40 Poèmes de Ronsard

by Théodore Gouvy (1819 - 1898)

Word count: 5030

1. Aubade [sung text not yet checked]

[Mignonne, levés-vous, vous estes paresseuse]1,
Ja la gay' Alouette au ciel a fredonné,
Et ja le Rossignol [frisquement]2 jargonné,
Dessus l'espine assis, sa complainte amoureuse.

Debout donq, allon voir l'herbelette perleuse, 
Et vostre beau rosier de boutons couronné, 
Et voz oeillets aimés, ausquels [avés]3 donné 
Hyer au soir de l'eau, d'une main si songneuse.

Hier en vous couchant, vous me fistes promesse
D'estre plus tost que moy ce matin éveillée,
Mais le sommeil vous tient encor toute sillée:

[Ha!]4 je vous puniray du peché de paresse,
Je vois baiser [cent fois vostr' oeil, vostre tetin,
A fin de]5 vous aprendr' à vous lever matin.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "My darling, get up, you are being lazy", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Delacrois: "Ma mie levez-vous vous êtes paresseuse" ; Gouvy: "Marie, levez vous ètes paressente"; Caby, Lacome d'Estalenx: "Marie, levez-vous, ma jeune paresseuse"; further changes may exist not shown above.
2 Boni, Maletty: "doucement"
3 Boni, Maletty: "aviez"
4 Castro: "Jan"
5 Boni, Maletty : "vos yeux et vostre beau tetin,/ Cent fois, pour"

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

2. Prends cette rose [sung text not yet checked]

Prends cette rose aimable comme toi,
Qui sers de rose aux roses les plus belles,
Qui sers de fleur aux fleurs les plus nouvelles,
[Dont la senteur me ravit tout de moi]1.

Prends cette rose, et ensemble reçoi
Dedans ton sein mon coeur qui n'a point d'ailes : 
[Il est constant, et cent plaies cruelles
N'ont empêché qu'il ne gardât sa foi]2.

La rose et moi différons d'une chose :
Un soleil voit naître et mourir la rose,
Mille Soleils ont vu naître m'amour,

[Dont l'action jamais ne se]3 repose.
Que plût à Dieu que telle amour [enclose]4,
Comme une fleur, ne m'eût duré qu'un jour.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "Take this rose", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 de Maletty: "Qui sers de Muse aux Muses et à moy"
2 de Maletty: "Il vit blessé de cent plaies cruelles/ Opiniastr’ à garder trop de foy"
3 de Maletty: "Qui me consomme et jamais ne"
4 de Maletty: "esclose"

Researcher for this text: David Wyatt

3. Amour, amour, que ma maîtresse est belle [sung text not yet checked]

[Amour, amour, que ma maîtresse est belle !]1
Soit que j'admire ou ses yeux mes seigneurs,
Ou de son front la grâce et les honneurs,
Ou le vermeil de sa lèvre jumelle.

Amour, amour, que ma dame est cruelle !
Soit qu'un dédain rengrége mes douleurs.
Soit qu'un dépit fasse naître mes pleurs,
Soit qu'un refus mes plaies renouvelle.

Ainsi le miel de sa douce beauté
Nourrit mon cœur : ainsi sa cruauté
D'un fiel amer aigrit toute ma vie :

Ainsi repu d'un si divers repas,
Ores je vis, ores je ne vis pas,
Égal au sort des frères d'Œbalie.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "Love, o Love, my mistress is so beautiful!", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Bertrand uses the first line of the alternative version, "Mon Dieu, mon Dieu, que ma maistresse est belle"; the rest is the same.

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

4. Voici le bois [sung text not yet checked]

Voici le bois que ma sainte Angelette
Siur le printemps réjouit de son chant :
Voici les fleurs où son pied va marchant
Quand à soi même elle pense seulette.

Voici la prée et la rive mollette ,
Qui prend vigueur de sa main la touchant
Quand pas à pas en son sein va cachant
Le bel émail de l'herbe nouvelette.

Ici chanter, là pleiurer je la vis ,
Ici sourire, et là je fus ravi
De ses discours par lesquels je desvie :

Ici s'asseoir, là je la vis danser :
Sur le métier d'un si vague penser,
Amour ourdit les trames de ma vie.

Authorship

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "Here is the wood", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

5. Je compare à ta jeune beauté  [sung text not yet checked]

Je [parangonne]1 à ta jeune beauté.
Qui toujours dure en son printemps nouvelle.
Ce mois d'avril qui ses fleurs renouvelle,
En sa plus gaie et verte nouveauté.

