30 morceaux de chant

by Benjamin Louis Paul Godard (1849 - 1895)

Word count: 4329

1. Son front [sung text not yet checked]

C'est le pur sanctuaire où repose son âme,
C'est la blancheur du marbre au parvis du saint lieu ;
C'est l'albâtre discret où scintille une flamme,
Le voile transparent qui nous cache le dieu.

Je ne l'ai jamais vu que briller et sourire,
Comme ces beaux lacs bleus, reflets profonds du ciel,
Abris mystérieux où s'endort le zéphire,
Où la nature berce un printemps éternel.

Lorsque après un baiser de sa bouche mignonne
Je presse sur mon coeur ce doux front qui frissonne,
L'ambre de ses cheveux me parfume la main.

Aux heures de tristesse où notre âme brisée
S'incline malgré nous, comme un lis sans rosée,
Je trouve la fraîcheur en y posant le mien.

Authorship

Confirmed with Alfred Blot, Amitiés, Paris, Imprimerie de Jouhaux et fils, 1865, pages 110-111.


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2. Emporte avec toi mon bonheur [sung text checked 1 time]

Puisque tu t'en vas en voyage,
Emporte avec toi mon bonheur ;
Pour donner pâture à ton cœur,
Mets le dans un coin du bagage.

Regarde le pour t'amuser,
Il te dira de douces choses ;
Et jusque vers tes lèvres rose
Il montera comme un baiser.

Il n'est jamais las de te dire
Sans toi qu'il n'existerait pas,
Qu'il veut te suivre pas àpas,
Et que vers toi seule il aspire.

Si tu l'emportes avec toi,
Garde bien que rien ne le touche,
Bientôt un baiser de ta bouche
Le fera revenir en moi.

Authorship

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3. Le festin [sung text checked 1 time]

Lorsque je vins m'asseoir au festin de la vie,
Quand on passa la coupe au convive nouveau,
J'ignorais le dégoût dont l'ivresse est suivie,
Et le poids d'une chaine à son dernier anneau.

Et pourtant, je savais que les flambeaux des fêtes,
Eteints ou consumés, s'éclipsent tour-à-tour.
Et je voyais les fleurs qui tombaient de nos têtes,
Montrer en s'effeuillant leur vieillesse d'un jour.

Authorship

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4. Métella [sung text not yet checked]

Dans huit jours, Métella, tu seras mon épouse :
Le bandeau virginal, détaché de ton front,
Ne mettra plus d'obstacle à ma bouche jalouse ;
En voyant ton bonheur, les vierges t'envîront !
Je t'aime, ô Métella, ma belle fiancée !
Ton sourire est plus doux que celui de Vénus !
Plus ronds sont les contours de ta taille élancée,
Plus pure la blancheur de tes bras demi-nus !
Oh ! laisse-les ainsi pendre de ta tunique !
Laisse ton pallium s'ouvrir sur ton cou blanc !
Laisse se dérouler de leur voile pudique
Tes cheveux, imprégnés des parfums d'Orient !
Ensemble abandonnons la ville populeuse !
Fuyons ces atrias encombrés de clients !
Que nous font le forum et la foule envieuse ?
Que nous font les tribuns, les prêtres, les tyrans?
Viens, fuyons vers Tibur, où les nuits sont si belles !
Je sais un lieu désert, du Silence habité :
Nous nous endormirons au bruit des cascatelles,
Près du temple secret de Vénus Astarté.

Authorship

Confirmed with Alfred Blot, Idéales poésies, Paris, Librairie internationale, 1870, pages 58-59.


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5. L'exilé [sung text not yet checked]

[ ... ]

Les yeux en pleurs, tu me demandes
Où je vais, et pourquoi je pars.
Je n’en sais rien ; les mers sont grandes ;
L’exil s’ouvre de toutes parts.

Ce que Dieu nous donne, il nous l’ôte.
Adieu, patrie ! adieu, Sion !
Le proscrit n’est pas même un hôte,
Enfant, c’est une vision.

[ ... ]

Authorship

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6. Le petit ruisseau [sung text checked 1 time]

Cher petit ruisseau,
Dont l'humble flot coule
Bien loin de la foule
près de ce hameau ;
Sur tes bords tranquilles,
Mieux qu'au sein des villes,
J'aime à me trouver ;
Ton onde si pure
Par son doux murmure
M'invite à rêver.

Je rêve aux tracas
Du monde où nous sommes ;
Et je plains les hommes
Qui n'y pensent pas.
J plains l'âme folle,
Qu'une ardeur frivole
Poursuit en tout lieu,
Qui toujours désire
Et jamais n'admire
La nature et Dieu.

