Vingt Poèmes de Jean Richepin

by César Antonovich Cui (1835 - 1918)

Word count: 2204

1. Berceuse [sung text checked 1 time]

Dors, mon fieux, dors,
Bercé, berçant.
Fait froid dehors,
Ça glace l'sang.
Mais gna d'chez soi
Qu'pour ceux qu'a d'quoi.

Le vent pince et la neige mouille,
Berçant, bercé.
Dans un chez soi on a d'la houille
Ou du bois d'automn' ramassé,
Berçant, bercé,
Bercé grenouille.

Dors, mon fieux, dors,
Bercé, berçant.
Fait froid dehors, 
Ça glace l'sang.
Mais gna d'chez soi
Qu'pour ceux qu'a d'quoi.

Not' maison à nous,
c'est ma hotte,
Berçant, bercé.
Et l'vieux jupon qui t'emmaillotte
Jusqu'à ta chair est traversé,
Berçant, bercé,
Bercé marmotte.

Dors, mon fieux, dors,
Bercé, berçant.
Fait froid dehors, 
Ça glace l'sang.
Mais gna d'chez soi
Qu'pour ceux qu'a d'quoi.

Ton bedon est vide et gargouille,
Berçant, bercé.
C'est pas pour nous qu'est la potbouille,
Ni le bon pichet renversé,
Berçant, bercé,
Bercé grenouille.

Dors, mon fieux, dors,
Bercé, berçant.
Fait froid dehors, 
Ça glace l'sang.
Mais gna d'chez soi
Qu'pour ceux qu'a d'quoi.

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2. Le vieux [sung text checked 1 time]

Mes braves bons messieurs et dames,
Par Sainte-Marie-Notre-Dame,
Voyez le pauvre vieux stropiat.
Pater noster! Ave Maria!
Ayez pitié?

Mes braves bons messieurs et dames,
La charité des bonnes âmes!
Un p'tit sou et Dieu vous l'rendra.
Pater noster! Ave Maria!
Ayez pitié!

Mes braves bons messieurs et dames,
Chez ceux qui ne voient pas les larmes,
Quand Dieu le veut, grèle il y a.
Pater noster! Ave Maria!
Ayez pitié!

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3. Les petiots [sung text checked 1 time]

Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont bien froid.
Les petiots claquent des dents.
Ohé! ils vous écoutent!
S'il fait chaud là-dedans,
Bonnes gens,
Il fait froid sur la route.

Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont bien faim.
Les petiots claquent des dents.
Ohé! il faut qu'ils entrent!
Vous mangez là-dedans,
Bonnes gens,
Eux, n'ont rien dans le ventre.

Ouvrez la porte
Aux petiots qui ont sommeil.
Les petiots claquent des dents.
Ohé! leur faut la grange!
Vous dormez là-dedans,
Bonnes gens,
Eux, les yeux leur démangent.

Ouvrez la porte
Aux petiots qu'ont un briquet.
Les petiots grincent des dents.
Ohé! les durs d'oreille!
Nous verrons là-dedans,
Bonnes gens,
Si le feu vous réveille!

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4. Pâle et blonde [sung text checked 1 time]

Pâle et blonde,
trés pâle et très blonde,
ô mon coeur,
C'est ainsi que tu l'aimes.
Lorsque sur toi l'ennui comme un condor vainqueur
Étends ses ailes blêmes,
Lorsque tu sens en toi monter le goût amer
Des voluptés passées,
Lorsque tu voudrais bien boire toute la mer
Pour noyer les pensées,
Lorsqu'un désir te prend,
frénétique et moqueur, 
De t'en aller du monde,
Pâle et blonde,
trés pâle et très blonde,
ô mon coeur,
Tu l'aimes pâle et blonde;
Pâle et blonde comme est la fille d'un vieillard,
Née au mois de décembre.
Aussi pâle qu'un clair de lune en un brouillard,
Aussi blonde que l'ambre;
Pâle et blond et laissant autour d'elle neiger,
Plus blancs que de la laine,
Ses cheveux d'argent fin, clair, mousseux et léger,
Que dissipe une haleine;
Pâle et blonde,
trés pâle et très blonde, elle est là
Qui sanglotte à ta porte.
Laisse-la donc entrer chez toi, va, laisse-la,
Laisse, qu'elle t'emporte!
C'est elle, la bonne ale.
Allons, tends-lui ton cou,
Ouvre ta bouche entière,
Et mets la bière en toi!
Tu mets du même coup
Ton ennui dans la bière.

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5. Le ciel est transi [sung text checked 1 time]

Le ciel est transi.
Sur la terre nue
La neige est venue.
Sur mon cœur aussi.