Loin devant toi [fuira]2 la cruauté :
Devant lui fuit la saison plus cruelle.
Il est tout beau, ta face est toute belle :
Ferme est son cours, ferme est ta loyauté :

Il peint les [bords, les forêts et les plaines]3,
Tu peins mes vers d'un [bel émail de fleurs :
Des laboureurs il arrose les peines]4,

[D'un vain espoir tu laves mes douleurs :
Du ciel sur l'herbe il fait tomber les pleurs]5,
Tu fais sortir de mes yeux deux fontaines.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "I compare with your young beauty", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Gouvay: "compare"; further changes may exist not noted above.
2 Bertrand: "s'en fuyt"
3 Bertrand: "champs de dix mille couleurs"
4 Bertrand: "long émail de fleurs :/ D’un doux Zefyr il fait onder les plaines"
5 Bertrand: "Et toy mon cœur d’un soupir larmoyant :/ D’un beau cristal son front est rosoyant"

Researcher for this text: David Wyatt

6. Amour me tue [sung text not yet checked]

Amour me tue, et si je ne veus dire
  Le plaisant mal que ce m'est de mourir:
  Tant j'ay grand peur, qu'on [veuille]1 secourir
  [Le mal, par qui doucement]2 je soupire.

Il est bien vray, que ma langueur desire
  Qu'avec le tans je me puisse guerir:
  Mais je ne veus ma dame requerir
  Pour ma santé: tant me plait mon martire.

Tay toy langueur: je sen venir le jour,
  Que ma maistresse, après si loing sejour,
  Voyant le soing qui ronge ma pensée,

Tout' une nuict, folatrement m'aiant
  Entre ses bras, prodigu', ira paiant
  Les interés de ma pein' avancée.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Faith J. Cormier) , "Love is slaying me", copyright © 2000, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Bertrand, Maletty: "voulust"
2 Bertrand, Maletty: "Ce doux tourment pour lequel"

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

7. Que dites-vous, que faites-vous, mignonne [sung text not yet checked]

Que dites-vous, que faites-vous, mignonne?
Que songez-vous? pensez-vous point en moi?
Avez-vous point souci de mon émoi,
Comme de vous le souci m'époinçonne?

De votre amour tout le coeur me bouillonne,
Devant mes yeux sans cesse je vous voi,
Je vous entends absente, je vous oi,
Et mon penser d'autre amour ne résonne.

J'ai vos beautés, vos grâces et vos yeux
Gravés en moi, les places et les lieux,
Où je vous vis danser, parler et rire.

Je vous tiens mienne, et si ne suis pas mien:
En vous je vis, je m'anime et respire,
Mon tout, mon coeur, mon sang et tout mon bien.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "What are you saying? What are you doing, my darling?", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

8. Quand je pense à ce jour [sung text not yet checked]

Quand je pense à ce jour, où pres d'une fonteine
Dans le jardin royal savourant ta douceur,
Amour te descouvrit les segrets de mon cœur,
Et de combien de maux j'avois mon ame pleine:

Je me pasme de joye, et sens de veine en veine
Couler ce souvenir, qui me donne vigueur,
M'aguise le penser, me chasse la langueur,
Pour esperer un jour un fin à ma peine.

Mes sens de toutes parts se trouverent contens,
Mes yeux en regardant la fleur de ton Printems,
L'oreille en t'escoutant: et sans ceste compagne,

Qui tousjours noz props tranchoit par le milieu,
D'aise au ciel je volois, et me faisois un Dieu:
Mais tousjours le plaisir de douleur s'accompagne.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "When I think of that day", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

9. À Corydon [sung text checked 1 time]

Je veux, me souvenant de ma gentille amie,
Boire ce soir, boire d'autant, et pour ce, Corydon, 
Fais remplir mes flacons, et verse à l'abandon,
Verse du vin pour réjouir toute la compagnie.

[ ... ]

Apporte ces bouquets que tu m'avais cueillis,
Ces roses, ces jasmins, ces œillets et ces lys,
Attache une couronne à l'entour de ma tête.

Soit que ma mie ait nom ou Cassandre ou Marie,
Neuf fois je m'en vais boire aux lettres de son nom.
Et toi, si de ta belle et jenue Madelon,
Ami, l'amour te point, je te prie [ne l'oublie.]1

[ ... ]

Gagnons, gagnons ce jour ici, trompons notre trépas,
Peut-être que demain nous ne reboirons pas.
S'attendre au lendemain n'est pas chose si prête.

Authorship

Go to the single-text view

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , copyright © 2019, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Gouvy: "ne l'oublie, Corydon, ne l'oubie !"