Je rêve au bonheur
Que le sage éprouve,
Que sans peine il trouve
Dans la paix du cœur.
Ce calme du sage,
on en voit l'image
Dans ton heureux cours.
Je n'ai qu'une envie,
C'est qu'à toi ma vie
Ressemble toujours.

Authorship

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7. Le printemps [sung text checked 1 time]

Tu reparais, ô beau printemps,
ô roi de la nature,
et déjà les bois et les champs 
se couvrent de verdure.

Le ciel est bleu, l'air parfumé
comme la fleur nouvelle,
tout rit, tout parait animé
sous la voute éternelle.

Authorship

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8. Fleur du vallon [sung text checked 1 time]

Dans le creux d'un vallon une fleur délaissée
Au souffle d'un zéphyr, qui s'en vint à passer,
Surprise tout-à-coup doucement caressée,
D'épanouir pour lui crut devoir s'empresser.

Mais l'ingrat s'éloigna dès qu'il l'eut éclore,
Vers ses brillantes sœurs, infidèle, il courut ;
Elle attendit en vain, et quand revint l'aurore,
L'humble fleur se pencha, se fana ... puis mourut !

Authorship

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9. La marguerite [sung text checked 1 time]

Connaissez-vous la fleur des champs,
Celle mignonne et si petite,
Qu'on appelle la Marguerite,
C'est la sorcière des amants.

Elle cache sous sa corole
Le livre divin du secret,
Et le cœur en lit un feuillet
A chaque feuille qui s'envole.

Authorship

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10. Rêverie [sung text checked 1 time]

J'aime sous la feuillée
A m'égarer le soir,
Quand la nuit étoilée
Ouvre son manteau noir,
Quand le zéphyr murmure
De sa voix douce et pure
A toute la nature
Un gracieux bonsoir !

Dans le vieux monastère
J'aime écouter le vent
Sous les arceaux de pierre
plaindre tristement,
Ou les hiboux sans nombre
Dans la tourelle sombre,
Pleine de lierre et d'ombre,
Mugir lugubrement.

Lorsque la nuit approche
Et couvre les vallons,
J'aime entendre la cloche
Lancer ses pieux sons,
Tandis que la bergère
Dans le pré solitaire
A la montagne altière
Fait dire ses chansons,

Les soupirs de la brise,
Errant dans le saint lieu,
La vague qui se brise,
L'étoile du ciel bleu,
Le chant de la rivière,
Tous ces bruits de la terre
Qui sont une prière,
Tout me parle de Dieu.

Authorship

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11. Jalousie [sung text checked 1 time]

Que viens-tu faire en moi, sinistre jalousie ?
Pourquoi mordre mon cœur qui pourrait vivre heureux,
Caressant à loisir sa chère fantaisie,
Si tu n'y plongeais pas tes glaives douloureux ?

[ ... ]

Authorship

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12. La belle enfant [sung text checked 1 time]

Blanche enfant, que vous êtes belle
Avec vos blonds cheveux bouclés,
Aussi blonds que le sont nos blés,
Au temps de la saison nouvelle.

Toujours en vos ébats joyeux
Sous vos longs cils brille une flamme,
Doux reflêt de votre jeune âme,
Qui croit encor jouer aux cieux.

Authorship

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13. Idéal [sung text checked 1 time]

Ô toi que j'ai tant aimée,
ô solitude des bois,
Brise, haleine parfumée,
Qui gémis comme une voix,
Et vous, ondes murmurantes,
soupirs  de nuits odorantes,
Silences mystèrieux,
Bruit que la vallée exhale,
Comme une voix virginale,
Qui monte en tremblant aux cieux !

Et toi, blanche maisonnette, 
Qu'on aperçoit du chemin,
Seuil où le pauvre s'arrête
Pour prendre un morceau de pain ;
D'ou je voyais, les dimanches,
Les filles aux robes blanches,
Passer le soir lentement,
Et quand sonnait la prière,
Revenir à la chaumière
Dans un doux recueillement !

Authorship

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14. Retour [sung text not yet checked]

Quand le poëte ailé, le rossignol fidèle,
Après un long exil a quitté sa prison,
Quand la cage de fer qui déchirait son aile
L'a vu partir joyeux... l'enfant de l'horizon !

Il s'élance au travers des vents et des orages :
Qu'importe!... il voit au loin sourire de beaux jours,
Et la forêt profonde avec ses frais ombrages,
Et le nid, le doux nid où furent ses amours.