Dans l'air obscurci
Les feuilles dernières
Roulent aux ornières.
Mon bonheur aussi.

Il fait froid ici.
Les cailles, les grives,
Ont quitté nos rives.
Ma maîtresse aussi.

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  • ENG English (Corinne Orde) , "Winter's day", copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) (Francesco Campanella) , "Giorno d'inverno", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission

Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], page 217.


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6. Où vivre? [sung text checked 1 time]

Où vivre ? Dans quelle ombre
Étouffer mon ennui ?
Ma tristesse est plus sombre
  Que la nuit.

Où mourir ? Sous quelle onde
Noyer mon deuil amer ?
Ma peine est plus profonde
  Que la mer.

Où fuir ? De quelle sorte
Égorger mon remord ?
Ma douleur est plus forte
  Que la mort.

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  • ENG English (Corinne Orde) , "Anguish", copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) (Francesco Campanella) , "Angoscia", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission

Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], page 249.


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7. Te souviens-tu d'une étoile? [sung text checked 1 time]

Te souviens-tu d'une étoile
Qui nous regardait un soir,
Ainsi qu'un oeil sous un voile,
  Dans le ciel noir ?

Nous avons fait la grimace
A cet astre curieux,
Cachant à demi sa face
  Pour nous voir mieux.

Elle est toujours dans l'espace.
Mais c'est l'étoile aujourd'hui
Qui là-haut fait la grimace
  A mon ennui.

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Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], page 275.


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8. Te souviens-tu du baiser? [sung text checked 1 time]

Te souviens-tu du baiser,
Du premier que je vins prendre ?
Tu ne sus pas refuser,
Mais tu n'osas pas le rendre.

Te souviens-tu du baiser,
Du dernier que je vins prendre ?
Tu n'osas pas refuser ;
Mais tu ne sus pas le rendre.

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Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], page 273.


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9. Que ta maîtresse soit [sung text checked 1 time]

Que ta maîtresse soit ou blonde, ou rousse, ou brune,
Qu'elle vienne d'en haut, ou d'en bas, ou d'ailleurs,
Crains l'abandon certain promis par les railleurs.
La femme et ses désirs sont réglés par la lune.

Tous les amours du monde ont une fin commune.
Ta maîtresse prendra de tes ans les meilleurs
Et les effeuillera sous ses doigts gaspilleurs.
La femme est un danger quand on n'en aime qu'une.

Aime-les toutes, c'est le parti le plus sûr :
La brune aux yeux de nuit, la blonde aux yeux d'azur,
La rousse aux yeux de mer, et bien d'autres encore.

Ne fixe pas ton cœur à leurs cœurs décevants,
Mais change ! L'homme heureux est celui que décore
Un chapeau d'amoureux qui tourne à tous les vents.

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Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], pages 236-237.


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10. Air retrouvé [sung text checked 1 time]

Rien n'est fini. Tout recommence.
Rupture toujours ajournée !
C'est comme un vieux bout de romance
Qu'on chanta toute une journée.

Un moment on croit qu'on l'oublie.
On marche sans en avoir cure.
Mais la ritournelle abolie
Couve dans la mémoire obscure.

Un beau jour qu'on prête l'oreille
A des bruits vagues, l'on s'étonne
D'entendre la petite abeille
Qui dans sa ruche encor chantonne.

Et voilà qu'on redit sans trêve
Le bout oublié de romance.
On retourne à son ancien rêve.
Rien n'est fini. Tout recommence,1

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  • ENG English (Corinne Orde) , "Rediscovered air", copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) (Francesco Campanella) , "Aria ritrovata", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission

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Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], pages 172-173.

1 [sic] for the punctuation.

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11. Le jour où je vous vis [sung text checked 1 time]

Le jour où je vous vis pour la première fois,
Vous aviez un air triste et gai : dans votre voix
Pleuraient des rossignols captifs, sifflaient des merles ;
Votre bouche rieuse, où fleurissaient des perles,
Gardait à ses deux coins d'imperceptibles plis ;
Vos grands yeux bleus semblaient des calices remplis
Par l'orage, et séchant les larmes de la pluie
A la brise d'avril qui chante et les essuie ;
Et des ombres passaient sur votre front vermeil
Comme un [papillon noir]1 dans un rais de soleil.

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  • ENG English (Corinne Orde) , "The day when I saw you", copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) (Francesco Campanella) , "Il giorno che ti vidi", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission

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Confirmed with Les caresses, Nouvelle Édition, Paris, G. Charpentier, [no date], page 5.