Research team for this text: David Wyatt , Andrew Schneider [Guest Editor]

10. Je meurs, hélas [sung text not yet checked]

Je [meurs, Paschal]1, quand je la vois si belle 
Le front si beau, et la bouche et les yeux, 
Yeux le [logis]2 d'amour victorieux 
Qui m'a blessé d'une flèche nouvelle.

Je n'ai ni sang, ni veine, ni moelle, 
Qui ne se change : et me semble qu'aux cieux 
Je suis ravi, assis entre les dieux, 
Quand le bonheur me conduit auprès d'elle.

Ah ! que ne suis-je en ce monde un grand roi !
Elle serait [ma reine]3 auprès de moi :
Mais n'étant rien, il faut que je m'absente

De sa beauté, dont je n'ose approcher
Que d'un regard transformer je ne sente
Mes yeux en fleuve et mon cœur en rocher.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "I die, Paschal, when I see her looking so lovely", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (David Wyatt) , copyright © 2019, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Bertrand: "meurs helas"
2 Bertrand: "sejour"
3 Bertrand: "toujours"

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

11. Le rossignol [sung text not yet checked]

Ô ma belle maistresse! à tous les moins prenez
De moy [vostre]1 servant ce Rossignol en cage,
Il est mon prissonnier, et je [vis]2 en servage
[De]3 vous qui sans mercy en prison me tenez.

Allez donc Rossignol en sa chambre, et sonnez
Mon dueil à son aureille avec vostre ramage.
Et s'il vous est possible esmouvez son courage
A me faire merci puis vous en revenez.

Non ne venez point, que feriez vous chez moy?
Sans aucun reconfort vous languiriez d'esmoy :
Un prisonnier ne peut un autre secourir.

Je n'ay pas Rossignol sur vostre bien envie;
Seulement je me hay et me plains de ma vie,
Qui languit en prison et si [n'y]4 peut mourir.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "O my fair mistress", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Millot: "notre"
2 Millot: "suis"
3 Boni, Millot: "Sous"
4 Boni: "ne"

Researcher for this text: David Wyatt

12. Je ne saurais aimer autre que vous [sung text not yet checked]

  Je ne saurois aimer autre que vous,
Non, Dame, non, je ne saurois le faire:
Autre que vous ne me sauroit complaire,
Et fust Venus descendue entre nous.

   Vos yeus me sont si gracieus et dous,
Que d'un seul clin ils me peuvent defaire,
D'un autre clin tout soudain me refaire,
Me faisans vivre ou mourir en deux coups.

   Quand je serois cinq cens mille ans en vie,
Autre que vous, ma mignonne [m'amie]1,
Ne me feroit amoureus devenir.
   Il me faudroit refaire d'autres venes,
Les miennes sont de vostre amour si plenes,
Qu'un autre amour n'y sauroit plus tenir.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Faith J. Cormier) , "I wouldn't know how to love any but you", copyright © 2000, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (John Glenn Paton) , copyright © 2011, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Bertrand: "ma vie"

Researcher for this text: John Glenn Paton [Guest Editor]

13. Le bouquet [sung text not yet checked]

Je vous envoie un bouquet, que ma main
Vient de trier de ces fleurs épanies,
Qui ne les eut à ces vêpres cueillies,
[Tombées]1 à terre elles fussent demain.

Cela vous soit un exemple certain,
Que vos beautés, bien qu'elles soient fleuries,
En peu de temps, seront toutes flétries,
Et, comme fleurs, périront tout soudain.

Le temps s'en va, le temps s'en va ma Dame,
Las ! le temps non, mais nous nous en allons,
Et tôt serons étendus sous la lame,

Et des amours, desquelles nous parlons
Quand serons morts, n'en sera plus nouvelle :
[Donc, aimez-moi]2, cependant qu'êtes belle.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Leguerney: "Chutes"
2 Leguerney: "Pour ce aimez-moi"

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

14. À Hélène [sung text checked 1 time]

L'an se rajeunissait en sa verte jouvence,
Quand je m'épris de vous, mon Hélène cruelle.
Seize ans étaient la fleur de votre âge nouvelle,
Et votre teint sentait encore son enfance.

Vous aviez d'un enfant encor la contenance,
La parole et les pas, votre bouche était belle,
Votre front et vos mains, digues d'une immortelle,
Votre œil qui me fait mourir, quand j'y pense.

Amour, qui ce jour là si grandes beautés vit,
Sur un marbre en mon cœur d'un trait les écrivit.
Et si pour ce jourd'hui vos beautés si parfaites.
Ne sont comme autrefois, je n'en suis moins ravi ;
Ah ! je n'ai pas égard à ce que vous êtes,
Mais au doux souvenir des beautés que je vis.

Authorship

See other settings of this text.

