Dix mélodies célèbres

by Gabriel de Saint-Quentin (1846 - 1926)

Word count: 1324

1. S'il est un charmant gazon [sung text not yet checked]

S'il est un charmant gazon
  Que le ciel arrose,
Où [brille]1 en toute saison
  Quelque fleur éclose,
Où l'on cueille à [pleine main]2
Lys, chèvrefeuille et jasmin,
J'en veux faire le chemin
  Où ton pied se pose !

S'il est un sein bien aimant
  Dont l'honneur dispose !
Dont le ferme dévoûement
  N'ait rien de morose,
Si toujours ce noble sein
Bat pour un digne dessein,
J'en veux faire le coussin
  Où ton front se pose !

S'il est un rêve d'amour,
  Parfumé de rose,
Où l'on [trouve chaque jour]3
  Quelque douce chose,
Un rêve que Dieu bénit,
Où l'âme à l'âme s'unit,
Oh ! j'en veux faire le nid
  Où ton cœur se pose !

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  • CHI Chinese (中文) (Yen-Chiang Che) , "如果有一個迷人的草地", copyright © 2009, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Peter Low) , "If there be a lovely grassy plot", copyright © 2000, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English [singable] (Charles Fonteyn Manney) , "If I knew a meadow fair", first published 1911
  • ENG English (Amy Pfrimmer) , copyright © 2019, (re)printed on this website with kind permission
  • ITA Italian (Italiano) (Enrico Magnani) , "Sogno d'amore", copyright © 2009, (re)printed on this website with kind permission

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Confirmed with Poésies de Victor Hugo: Odes & Ballades, Les Orientales, Les Feuilles d'Automne, Les Chants du Crépuscule, Les Voix Intérieures, Les Rayons & Les Ombres, Paris, Hetzel, 1880, p. 67.

1 Fauré: "naisse".
2 d'Erlanger: "pleines mains".
3 d'Erlanger: "trouve à chaque pas".

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2. L'aurore  [sung text not yet checked]

I
L'aurore s'allume ;
L'ombre épaisse fuit ;
Le rêve et la brume
Vont où va la nuit ;
Paupières et roses
S'ouvrent demi-closes ;
Du réveil des choses
On entend le bruit.

Tout chante et murmure,
Tout parle à la fois,
Fumée et verdure,
Les nids et les toits ;
Le vent parle aux chênes,
L'eau parle aux fontaines ;
Toutes les haleines
Deviennent des voix !

Tout reprend son âme,
L'enfant son hocher,
Le foyer sa flamme,
Le luth son archet ;
Folie ou démence,
Dans le monde immense,
Chacun recommence
Ce qu'il ébauchait.

Qu'on pense ou qu'on aime,
Sans cesse agité,
Vers un but suprême,
Tout vole emporté ;
L'esquif cherche un môle,
L'abeille un vieux saule,
La boussole un pôle,
Moi la vérité.

II
5. Vérité profonde !
Granit éprouvé
Qu'au fond de toute onde
Mon ancre a trouvé !
De ce monde sombre,
Où passent dans l'ombre
Des songes sans nombre,
Plafond et pavé !

Vérité, beau fleuve
Que rien ne tarit !
Source où tout s'abreuve,
Tige où tout fleurit !
Lampe que Dieu pose
Près de toute cause !
Clarté que la chose
Envoie à l'esprit !

Arbre à rude écorce,
Chêne au vaste front,
Que selon sa force
L'homme ploie ou rompt,
D'où l'ombre s'épanche,
Où chacun se penche,
L'un sur une branche,
L'autre sur le tronc !

Mont d'où tout ruisselle !
Gouffre où tout s'en va !
Sublime étincelle
Que fait Jéhova !
Rayon qu'on blasphème !
Œil calme et suprême
Qu'au front de Dieu même
L'homme un jour creva !

III
9. Ô terre ! ô merveilles
Dont l'éclat joyeux 
Emplit nos oreilles,
Eblouit nos yeux !
Bords où meurt la vague,
Bois qu'un souffle élague,
De l'horizon vague
Plis mystérieux !

Azur dont se voile
L'eau du gouffre amer,
Quand, laissant ma voile
Fuir au gré de l'air,
Penché sur la lame,
J'écoute avec l'âme
Cet épithalame
Que chante la mer !

Azur non moins tendre
Du ciel qui sourit
Quand, tâchant d'entendre
Ce que dit l'esprit,
Je cherche, ô nature,
La parole obscure
Que le vent murmure,
Que l'étoile écrit !

