble un iris ayant pour fleur un arc-en-ciel.

Quand votre Majesté, madame, est satisfaite,
Au jardin de mon cœur tout le monde est en fête.

Mais quand vos yeux se font cruels et mécontents,
Adieu les fleurs et les oiseaux ! Adieu printemps !

Les roses, les œillets, se fanent sur leur tige.
Aucune abeille, aucun papillon n'y voltige.

Mésanges, et moineaux et linots et pinsons
S'en vont loin de chez moi pour chanter leurs chansons.

Ôtant son arc-en-ciel ainsi qu'on ôte un masque,
Le jet d'eau rauque et lourd sanglote dans sa vasque.

Tant que je n'ai pas vu vos regards adoucis,
Mon cœur est un jardin tout planté de soucis.

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Corinne Orde) , "In the garden of my heart", copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) (Francesco Campanella) , "Al giardino del mio cuore", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission

Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], pages 34-35.


Researcher for this text: Corinne Orde

3. Le bateau rose [sung text not yet checked]

Je m'embarquerai, si tu le veux,
Comme un gai marin quittant la grève,
Sur les flots dorés de tes cheveux,
Vers un paradis fleuri de rêve.

Ta jupe flottante au vent du soir
Gonflera ses plis comme des voiles,
Et quand sur la mer il fera noir,
Tes grands yeux seront mes deux étoiles.

Ton rire éclatant de vermillon
Fera le fanal de la grand'hune.
J'aurai ton ruban pour pavillon
Et ta blanche peau pour clair de lune.

Nos vivres sont faits et nos boissons
Pour durer autant que le voyage.
Ce sonts des baisers et des chansons
Dont nous griserons tout l'équipage.

Nous aborderons je ne sais où,
Là-bas, tout là-bas, sur une grève
Du beau pays bleu, sous un ciel fou,
Dans le paradis fleuri de rêve.

Authorship

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Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Corinne Orde) , "The pink boat", copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) (Francesco Campanella) , "La barca rossa", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission

Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], pages 68-69.


Researcher for this text: Corinne Orde

4. Un miracle [sung text not yet checked]

Pour embaumer ses toilettes, 
  Je lui cueillais 
Des roses, des violettes 
  Et des œillets. 

Sur sa figure rosée, 
  Je fis ce jeu 
De secouer la rosée 
  Pour rire un peu. 

Se cambrant à la renverse, 
  Le cher trésor 
Ferma vite sous l'averse 
  Ses longs cils d'or. 

Elle enflait ses belles joues 
  Et suffoquait, 
Et soufflait avec des moues 
  Sur le bouquet. 

Et soudain les fleurs follettes, 
  Filles du sol, 
Œillets, roses, violettes,
  Prirent leur vol, 

Et partirent vers les nues 
  En tourbillons. 
Les fleurs étaient devenues 
  Des papillons.

Authorship

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Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], pages 38-39.


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

5. Pluie d'étoiles [sung text not yet checked]

Il pleut, il pleut, bergère,
Tout là-haut, tout là-bas.
La pluie est si légère
Que l’on ne l’entend pas.

Il pleut ! Cela traverse
Tout le ciel et s’enfuit.
Il pleut ! C’est une averse
D’étoiles dans la nuit.

Il pleut ! Il pleut ! Peut-être
Au firmament qui dort
Un soleil vient de naître
Comme un papillon d’or.

Il pleut ! Ces étincelles
Pour nous font flamboyer
La poudre de ses ailes
Qu’il vient de déployer.

Il pleut, il pleut, mon ange !
Courons là-bas ! Je veux
De cette poudre étrange
Poudrer tes blonds cheveux.

Authorship

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Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], pages 36-37.


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6. Pâquerettes d'amour [sung text not yet checked]

Aux prés de l'enfance on cueille 
Les petites amourettes, 
Qu'on jette au vent feuille à feuille 
Ainsi que des pâquerettes. 

On cueille dans ces prairies 
Les voisines, les cousines, 
Les amourettes fleuries 
Et qui n'ont pas de racines. 

Ô douce gerbe liée 
Avec des rubans d'aurore, 
Fraîche rosée oubliée, 
Me parfumez-vous encore ? 

Hélas ! bouquets éphémères, 
Depuis celte heure lointaine 
Combien de larmes amères 
Ont coulé dans ma fontaine ! 

Des choses se sont passées 
Qui m'ont changé ma jeunesse 
Beaucoup trop, ô trépassées, 
Pour que je vous reconnaisse. 

Le dur amour qui ravage 
Dans mon cœur a pris racines, 
Gomme un grand rosier sauvage 
Aux épines assassines. 

Qu'ètes-vous près de ces roses 
Sanglantes, éblouissantes, 
pâquerettes écloses 
Dans les prés aux vertes sentes ? 