Researcher for this text: Johann Winkler

15. Chanson [sung text not yet checked]

Quand ce beau Printemps je vois,
     J'aperçois
  Rajeunir la terre et l'onde
  Et me semble que le jour,
     Et l'Amour,
  Comme enfants naissent au monde.

Le jour qui plus beau se fait,
     Nous refait
  Plus belle et verte la terre,
  Et Amour armé de traits
     Et d'attraits,
  [Dans]1 nos coeurs nous fait la guerre.

Il répand de toutes parts
     Feux et dards
  Et dompte sous sa puissance
  Hommes, bestes et oiseaux,
     Et les eaux
  Lui [rendent]2 obeïssance.

Vénus avec son enfant
     Triomphant,
  Au haut de son coche assise,
  Laisse ses cygnes voler
     Parmi l'air
  Pour aller voir son Anchise. 

Quelque part que ses beaux yeux
     Par les cieux
  Tournent leurs lumières belles,
  L'air qui se montre serein
     Est tout plein
  D'amoureuses étincelles.

Puis en descendant à bas
     Sous ses pas
  Croissent mille fleurs écloses;
  Les beaux lis et les oeillets
     Vermeillets
  Y naissent entre les roses.

Je sens en ce mois si beau
     Le flambeau
  D'Amour qui m'échauffe l'âme,
  Y voyant de tous côtés
     Les beautés
  Qu'il emprunte de ma Dame.

Quand je vois tant de couleurs
     Et de fleurs
  Qui émaillent un rivage,
  Je pense voir le beau teint
     Qui est peint
  Si vermeil en son visage.

Quand je vois les grand rameaux
     Des ormeaux
  Qui sont lacés de lierre,
  Je pense être pris és lacs
     De ses bras,
  Et que mon col elle serre.

Quand j'entends la douce voix
     Par les bois
  Du gai rossignol qui chante,
  D'elle je pense jouir
     Et ouïr
  Sa douce voix qui m'enchante.

Quand Zéphyre mène un bruit
     Qui se suit
  Au travers d'une ramée, 
  Des propos il me souvient
     Que me tient
  La bouche de mon aimée.

Quand je vois en quelque endroit
     Un pin droit,
  Ou quelque arbre qui s'élève,
  Je me laisse décevoir,
     Pensant voir
  Sa belle taille et sa grève.

Quand je vois dans un jardin,
     Au matin,
  S'éclore une fleur nouvelle,
  J'accompare le bouton
     Au teton
  De son beau sein qui pommelle.

Quand le Soleil tout riant
     D'Orient
  Nous montre sa blonde tresse,
  Il me semble que je voi
     Près de moi
  Lever ma belle maîtresse.

Quand je sens parmi les prés
     Diaprés
  Les fleurs dont la terre est pleine,
  Lors je fais croire à mes sens
     Que je sens 
  La douceur de son haleine.

Bref, je fais comparaison,
     Par raison,
  Du printemps et de m'amie;
  Il donne aux fleurs la vigueur,
     Et mon coeur
  D'elle prend vigueur et vie.

Je voudrais au bruit de l'eau
     D'un ruisseau,
  Déplier ses tresses blondes,
  Frisant en autant de noeuds
     Ses cheveux.
  Que je verrais friser d'ondes.

Je voudrois, pour la tenir,
     Devenir
  Dieu de ces forêts désertes,
  La baisant autant de fois
     Qu'en un bois
  Il y a de feuilles vertes.

Hà! maîtresse, mon souci,
     Viens ici,
  Viens contempler la verdure!
  Les fleurs de mon amitié
     Ont pitié,
  Et seule tu n'en as cure.

Au moins lève un peu tes yeux
     Gracieux,
  Et vois ces deux colombelles,
  Qui font naturellement,
     Doucement
  L'amour du bec et des ailes.

Et nous, sous ombre d'honneur,
     Le bonheur
  Trahissons par une crainte:
  Les oiseaux sont plus heureux
     Amoureux,
  Qui font l'amour sans contrainte.

Toutefois ne perdons pas
     Nos ébats
  Pour ces lois tant rigoureuses;
  Mais, si tu m'en crois, vivons,
     Et suivons
  Les colombes amoureuses.
 
Pour effacer mon émoi,
     Baise-moi,
  Rebaise-moi, ma Déesse!
  Ne laissons passer en vain
     Si soudain
  Les ans de notre jeunesse.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "When I see the fair Springtime", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Eben, Escher: "En"
2 Auric: "jurent"

Research team for this text: Jeroen Scholten , Malcolm Wren [Guest Editor]

16. La Marguerite [sung text not yet checked]

En mon ame n'est ecrite
La Rose, ni autre fleur ;
C'est toy, belle Marguerite,
Par qui j'ay cette couleur.