Création pure !
Etre universel !
Océan, ceinture
De tout sous le ciel !
Astres que fait naître
Le souffle du maître,
Fleurs où Dieu peut-être
Cueille quelque miel !

13. O champs, ô feuillages !
Monde fraternel
Clocher des villages
Humble et solennel !
Mont qui portes l'aire !
Aube fraîche et claire, 
Sourire éphémère
De l'astre éternel !

N'êtes-vous qu'un livre,
Sans fin ni milieu,
Où chacun pour vivre
Cherche à lire un peu !
Phrase si profonde
Qu'en vain on la sonde !
L'œil y voit un monde,
L'âme y trouve un Dieu !

Beau livre qu'achèvent
Les cœurs ingénus,
Où les penseurs rêvent
Des sens inconnus,
Où ceux que Dieu charge
D'un front vaste et large
Ecrivent en marge :
Nous sommes venus !

Saint livre où la voile
Qui flotte en tous lieux,
Saint livre où l'étoile
Qui rayonne aux yeux,
Ne trace, ô mystère !
Qu'un nom solitaire,
Qu'un nom sur la terre,
Qu'un nom dans les cieux !

Livre salutaire
Où le cœur s'emplit !
Où tout sage austère
Travaille et pâlit !
Dont le sens rebelle
Parfois se révèle !
Pythagore épèle
Et Moïse lit !

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  • ENG English (Linda Godry) , "Aurora catches fire", copyright © 2006, (re)printed on this website with kind permission

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4. Laisse-moi t'aimer [sung text not yet checked]

Quand tu me parles de gloire, 
Je souris amèrement. 
Cette voix que tu veux croire, 
Moi, je sais bien qu'elle ment. 

La gloire est vite abattue ; 
L'envie au sanglant flambeau 
N'épargne cette statue 
Qu'assise au seuil d'un tombeau. 

La prospérité s'envole, 
Le pouvoir tombe et s'enfuit. 
Un peu d'amour qui console 
Vaut mieux et fait moins de bruit. 

Je ne veux pas d'autres choses 
Que ton sourire et ta voix, 
De l'air, de l'ombre et des roses, 
Et des rayons dans les bois ! 

Je ne veux, moi qui me voile 
Dans la joie ou la douleur, 
Que ton regard, mon étoile ! 
Que ton haleine, ô ma fleur ! 

Sous ta paupière vermeille 
Qu'inonde un céleste jour, 
Tout un univers sommeille. 
Je n'y cherche que l'amour ! 

Ma pensée, urne profonde, 
Vase à la douce liqueur, 
Qui pourrait emplir le monde, 
Ne veut emplir que ton coeur ! 

Chante ! en moi l'extase coule. 
Ris-moi ! c'est mon seul besoin. 
Que m'importe cette foule 
Qui fait sa rumeur au loin ! 

Dans l'ivresse où tu me plonges, 
En vain, pour briser nos noeuds, 
Je vois passer dans mes songes 
Les poètes lumineux. 

Je veux, quoi qu'ils me conseillent, 
Préférer, jusqu'à la mort, 
Aux fanfares qui m'éveillent 
Ta chanson qui me rendort. 

Je veux, dût mon nom suprême 
Au front des cieux s'allumer, 
Qu'une moitié de moi-même 
Reste ici-bas pour t'aimer ! 

Laisse-moi t'aimer dans l'ombre, 
Triste, ou du moins sérieux. 
La tristesse est un lieu sombre 
Où l'amour rayonne mieux. 

Ange aux yeux pleins d'étincelles, 
Femme aux jours de pleurs noyés, 
Prends mon âme sur tes ailes, 
Laisse mon coeur à tes pieds !

Authorship

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5. Ballade de Barberine [sung text not yet checked]

Beau chevalier qui partez pour la guerre,
Qu'allez-vous faire
[Si loin d'ici]1 ?
Voyez-vous pas que la nuit est profonde,
Et que le monde
N'est que souci ?

Vous qui croyez qu'une amour délaissée
De la pensée
S'enfuit ainsi,
Hélas ! hélas ! chercheurs de renommée,
Votre fumée
S'envole aussi.

[Beau chevalier qui partez pour la guerre,
Qu'allez-vous faire
Si loin de nous ?]2
J'en vais pleurer, moi qui me laissais dire
Que mon sourire
Était si doux.

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  • ENG English (Victoria de Menil) , "Handsome knight, you who leave for war", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission

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First published in La Quenouille de Barberine, a comedy in two acts, Éd. La Revue des Deux Mondes, 1835.