Tel, après un long mois d'absence et de tristesses,
J'ai revu mes trésors : ta main, nid de tendresses,
Tes yeux profonds et doux, sourire de mes jours;

Ton coeur, fleur de mon coeur, vivante poésie ;
Et l'ange familier qui chantait dans ma vie
A retrouvé ses chants, sa joie et ses amours !

Authorship

Confirmed with Alfred Blot, Idéales poésies, Paris, Librairie internationale, 1870, pages 91-92.


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15. Eloa aux enfers [sung text checked 1 time]

Par l'ordre du Seigneur aux enfers descendue,
Vers la mer des brouillards Zaël s'est abattue,
C'est delà qu'au reflêt de ses ailes d'azur
L'ange voit Eloa dans un lointain obscur ;
Les cheveux tout épars, comme une onde épanchée,
Sur ses genoux maigris sa tête était penchée !
« Eloa, lève-toi, » dit l'ange radieux,
« Reviens parmi tes sœurs, Dieu te rappelle aux cieux. »

« Toi qui reviens apporter la grâce de l'impie,
Zaël, tu vois ta sœur, les yeux ensanglantés,
Dans un coin de l'enfer tout un siècle accroupie,
Les cheveux ruisselants des larmes des damnés,
Et frissonnant d'éffroi, quand un tourbillon d'âmes
Traverse, avec des pleurs, des sanglots et des cris,
L'océan des brouillards pour tomber dans les flammes ;
Eh bien, Zaël, ta sœur aime ces lieux maudits.

Jéhova, je préfère aux célestes phalanges,
Aux splendides clartés de ton ciel étoilé,
A l'océan d'azur, où nagent tes archanges,
L'enfer et mon damné !

Vois-tu ces réprouvés, qui se tordent dans l'ombre,
Ce démon qui se mêle à mes cheveux épars,
Sur mes membres tremblants la brume humide et sombre
Et, sous mes pieds glacés, le corps froid des lézards ?
Mais, Zaël, vois là-bas, tout au fond de l'abîme,
Ce damné, dont l'œil me cherche dans la nuit.
De ton Dieu sans pitié c'est la noble victime.
Eh bien, mon  ciel, à moi, c'est lui, c'est mon damné !

Authorship

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16. Ode [sung text checked 1 time]

Bení soit le Dieu des armées,
Qui donne la force à mon bras,
Et par qui mes mains sont formées
Dans l'art pénible des combats.
De sa clémence inépuisable
Le secours prompt et favorable
A fini mes oppressions :
En lui j'ai trouvé mon asile,
Et par lui d'un peuple indocile
J'ai dissipé les factions.

Objet de mes humbles cantiques,
Seigneur, je t'adresse ma voix.
Toi, dont les promesses antiques
Furent toujours l'espoir des rois ;
Toi, de qui les secours propices
A travers tant deprécipices
m'ont toujours garanti d'éffroi,
Conserve aujourd'hui ton ouvrage
Et daigne détourner l'orage,
Qui s'apprête à fondre sur moi !

Authorship

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17. Au revoir [sung text not yet checked]

Au revoir ! à nos cœurs il faut donc qu'il s'applique,
Ce mot des longs regrets symbole douloureux,
Ce sanglot qui contient, amoureuse relique,
   Toutes les larmes de mes yeux ?

Au revoir ! Entends-tu la brise qui s'élève ?
L'heure vient de sonner, allons... il faut partir.
Ainsi que le vieillard qui caresse un doux rêve,
   Je vais vivre de souvenir.

O nature ! ô nature à jamais immortelle,
Vallée où je voudrais me mettre à deux genoux,
Mer immense et superbe, et qui n'êtes si belle
   Que parce qu'elle est près de vous !...

Ici, c'est un soupir, c'est le baiser qu'on donne,
Le sourire d'amour si longtemps attendu !
Là-bas... c'est le regard qui console et pardonne,
   Ici... c'est le baiser rendu.

Loin de moi, loin de moi, ces poëtes moroses
Qui vont doutant de tout, même de leur bonheur,
Et qui songent sans cesse, en effeuillant les roses,
   Qu'elles vont perdre leur fraîcheur !

Oh ! sans doute ils sont courts ces doux moments d'ivresse,
Sans doute l'on dirait qu'ils sont surpris à Dieu !
Le front ému frissonne encor d'une caresse,
   Il faut que l'on se dise adieu !

Mais quelle volupté ! quelle extase suprême !
Au sourire attendri que d'éblouissements !
Dans le regard profond de l'être qui vous aime
   Quels sublimes rayonnements !