N'es-tu celle dont les yeux
  Ont surpris
Par un regard gracieux
  Mes espris ?
Puis que ta sœur de haut pris,
Ta sœur pucelle d'elite,
N'est cause de ma douleur,
C'est donc pour toy, Marguerite,
Que je pris ceste couleur.

Un soir ma fievre naquit,
  Quand mon cœur
Pour maistresse te requit :
  Mais Rigueur
D'une amoureuse langueur
Soudain paya mon merite,
Me donnant ceste paleur
Pour t'aimer trop, Marguerite,
Et ta vermeille couleur.

Hé ! quel charme pourroit bien
  Consumer
Le souci qui s'est fait mien
  Pour aimer ?
De mon tourment si amer
La jouissance subite
Seule outeroit le malheur
Que me donna Marguerite
Par qui j'ay cette couleur.

Authorship

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "Daisy", copyright © 2014, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: David Wyatt

17. Rossignol, mon mignon [sung text not yet checked]

Rossignol mon mignon, qui [dans]1 cette saulaie
Vas seul de branche en branche à [ton gré]2 voletant,
[Degoisant à l'envie]3 de moi qui vais chantant
Celle [qui faut]4 toujours que dans la bouche j'aie.

Nous soupirons tous deux; ta douce voix s'essaie
[De flechir celle-là, qui te va tourmentant,
Et moi, je suis aussi cette-là regrettant]5
Qui m'a fait dans le coeur une si aigre plaie.

Toutefois, [Rossignol]6, nous différons d'un point
C'est que tu es aimé, et je ne le suis point,
Bien que tous deux ayons les Musiques pareilles:

Car tu fléchis t'amie au doux bruit de tes sons,
Mais la mienne qui prend à dépit mes chansons
Pour ne les écouter se bouche les oreilles.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Faith J. Cormier) , "Fair nightingale", copyright © 2005, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Boni, Maletty, Rivier: "par"
2 Rivier: "jamais"
3 Boni, Maletty, Rivier, Roussel: "Et chantes à l'envie"; Le Jeune: "Et chantes à l'ennuy"
4 Maletty: "qui fait" ; Rivier, Roussel: "qu'il faut"
5 Boni, Maletty, Rivier: "De sonner les amours d'une qui t'aime tant,/ Et moi triste je vais la beauté regrettant" ; Le Jeune: "A sonner l'amitie d'une qui t'aime tant,/ Et moi triste je vais la beauté regrettant"; Roussel: "De sonner l'amitié d'une qui t'aime tant,/ Et moi triste je vais la beauté regrettant"
6 Boni, Ronsard: "mon mignon"

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

18. À Marie [sung text not yet checked]

Marie, qui voudroit vostre beau nom tourner, 
Il trouveroit Aimer: aimez-moi donq, Marie, 
Faites cela vers moi dont vostre nom vous prie, 
Vostre amour ne se peut en meilleur lieu donner: 

S'il vous plaist pour jamais un plaisir demener, 
Aimez-moi, nous prendrons les plaisirs de la vie, 
Penduz l'un l'autre au col, et jamais nulle envie 
D'aimer en autre lieu ne nous pourra mener. 

Si faut il bien aimer au monde quelque chose: 
Cellui qui n'aime point, cellui-là se propose 
Une vie d'un Scyte; et ses jours veut passer 

Sans gouster la douceur des douceurs la meilleure. 
E, qu'est-il rien de doux sans Venus? las! à l'heure 
Que je n'aimeray point puissai-je trépasser!

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "Marie, anyone who tried mixing up your lovely name", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

Modernized spelling:
Marie, qui voudrait votre beau nom tourner,
Il trouverait Aimer : aimez-moi donc, Marie,
Faites cela vers moi dont votre nom vous prie,
Votre amour ne se peut en meilleur lieu donner.

S'il vous plaît pour jamais un plaisir demener,
Aimez-moi, nous prendrons les plaisirs de la vie,
Pendus l'un l'autre au col, et jamais nulle envie
D'aimer en autre lieu ne nous pourra mener.

Si faut-il bien aimer au monde quelque chose :
Celui qui n'aime point, celui-là se propose
Une vie d'un Scythe, et ses jours veut passer

Sans goûter la douceur des douceurs la meilleure.
Eh, qu'est-il rien de doux sans Vénus ? las ! à l'heure
Que je n'aimerai point, puissé-je trépasser !

