Poèmes russes

by Camille Erlanger (1863 - 1919)

Word count: 718

1. Aubade [sung text not yet checked]

Je suis le porteur de bonnes nouvelles !
Je viens te conter que le beau soleil
Resplendit et darde un frisson vermeil
Dans les feuillaisons et dans les cervelles ;

Que les cœurs d’oiseaux battent sous la plume
Parmi les buissons éperdus d’émoi,
Et qu’en tout le bois épris, comme en moi,
La brûlante soif du printemps s’allume ;

Que l’amant hier ivre de tendresse
Et soumis sans plainte à tes moindres vœux,
Veut faire aujourd’hui tout ce que tu veux,
Et t’adore avec la même allégresse ;

Que la Joie est née avec les murmures,
Les jeux, les parfums du matin doré,
Et que je ne ne sais quel chant je dirai
Mais que j’ai le cœur plein de chansons mûres !

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Confirmed with Catulle Mendès, Petits poèmes russes, G. Charpentier et E. Fasquelle, éditeurs, 1893, pages 53-56.


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2. Les larmes humaines [sung text not yet checked]

Larmes, larmes que l’homme pleure,
Vous coulez dès la première heure
Et jusques au dernier jour,
Larmes, vous coulez, inconnues,
Invisibles, et continues,
Larmes de deuil ou d’amour,
Innombrables, intarissables,
Sur nos espoirs bâtis de sables
Vous coulez, éternel bruit,
Comme les ruisseaux monotones
De la pluie en les longs automnes
Coulent à travers la nuit !

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Confirmed with Catulle Mendès, Petits poèmes russes, Paris, G. Charpentier et E. Fasquelle, 1893, pages 21-22.


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3. Printemps [sung text not yet checked]

L’Hiver se fâche ! il a raison,
Son temps n’est pas près de renaître ;
Le Printemps heurte à la fenêtre
Et le chasse de la maison.

Tout vibre, à l’aube purpurine,
Sous la neige, linceul usé,
Et l’alouette au ciel rosé
Fait tinter sa claire clarine.

L’Hiver rage, sacre, dit non,
Comme un vieux roi qui gronde un page ;
Le Printemps fait plus de tapage
Et s’esclaffe au nez du grognon.

L’Hiver, la mine rechignée,
Tout en fuyant par le chemin,
Prend de la neige dans sa main
Et, traître, en lance une poignée…

Mais qu’importe au Printemps ! Pareil
À quelque rose enfant qui joue,
Il s’en lave en riant la joue,
Et n’en paraît que plus vermeil !

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Confirmed with Catulle Mendès, Petits poèmes russes, G. Charpentier et E. Fasquelle, éditeurs, 1893, pages 15-17.


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4. Les seuls pleurs [sung text not yet checked]

Lorsqu’aux champs de combat, pour les rois sans remords
Gisent, sanglants, les corps qu’étreint la mort jalouse,
Je ne plains pas l’ami, je ne plains pas l’épouse,
Je ne plains pas même les morts.

L’épouse s’éprendra, demain, d’un nouveau rêve,
L’ami ne saura plus le nom de son ami,
Mais il est quelque part une âme qui, parmi
Tant d’oublis, souffrira sans trêve.

Parmi l’œuvre hypocrite et les fausses douleurs,
La bassesse et la prose et toutes nos ivraies,
En l’univers humain il n’est de larmes vraies,
Ô pauvres mères ! que vos pleurs.

Elles n’oublîront point, les chères douloureuses,
Les enfants égorgés loin de leurs tendres bras,
Pas plus, Saule, que, toi, tu ne relèveras
Tes fidèles branches pleureuses !

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Confirmed with Catulle Mendès, Petits poèmes russes, Paris, G. Charpentier et E. Fasquelle, 1893, pages 67-68.


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5. L'ange et l'âme [sung text not yet checked]

Un ange traversa le minuit azuré !
L’ange disait le chant des célestes patries,
Et lune, étoile, nue, écoutaient, attendries,
Au bleu minuit, l’hymne sacré.

Il disait le délice épanoui des âmes
Innocentes dans les jardins du paradis,
Et Dieu même, et l’amour sans demain ni jadis
En les immarcescibles flammes.

Destinée aux soucis, aux larmes d’ici-bas,
Il portait dans ses bras une âme, sœur fidèle…
L’hymne céleste, voix sans parole au fond d’elle,
Faible et vague, n’y mourut pas.

Longtemps elle porta, vivante solitaire.
Le deuil du ciel parmi les humaines douleurs…
Rien n’a valu le bel hymne pour l’âme en pleurs
Qu’attristaient les chants de la terre !

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Confirmed with Catulle Mendès, Petits poèmes russes, Paris, G. Charpentier et E. Fasquelle, 1893, pages 45-46.


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6. Fédia [sung text not yet checked]

Il revient au village. Il ne va guère vite
Dans la nuit. Son petit cheval est fatigué.
Ils ont tourné la haie. Ils ont passé le gué.
Pas une étoile au ciel, ni grande ni petite.

Une vieille est au champ. « Bonjour, vieille ! — Merci,
Eh ! c’est Fédia ? dit-elle en liant ses javelles ;
Où donc te cachais-tu, fils ?… ni vent ni nouvelles !
— Où j’étais ?… C’est plus loin qu’on ne peut voir d’ici.

Mes frères sont-ils bien, et ma mère de même ?
Dis si l’izba, toujours debout, n’a point brûlé,
Et dis si Paracha — des gens m’en ont parlé,
À Moscou, — perdit son mari, l’autre carême ?

— Tes frères sont gaillards, ta mère a le teint frais,
Ta vieille maison rit comme une ruche neuve ;
C’est vrai que Paracha, l’an passé, devint veuve,
Mais elle s’est remariée, un mois après. »

Il sifflotte tout bas, écoute le vent sombre,
Renfonce son chapeau, regarde le chemin.
Et, sans mot dire, après un geste de la main,
Tranquille, tourne bride et disparaît dans l’ombre.

Authorship

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Confirmed with Catulle Mendès, Petits poèmes russes, Paris, G. Charpentier et E. Fasquelle, 1893, pages 49-51.


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