Oh ! quel immense oubli de toutes les souffrances !
Quels rêves dans le cœur viennent se reposer !
Que de cieux entrevus, de saintes espérances !
   Que de siècles dans un baiser !

Et puis, dans sa sagesse affectueuse et douce,
Dieu mit le souvenir au cœur désespéré,
Comme sur les rochers il étendit la mousse,
   Lit du voyageur égaré !

C'est lui qui dans mon cœur veillera ton image,
Gardien assidu de ton culte béni ;
Il essuîra les pleurs de mon triste voyage,
   Il va devenir mon ami !

Divin consolateur, frère de l'espérance,
Il étendra la main vers l'avenir joyeux :
Sur ses pas, je verrai s'avancer en silence
   Le cortège des jours heureux !

Et toi !... De grâce, aussi, parfois qu'il te souvienne
Du songe de nos cœurs rêvé dans un beau jour,
De la main d'un ami qui n'est plus dans la tienne ;
   Puisses-tu rêver le retour !

Authorship

Confirmed with Alfred Blot, Idéales poésies, Paris, Librairie internationale, 1870, pages 87-90.


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18. Hymne [sung text not yet checked]

Ô père qu'adore mon père !
Toi qu'on ne nomme qu'à genoux !
Toi, dont le nom terrible et doux
Fait courber le front de ma mère !

On dit que ce brillant soleil
N'est qu'un jouet de ta puissance ;
Que sous tes pieds il se balance
Comme une lampe de vermeil.

On dit que c'est toi qui fais naître
Les petits oiseaux dans les champs,
[Et]1 qui donne aux petits enfants
Une âme aussi pour te connaître !

On dit que c'est toi qui produis
Les fleurs dont le jardin se pare,
Et que, sans toi, toujours avare,
Le verger n'aurait point de fruits.

[ ... ]

Donne une famille nombreuse
Au père qui craint le Seigneur,
Donne à moi sagesse et bonheur,
Pour que ma mère soit heureuse !

[ ... ]

Authorship

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1 Lalo: "Et c'est toi"
2 Liszt: "invoquer"
3 lines reversed by Lalo.
4 omitted by Lalo.
5 added by Lalo.

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19. La source dans les bois [sung text not yet checked]

Source limpide et murmurante
Qui de la fente du rocher
Jaillis en nappe transparente
Sur l'herbe que tu vas coucher,

Le marbre arrondi de Carrare,
Où tu bouillonnais autrefois,
Laisse fuir ton flot qui s'égare
Sur l'humide tapis des bois.

[ ... ]

Penché sur ta coupe brisée,
Je vois tes flots ensevelis
Filtrer comme une humble rosée
Sous les cailloux que tu polis.

J'entends ta goutte harmonieuse
Tomber, tomber, et retentir
Comme une voix mélodieuse
Qu'entrecoupe un tendre soupir.

Les images de ma jeunesse
S'élèvent avec cette voix ;
Elles m'inondent de tristesse,
Et je me souviens d'autrefois.

[ ... ]

Authorship

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20. Le voyageur [sung text checked 1 time]

Voyageur ! voyageur ! pourquoi marcher sans cesse ?
Pourquoi toujours chercher un nouvel horizon ?
Pourquoi sur l'univers repandre ta jeunesse ?
Pourquoi ne pas dormir quand le sommeil te presse ?
Pourquoi toujours la tente et jamais la maison ?

J'ai peur de m'arrêter ; C'est l'instinct de ma vie,
Quand je marche au hazard, perdu sous le ciel bleu,
J'entends chanter en moi ma jeune âme ravie,
Et je porte en mon cœur le soleil du bon Dieu.

J'ai peur de m'arrêter, car, sur quelque rivage,
Si je laissais mon cœur à qui ne le veut pas,
Je partirais brisé, tout pâle et sans courage,
Comme un soldat vaincu dans ses premiers combats.

Je ne veux pas aimer ; J'aime mieux sur les ondes
Regarder le soleil descendre et s'abîmer ;
J'aimemieux m'en aller par les forêts profondes.
L'amour me fait trop peur ; je ne veux pas aimer.

Authorship

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21. Pourquoi êtes-vous jolie ? [sung text not yet checked]

Votre bandeau noir cache un front charmant,
      Je tiens à le dire ;
Mais, sans m’écouter,à ce compliment
      Je vous vois sourire.
Sans trop vous fâcher, pardonnez-le moi :
Si donner son cœur est une folie,
Ce n’est pas ma faute, hélas ! et pourquoi,
Dites—moi pourquoi vous êtes jolie ?