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

19. L'attrait de tes beaux yeux  [sung text not yet checked]

Contre mon gré l'atrait de tes beaus yeus
Donte mon cœur, mais quand je te veus dire
Quell'est ma mort, tu ne t'en fais que rire,
Et de mon mal tu as le cœur joïeus.

Puis qu'en t'aimant je ne puis avoir mieus,
Soufre du moins que pour toi je soupire:
Assés et trop ton bel oeil me martire,
Sans te moquer de mon mal soucieus.

Moquer mon mal, rire de ma douleur,
Par un dedain redoubler mon malheur,
Haïr qui t'aime, et vivre de ses pleintes,

Rompre ta foi, manquer [de]1 ton devoir,
Cela, cruelle, [et]2 n'est-ce pas avoir
Tes mains de sang, et d'homicide teintes?

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "Against my wish", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Boni: "à"
2 Boni: "hé"
Text as set by Regnard:
Contre mon gré, l'attrait de tes beaux yeux
Dompte mon coeur, mais quand je te veux dire
Quelle est ma mort, tu ne t'en fais que rire,
Et de mon mal to as le coeur joyeux.

Puisqu'en t'aimant je ne puis avoir mieux,
Souffre du moins que pour toi je soupire.
Assez et trop ton bel oeil me martyre
Sans te moquer de mon mal soucieux.

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

20. Vous méprisez nature [sung text not yet checked]

Vous méprisez nature: êtes-vous si cruelle
De ne vouloir aimer? voyez les passereaux
Qui démènent l'amour, [voyez les colombeaux,
Regardez le ramier,]1 voyez la tourterelle.
Voyez déça, delà, d'une frétillante aile
Voleter par les bois les amoureux oiseaux,
Voyez la jeune vigne embrasser les ormeaux,
Et toute chose rire en la saison nouvelle.
Ici la bergerette en tournant son fuseau
Dégoise ses amours, et là le pastoureau
Répond à sa chanson; ici toute chose aime,
Tout parle d'amour, tout s'en veut enflammer.
Seulement votre coeur froid d'une glace extrême
Demeure opiniâtre et ne veut pas aimer.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "You despise nature", copyright © 2014, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 omitted by Bizet (?)

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

21. Quand vous serez bien vieille [sung text not yet checked]

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise aupres du feu, devidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant,
Ronsard me celebroit du temps que j'estois belle.

Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Desja sous le labeur à demy sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne s'aille resveillant,
Benissant vostre nom de louange immortelle.

Je seray sous la terre, et fantaume sans os :
Par les ombres Myrtheux je prendray mon repos.
Vous serez au fouyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour, et vostre fier desdain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission
  • ENG English (Humbert Wolfe) , no title, first published 1934
  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , "Pflücke die Rosen, so lange du kannst", copyright © 2013, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
See also Yeats' free adaptation, When you are old.

Huberti and Swithinbank use this version with (partially) modernized spelling:

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, [en]1 vous émerveillant:
Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle.

Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demy sommeillant,
Qui au bruit de [Ronsard]2 ne s'aille réveillant,
Bénissant vôtre nom de louange immortelle.

Je seray sous la terre, et fantôme sans os :
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour, et vôtre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dès aujourd'huy les roses de la vie.
1 Huberti: "et" [sic]
2 Swithinbank: "mon nom"

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

22. Regrets [sung text not yet checked]

Ah Mort, en quel estat maintenant tu me changes !
Pour enrichir le ciel tu m’as seul apauvry,
Me desrobant les yeux desquels j’estois nourry,
Qui nourrissent là hault les astres et les anges.
 
Entre pleurs et souspirs, entre pensers estranges,
Entre le desespoir tout confus et marry,
Du monde et de moy-mesme et d’Amour je me ry,
N’ayant autre plaisir qu’à chanter tes louanges.
 
Helas ! tu n’es pas morte, hé ! c’est moy qui le suis.
L’homme est bien trespassé, qui ne vit que d’ennuis,
Et des maux qui me font une eternelle guerre.
 
Le partage est mal fait, tu possedes les cieux,
Et je n’ay, mal-heureux, pour ma part que la terre,
Les soupirs en la bouche, et les larmes aux yeus.

Authorship

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , copyright © 2019, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: David Wyatt

23. Le poète à son livre [sung text checked 1 time]

Cesse tes pleurs, mon livre, il n'est pas ordonné
Du destin que moi vif, tu sois riche de gloire.
Avant que l'homme passe outre la rive noire,
L'honneur de son travail ne lui est point donné.

Prends, mon livre, prends cœur, la vertu précieuse
De l'homme, quand il vit, est toujours odieuse ;
Après qu'il est absent, chacun le pense un Dieu.
La rancueur nuit toujours à ceux qui sont en vie,
Sur les vertus d'un mort elle n'a plus de lieu,
Et la postérité rend l'homme sans envie.