Qu'est votre parfum qui rôde 
Évaporé dans la brise. 
Près de l'odeur Acre et chaude 
Qui me pénètre et me grise ? 

Ô mignonnes marguerites, 
Enfantines amourettes, 
Hélas ! mes pauvres petites. 
Je ne sais plus qui vous êtes. 

Dans de vagues mausolées, 
Enfants blondes, rousses, brunes, 
Pour moi vous dormez voilées 
Au pays des vieilles lunes. 

Authorship

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Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], pages 75-77.


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7. Mauvais augure [sung text not yet checked]

Sur mon beau jasmin d'Espagne 
Trois oiseaux de la campagne 
Ce matin se sont posés.
J'ai dit : « Puisque je vous loge, 
Chantez-moi deux mots d'éloge 
Pour ma mie et ses baisers. » 

Le pinson et l'alouette 
Ont fait une pirouette, 
Et sont partis tout à coup. 
Le troisième, d'un air grave. 
Pour qu'en mon cœur je le grave, 
Reste et dit: « Coucou! coucou! »

Authorship

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Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], page 186.


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8. Les deux baisers [sung text not yet checked]

Te souviens-tu du baiser,
Du premier que je vins prendre ?
Tu ne sus pas refuser,
Mais tu n'osas pas le rendre.

Te souviens-tu du baiser,
Du dernier que je vins prendre ?
Tu n'osas pas refuser ;
Mais tu ne sus pas le rendre.

Authorship

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Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], page 273.


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9. Deuil [sung text not yet checked]

Le ciel est transi.
Sur la terre nue
La neige est venue.
Sur mon cœur aussi.

Dans l'air obscurci
Les feuilles dernières
Roulent aux ornières.
Mon bonheur aussi.

Il fait froid ici.
Les cailles, les grives,
Ont quitté nos rives.
Ma maîtresse aussi.

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  • ENG English (Corinne Orde) , "Winter's day", copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) (Francesco Campanella) , "Giorno d'inverno", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission

Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], page 217.


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10. Premier souvenir [sung text not yet checked]

Je n'oublierai jamais ton premier mot d'amour, 
Quoi qu'il m'en ait coûté d'en avoir fait ma bible. 
Aux regrets, aux remords, je saurai rester sourd. 
Je ne penserai pas à ce qui fut terrible, 
Mais à ce qui fut doux, n'aurait-ce été qu'un jour. 

Je n'oublierai jamais ta caresse première. 
Ni le mal enduré, ni le temps, ni l'oubli 
N'en terniront la pure et lointaine lumière. 
Au livre de mon sort j'ai fait un large pli 
Pour y mettre le cœur de ma rose trémière. 

Je n'oublierai jamais notre premier printemps, 
Lorsque le ciel, le bois, le soleil qui se couche, 
Tout me parut plus beau dans tes yeux éclatants, 
Lorsque je buvais l'air au sortir de ta bouche. 
Je n'oublierai jamais, quand je vivrais cent ans. 

Les oiseaux se grisaient au suc d'or des corolles ; 
Mille chansons dansaient avec mille couleurs. 
Car, rien que pour avoir écouté nos paroles, 
Les oiseaux étaient fous, folles étaient les fleurs. 
Nos paroles, hélas ! étaient encor plus folles. 

Nous étions à cette heure absurde qu'on bénit, 
Où l'on croit que tout passe et que l'amour demeure. 
Où l'on arrange son avenir comme un nid. 
Pauvres, pauvres enfants, nous étions à cette heure 
Où l'on commence avec ce mot : Rien ne finit. 

Mais non ! je ne veux pas réveiller ma rancune, 
O ma maîtresse, ô ma bien-aimée, ô ma sœur ! 
Des souffrances d'antan je n'en irrite aucune. 
Je veux me rappeler seulement la douceur 
De tes baisers pareils à des baisers de lune. 

Je veux me rappeler aussi ton corps divin, 
Ton corps que mes désirs avaient pris pour leur crèche. 
Le parfum de ta peau plus capiteux qu'un vin. 
Les effluves troublants de ta gorge si fraîche, 
Et notre lit fougueux creusé comme un ravin. 

Je veux me rappeler. Je veux souvent descendre 
Au plus profond de mon souvenir adoré. 
Et quand je serai vieux, laid, froid, tel qu'un Cassandre, 
Au feu de mon avril je me réchaufferai, 
Car je saurai toujours le trouver sous la cendre. 

Quand l'hiver et la mort viendront dans ma maison, 
Je me rappellerai notre saison première. 
Je n'aurai qu'à souffler sur le dernier tison 
Pour emplir ma pensée et mon cœur de lumière, 
Et pour mourir en paix dans un clair horizon.

Authorship

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