[ ... ]

Quand vous voulez prendre un maintien boudeur
      Pour faire la moue.
Ou lorsque, pudique, une humble rongeur
      Voile voue joue,
Alors tout l’enfer vient loger en moi !
Je voudrais, pour vous, faire une folie :
      Car enfin, pourquoi,
Dites—moi pourquoi vous êtes jolie ?

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22. Ode [sung text checked 1 time]

Le roi des cieux et de la terre
Descend au milieu des éclairs  ;
Sa voix, comme un bruyant tonnerre
S'est fait entendre dans les airs :
Dieux mortels, C'est vous qu'il appelle,
Il tient la balance éternelle,
Qui doit peser tous les humains.
Dans ses yeux  la flamme étincelle
Et le glaive brille en ses mains.

Ministres de ses lois augustes,
Esprits divins qui le servez,
Assemblez la troupe des justes,
Que les œuvres ont éprouvés ;
Et de ces serviteurs utiles
Séparez les âmes serviles,
dont le zèle, oisif en sa foi,
Par des holocaustes stériles
A cru satisfaire à la loi.

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23. La feuille flétrie [sung text checked 1 time]

Pourquoi tomber déjà, feuille jaune et flétrie ?
J'aimais ton doux aspect dans ce triste vallon.
Un printemps, un été furent toute ta vie,
Et tu vas sommeiller  sur le pâle gazon.

L'hiver, saison des nuits, s'avance et décolore
Ce qui servait d'asile aux habitants des cieux  ;
Tu meurs, un vent du soir vient t'embrasser encore,
Mais ces baisers glacés sont pour toi des adieux.

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24. Le joyeux frère [sung text not yet checked]

Prenez un an, prenez-en deux
Courez la France et l'Angleterre
Quel homme y trouverez—vous heureux ?
Le joyeux Frère

Un guerrier meurt au champ d‘honneur
Sa veuve, hélas ! se désespère
Quel sera son consolateur ?
Le joyeux Frère

Que désire pour son guerdon
Le prince à son heure dernière ?
C‘est le froc et le capuchon
Du joyeux Frère

Riche et pauvre, brave et poltron
Chacun le fête et le révère
Chaque maison est la maison
Du joyeux Frère

Le mari lui donne en tous lieux
A table la place première
Et la femme traite encor mieux
Le joyeux Frère

Du diable, pour braver le choc
Pour semer de fleurs sa carrière
Vivent la sandale et le froc
Du joyeux Frère !

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26. Pauvre bouton [sung text checked 1 time]

Sur les rosiers pendant l'hiver
On voit sous une froide étreinte
Un bouton mort sans s'être ouvert,
Emblême d'espérance éteinte :
Hélas ! hélas ! il avait espéré
Un sort plus doux sur cette branche,
Où maintenant décoloré,
fleutri par l'orage il se penche.

Tel refermé sur son amour
Un cœur brisé par la souffrance
Achêve de mourir au jour,
Où tout renait à l'espérance :
Hélas ! hélas ! pleurant un souvenir,
Il aime à contempler encore
Ce bonheur qu'il n'a pu saisir,
Qui pour un autre vient d'éclore.

27. Paul à Virginie [sung text checked 1 time]

J'aime, ô ma Virginie, à marcher sur tes traces,
J'aime à boire à la source où tu bus avant moi ;
Un parfum se répand dans les airs où tu passes,
Sur tout ce qui te touche, et je ne sais pourquoi.

Je te vois, quand je dors, je te vois, quand je veille,
Je frémis quand le vent m'apporte un chant de toi ;
La voix des bengalis est douce à mon oreille,
Mais plus douce est la tienne, et je ne sais pourquoi.

Authorship

Note: Godard sets two stanzas from the much longer poem "Héléna"


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29. Le départ  [sung text not yet checked]

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Authorship

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30. Aubade [sung text not yet checked]

Lève-toi donc, Anna-Marie !
Déjà l'aurore est de retour,
Et des oiseaux la mélodie
A salué le point du jour.
N'entends-tu pas le cor sonore
Qui retentit sur les coteaux ?
Lève-toi donc, Marie, avec l'aurore,
Le gai chasseur et les oiseaux..

Tybalt, Tybalt, quand je sommeille,
De doux songes charment mes sens,
Et quels plaisirs, quand on s'éveille,
Valent ces songes ravissans ?
Laisse l'oiseau chanter l'aurore ;
Le cor n'a point d'attraits pour moi !
Des sons plus doux me font rêver encore.
Mais, Tybalt, ce n'est pas de toi ! 

Authorship

Based on

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