Authorship

Researcher for this text: Johann Winkler

24. Page, suis-moi [sung text not yet checked]

[ Page suy moy[:] par l'herbe plus espesse;
Fausche l'esmail ]1 de la verte saison,
Puis à plein poing en-jonche la maison
Des fleurs qu'avril enfante en sa jeunesse.

Despen du croc ma lyre chanteresse:
Je veux charmer, si je puis, la poison
Dont un bel oeil enchanta ma raison
Par la vertu d'une oeillade maistresse.

Donne-moy l'encre et le papier aussi:
En cent papiers, tesmoins de mon soucy,
Je veux tracer la peine que j'endure;

En cent papiers plus durs que diamant,
Afin qu'un jour nostre race future
Juge du mal que je souffre en aimant.

Authorship

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "Page, follow me", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 variant: "Fauche, garcon, d'une main pilleresse, / Le bel esmail"

Researcher for this text: David Wyatt

25. Que vous ai-je fait ? [sung text checked 1 time]

Dites, maitresse, hé ! que vous ai-je fait ?
Et pourquoi, las ! m'êtes vous si cruelle ?
Ai-je failli de vous être fidèle ?
Ai-je envers vous commis quelque forfait ?

Certes jamais, car plutôt que de faire
Chose qui dût tant soit peu vous déplaire,
J'aimerais mieux le trépas encourir !
Ah ! je vois bien, que vous brûlez d'envie
De me tuer ; faites-moi donc mourir,
Puisqu'il vous plait, car à vous est ma vie.

The text shown is a variant of another text.
It is based on

Go to the single-text view

Researcher for this text: Johann Winkler

26. Chanson, voici le jour [sung text not yet checked]

Chanson, voici le jour
Ou celle la qui la terre decore,
Et que mon oeil idolatre, & adore,
Vint en ce beau sejour.

Le ciel d'amour ataint
Ardant de voir tant de beautés l'admire,
Et se courbant desus sa face, mire
Tout l'honneur de son taint.

Car les divins flambeaus,
Grandeur, vertu, les amours, & les graces
Lui firent don quand ell'vint en ces places
De leurs presens plus beaus,

Affin que par ses yeus
Tout l'imparfait de ma jeunesse folle
Fust corrigé, & qu'elle fust l'idole
Pour m'avoier au mieus.

Heureus jour retourné,
A tout jamais j'aurai de toi memoire,
Et d'an, en an, je chanterai la gloire
De l'honneur en toi né.

Sus page vistement
Donne ma lire, affin que sur sa chorde
D'un pouce dous je marie & accorde
Ce beau jour sainctement.

Sème par la maison
Tout le tresor des prez & de la pleine,
Le lis, la rose, & cela dond est pleine
La nouvelle saison :

Et crie au temple aussi,
Que le soleil ne vit oncques journée
Qui fust de gloire, & d'honneur tant ornée
Comme il voit ceste ci.

Authorship

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "My song, today's the day", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

27. Bonjour [sung text not yet checked]

Bonjour mon cœur
Bonjour mon cœur,
Bonjour ma douce vie,
Bonjour mon œil
Bonjour ma chere amie!

Hé! bonjour, ma toute belle,
Ma mignardise,
Bonjour, mes délices,
Mon amour,
Mon doux printemps,
Ma douce fleur nouvelle,
Mon doux plaisir,
Ma douce colombelle,
Mon passereau, ma gente tourterelle!
Bonjour ma douce rebelle.

Je veux mourir 
Si plus on me reproche
Que mon service
Est plus froid qu'une roche,

De t'avoir laissé maistresse
Pour aller suivre le roy
[Et chercher]1 je ne sçay quoy
Que le vulgaire
Appelle une largesse.
Plustoste perisse honneur,
Cour et richesse,
Que pour les biens
Jamais je te relaisse,
Ma douce et belle deesse.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Faith J. Cormier) (David Wyatt) , "Hail, my heart", copyright © 2001, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 de Monte: "Mandiant"

Researcher for this text: David Wyatt

28. Adieu [sung text checked 1 time]

Comment, en vous quittant, adieu pourrais-je dire ?
J'y songe à peine, hélas ! que déjà je me pâme.
Adieu, ma chère vie, adieu, ma seconde âme,
Adieu, mon cher souci, pour qui seul je soupire,
Adieu, le bel objet de mon plaisant martyre,
Adieu, bel œil divin, qui me glace et m'enflamme,
Adieu, mon doux tourment, adieu, ma douce flamme,
Adieu, par qui je vis et par qui je respire.
Adieu, ma belle, honnête et gentille maitresse,
Adieu, les doux lieus, où vous m'avez tenu,
Tantôt dans le tourment et tantôt dans l'ivresse :
Il est temps de partir, le jour en est venu ;
Je vous conjure ici, par Amour, notre Dieu,
De conserver mon cœur, tenez, tenez, maitresse,
Le voilà, gardez-le. Votre main, puis adieu !