1 Schmitt: "Aussi loin d'ici ? loin de nous ?"
2 omitted by Schmitt.

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6. Mignonne [sung text not yet checked]

  Mignonn', allon voir si la rose
Qui ce matin avoit declose
Sa robe de pourpr' au soleil,
A point perdu, cette vesprée,
Le plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

  Las, voyés comm' en peu d'espace,
Mignonn', ell' a dessus la place,
Las, las, ses beautés laissé cheoir!
Ô vrayement maratre nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure,
Que du matin jusques au soir!

  Donc, si vous me croiés, mignonne:
Tandis que vostr' age fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillés, cueillés vostre jeunesse,
Comm' à cette fleur, la viellesse
Fera ternir vostre beauté.

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  • ENG English (Faith J. Cormier) , "Mignonne", copyright © 2000, (re)printed on this website with kind permission

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Modernized version (used by Chaminade, Manduell, Wagner, and perhaps others):
Mignonne, allons voir si la rose,
Qui ce matin avait desclose
Sa robe de pourpre au soleil,
N'a point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée
Et son teint au vôtre pareil.

Las! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a, dessus la place,
Las! Las! ses beautés laissé cheoir!
Ô vraiment marâtre nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure,
Que du matin jusques au soir!

[Or donc, écoutez-moi,]1 Mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
[En]2 sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse:
[Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.]3
1 Chaminade, Manduell: "Donc, si vous m'en croyez" (So if you believe me)
2 Chaminade: "Dans"
3 Manduell: "Comme à ceste fleur la vieillesse/ Fera ternir vostre beauté."

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7. Chanson d'un vanneur de blé aux vents [sung text not yet checked]

À vous, [trouppe]1 légère,
  Qui d'aile passagère
    Par le monde volez,
Et, d'un sifflant murmure
  L'ombrageuse verdure
    Doulcement esbranlez,

J'offre ces violettes,
  Ces lis, et ces fleurettes,
    Et ces roses icy,
Ces vermeillettes roses,
  Tout freschement écloses,
    Et ces oeilletz aussi.

De vostre doulce halaine
  Éventez ceste plaine,
    Éventez ce séjour:
Ce pendant que j'ahanne
  À mon blé, que je vanne
    À la chaleur du jour.

Authorship

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  • ENG English (David Jonathan Justman) , "From a winnower of wheat to the winds", copyright ©, (re)printed on this website with kind permission

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1 Altès, Moret: "ombre"; further changes may exist not shown above.

Modernized spelling:

À vous, trouppe légère,
  Qui d'aile passagère
    Par le monde volez,
Et, d'un sifflant murmure
  L'ombrageuse verdure
    Doucement ébranlez,

J'offre ces violettes,
  Ces lis, et ces fleurettes,
    Et ces roses ici,
Ces vermeillettes roses,
  Tout fraichement écloses,
    Et ces oeillets aussi.

De votre douce haleine
  Éventez cette plaine,
    Éventez ce séjour:
Ce pendant que j'ahanne
  À mon blé, que je vanne
    À la chaleur du jour.


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9. Adoration [sung text not yet checked]

Si je ne t'aimais pas, la mer serait moins belle
 . . . . . . . . . .

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added as soon as we obtain it. —

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10. Harmonie du soir [sung text not yet checked]

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir,
-- Valse mélancolique et langoureux vertige ! --

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige ;
-- Valse mélancolique et langoureux vertige ! --
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
-- Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un cœur tendre qui hait le néant vaste et noir
Du passé lumineux recueille tout vestige ;
-- Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige ;
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Authorship

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  • CZE Czech (Čeština) (Jaroslav Vrchlický) , "Harmonie večera"
  • ENG English (Peter Low) , "Evening harmony", copyright © 2000, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Cyril Meir Scott) , "Evening Harmony", appears in The Flowers of Evil, London, Elkin Mathews, first published 1909
  • HUN Hungarian (Magyar) (Árpád Tóth) , "Esti harmónia", written 1920
  • POL Polish (Polski) (Bronisława Ostrowska) , "Harmonia wieczoru", Kraków, first published 1911
  • ROM Romanian (Română) (Alexandru I. Philippide) , "Armonie în amurg"
  • SPA Spanish (Español) (Victor Torres) , "Armonía del atadecer", copyright © 2011, (re)printed on this website with kind permission

Confirmed with Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Paris: Poulet-Malassis et de Broise, 1857, pages 101-102. Note: this was number 43 in the 1857 edition of Les Fleurs du mal but 47 or 48 in subsequent editions.


Research team for this text: Emily Ezust [Administrator] , Poom Andrew Pipatjarasgit [Guest Editor]