1 Cui: "noir papillon"

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12. Le Hun [sung text checked 1 time]

Vole, ô cavale folle!
Franc, ou Goth, ou Germain,
Ou Gaulois, ou Romain,
Partout sur mon chemin,
Devant ta course folle,
Le vieux monde croula
Comme un brouillard s'envole.
Attila! Attila!

Je plonge dans l'espace,
A travers monts et vaux,
Vers les pays nouveaux
Des guerriers sans chevaux.
Je me soûle d'espace
Sans crier halte-là,
Comme un oiseau qui passe.
Attila! Attila!

Dans mon galop superbe
Je passe, et quand je pars
On voit de toutes parts
Des cadavres épars.
C'est mon sabre superbe
Qui les éparpilla
Comme un fléau la gerbe.
Attila! Attila!

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  • ENG English (Laura Prichard) , "The hun", copyright © 2018, (re)printed on this website with kind permission

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13. Le Spadassin [sung text checked 1 time]

Je suis tailleur à ma manière:
Car je taille et je ne couds point,
Et ma méthode routinière
Ne sait travailler qu'au pourpoint
Pour y fendre la boutonnière.

Et voyez si je suis galant!
Dès que la boutonnière est faite,
Sur la poitrine du chaland
J'y mets, tout éclos pour sa fête,
Un oeillet rouge en m'en allant.

D'aucuns frappent comme on divague,
A tort, à travers. Moi, tout droit.
Et, trou de rapière ou de dague,
C'est si petit, mignon, étroit,
Qu'on en pourrait faire une bague.

Bref, dans Paris pour le moment,
Je le dis sans fausse vergogne,
Il n'est pas un seul escrimant,
Fût-il de Naple ou de Gascogne,
Pour faire un mort plus proprement.

Venez donc chez moi. Je vous jure 
Qu'après vous me direz merci.
Ma boutique est cette masure
Dont l'enseigne dit: C'est ici
Que l'on est tué sur mesure.

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14. Le Turc [sung text checked 1 time]

Hop! mon cheval, hop! galope!
Mon sabre nous enveloppe
D'éclairs bleus en tourbillon.
Ta crinière que je flatte,
Dans la mêlée écarlate,
Déroule un noir pavillon.

Quand, aux carrefours des villes,
Nous broyons les foules villes
Des chiens de chrétiens tremblants,
Tes pieds plus vifs que des ailes,
Arrachent des étincelles
De feu rouge aux pavés blancs.

La mer aux flots de sinople
Qui garde Constantinople,
Demain nous la franchirons.
J'irai dans les basiliques
Déclouer l'or des reliques
Pour ferrer tes sabots ronds.

Les Grecques, mes prisonnières,
Seront tes palefrenières;
Et leurs mains aux doigts nacrés,
Pour te rafraîchir la gorge,
Mêleront le miel et l'orge
Au fond des vases sacrés.

Afin que ton poil qui fume
Se repose et se parfume,
Tu prendras, si tu le veux,
Leurs chambres pour écuries,
Et pour litières fleuries
Les gerbes de leurs cheveux.

Tu les verras toutes nues,
Et, pris d'ardeurs inconnues,
Tu henniras en rêvant
Devant leurs croupes rivales
De la croupe des cavales
Qui s'en vont la queue au vent!

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15. Si mon rival [sung text checked 1 time]

Si mon rival
Est sans cheval
Et sans appui,
Voici ma loi:
Tant mieux pour moi,
Tant pis pour lui!

S'il se défend
Comme un enfant
Rempli d'émoi
Pendant la nuit,
Tant pis pour lui,
Tant mieux pour moi!

S'il croit vraiment
A mon serment,
Ce mot qui fuit,
Je suis sans foi;
Tant mieux pour moi,
Tant pis pour lui!

Vienne un vainqueur
Qui dans mon coeur
Plonge l'effroi
D'un fer qui luit,
Tant mieux pour lui,
Tant pis pour moi!

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16. Larmes [sung text checked 1 time]

Pleurons nos chagrins, chacun le nôtre,
Une larme tombe, puis une autre,
Toi, qui pleures-tu? Ton doux pays,
Tes parents lointains, ta fiancée.
Moi, mon existence dépensée
    En vœux trahis.

Pleurons nos chagrins, chacun le nôtre.
Une larme tombe, puis une autre.
Semons dans la mer ces pâles fleurs.
À notre sanglot qui se lamente 
Elle répondra par la tourmente
    Des flots hurleurs.

Pleurons nos chagrins, chacun le nôtre.
Une larme tombe, puis une autre.
Le flux de la mer en est grossi
Et d'une salure plus épaisse,
Depuis si longtemps que notre espèce
    Y pleure ainsi.

Pleurons nos chagrins, chacun le nôtre.
Une larme tombe, puis une autre.
Peut-être toi-même, ô triste mer,
Mer au goût de larme âcre et salée,
Es-tu de la terre inconsolée
    Le pleur amer.

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  • ENG English (Laura Prichard) , copyright © 2020, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Nele Gramß) , "Tränen", copyright © 2007, (re)printed on this website with kind permission

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17. La falaise [sung text checked 1 time]

La falaise en forteresse
Blanche et rigide se dresse,
Et du haut de ses remparts,
Ô vagues, elle se raille
De vos escadrons épars
Écrasés à sa muraille.

En vain vous la menacez 
De vos coups jamais lassés,
De vos troupes toujours fraîches;
La garnison pas à pas,
Vous laissant ouvrir vos brèches.
Recule et ne se rend pas.

Parfois, doublant votre rage,
Bat le tambour de l'orage,
Sonne le clairon du vent.
Vous galopez d'une traite.
Au galop! Sus! En avant!

Vous escaladez la crête.
Les talus sont arrachés,
Des pans de sol, des rochers.
La vieille se démantèle.
Et voici de toutes parts
Que s'émiettent devant elle
Les crénaux de ses remparts.

Dans sa muraille éventrée
Votre irrésistible entrée
Va, creuse, élargit son trou,
Bondit, massacre, renverse,
Brèche suprême, par où
Il pleut des morts en averse.

Mais ces cadavres croulants
Embarrassent vos élans;
Car la plage est toute pleine
D'un monceau d'estropiés
Où vos chevaux hors d'haleine
S'abattent pris par les pieds.

Et toujours la forteresse
Blanche et rigide se dresse,
Puisque sans peur ni remords
Pour briser vos cavalcades
C'est avec ses propres morts
Qu'elle fait des barricades.

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18. Oceano nox [sung text checked 1 time]

Dans le silence
Le bateau dort
Et bord sur bord
Il se balance.

Seul à l'avant
Un petit mousse
D'une voix douce
Siffle le vent.

Au couchant pâle
Et violet
Flotte un reflet
Dernier d'opale.

Sur les flots verts,
Par la soirée
Rose et moirée
Déjà couverts,

Sa lueur joue,
Comme un baiser
Vient se poser
Sur une joue.

Puis, brusquement,
Il fuit, s'efface,
Et sur la face
Du firmament,

Dans l'ombre claire,
On ne voit plus
Que le reflux
Crépusculaire.

Les flots déteints
Ont, sous la brise,
La couleur grise
Des vieux étains.

Alors la veuve
Aux noirs cheveux
Se dit: "Je veux
Faire l'épreuve

De mes écrins
Dans cette glace."
Et la Nuit place
Parmi ses crins,

Sous ses longs voiles
Aux plis dormants,
Les diamants
De ses étoiles.

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19. Les songeants [sung text checked 1 time]

Dans le pays on les appelait les Songeants.
A force d'être ensemble ayant mine pareille,
On eût dit deux sarments, secs, de la même treille.
C'était un vieux marin et sa femme, indigents.
Ils se trouvaient heureux et n'étaient exigeants;
Car elle avait perdu la vue, et lui l'oreille.
Mais chaque jour, à l'heure où le flux appareille,
Ils venaient, se tenant par la main, bonnes gens,
Et demeuraient assis sur le bord de la grève,
Sans parler, abîmés dans l'infini d'un rêve,
Et jusqu'au fond de l'être avaient l'air de jouir.
Ainsi de leurs vieux ans ils achevaient la trame,
Le sourd à voir la mer, et l'aveugle à l'ouïr,
Et tous deux à humer son âme dans leur âme.

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20. Adieu-vat! [sung text checked 1 time]

Ainsi le naufragé sans barre et sans compas,
Au moment de sombrer sous la vague profonde,
Vers les abîmes noirs où n'atteint pas la sonde,
Sûr qu'aux requins son corps va servir de repas,
Veut arracher du moins sa mémoire au trépas,
Et la lègue, livrée à la grâce de l'onde.
Aux flancs garnis d'osier d'une bouteille ronde
Que la mer roulera, mais ne brisera pas;
Ainsi sur l'Océan de ce siècle d'orages,
Je veux mettre mon nom à l'abri des naufrages
Dans l'osier de ces vers solidement tressés.
Et j'espère qu'un jour, après mille aventures,
Ô flots en qui j'ai foi, flots qui m'engloutissez,
Vous le déposerez sur les plages futures.

Authorship

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