Authorship

Researcher for this text: Johann Winkler

29. Le doux sommeil [sung text checked 1 time]

Le doux sommeil, qui toute chose appaise,
N'appaise point le [mal]1 qui m'a ravi.
En vous je meurs, en vous seule je vis,
Ne voyant rien, si non vous qui me plaise.

[Vos yeux au coeur m'ont allumé la flamme,
Un feu toujours depuis m'a poursuivi,
Et dès le jour que pleurer je vous vis,
Je meurs pour vous, et à vous est mon âme.]2

[ ... ]

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Laura L. Nagle) , "Sweet slumber", copyright © 2006, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 de Monte: "soing"
2 de Monte:
Vos yeux au Coeur m’ont jetté telle braize
Qu’un feu treschaut s’est depuis ensuivy,
Et des le jour qu’en dansant je vous vy,
Je meurs pour vous et si suis bien ayze.

Research team for this text: John Glenn Paton [Guest Editor] , David Wyatt

30. Verse sans fin [sung text not yet checked]

[Corydon,] verse sans fin
Dedans mon verre du vin,
Afin qu'endormir je face
Un procés qui me tirace
Le coeur et l'ame plus fort
Qu'un limier un sanglier mort.

Après ce procés ici
Jamais peine ne souci,
Ne feront que je me dueille:
Aussi bien, vueille ou non vueille,
Sans faire icy long sejour
Il faut que je meure un jour.

Le long vivre me déplaist:
Mal-heureux l'homme qui est 
Accablé de la vieillesse!
Quand je perdray la jeunesse,
Je veux mourir tout soudain,
Sans languir au lendemain.

Ce-pendant verse sans fin
Dedans mon verre du vin,
Afin qu'endormir je face
Un procés qui me tirace
Le coeur et l'ame plus fort
Qu'un limier un sanglier mort.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "Pour unendingly", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: David Wyatt

31. Chère vesper, lumière dorée [sung text not yet checked]

Chère vesper, lumière dorée
De la belle Vénus Cytherée,
Vesper dont la belle clarté luit
Autant sur les astres de la nuit
Que reluit par dessus toy la lune ;
Ô claire image de la nuict brune,
En lieu du beau croissant tout ce soir
Donne lumière, et te laisse choir
Bien tard dedans ta marine source.

Je ne veux, larron, oster la bourse
A quelque amant, ou, comme un meschant
Voleur, dévaliser un marchant ;
Je veux aller outre la rivière
Voir m'amie : mais sans ta lumière
Je ne puis mon voyage achever.
Sors doncques de l'eau pour te lever,
Et de ta belle nuitale flame
Esclaire au feu d'amour qui m'enflame.

Authorship

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "Dear evening star, golden bright", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

32. Du grand Turc je n'ai souci [sung text not yet checked]

Du grand Turc je n'ai souci, 
Ni du grand Soudan aussi; 
L'or ne maîtrise ma vie, 
Aux Rois je ne porte envie; 

[J'ai souci tant seulement 
De parfumer cointement 
Ma barbe,]1 et qu'une couronne 
De fleurs le chef m'environne. 

Le soin de ce jour me point, 
Du demain je n'en ai point. 
Qui, bons Dieux! pourrait connaître 
Si un lendemain doit être? 

Vulcain, en faveur de moi, 
Je te pri', dépêche-toi 
De me tourner une tasse, 
Qui de profondeur surpasse 

Celle du vieillard Nestor; 
Je ne veux qu'elle soit d'or, 
Sans plus fais-la-moi de chêne, 
Ou de lierre, ou de frêne. 

Ne m'engrave point dedans 
Ces grands panaches pendants, 
Plastrons, morions, ni armes: 
Qu'ai-je souci des alarmes, 

Des assauts ou des combats? 
Aussi ne m'y grave pas 
Ni le Soleil, ni la Lune, 
Ni le jour, ni la nuit brune, 

Ni les Astres radieux: 
Et quel soin ai-je des cieux, 
De leurs Ours, de leur Charrette? 
D'Orion ou de Boète? 

Mais peins-moi, je te supplie, 
D'une treille le repli 
Non encore vendangée; 
Peins une vigne chargée 

De grappes et de raisins; 
Peins-y des fouleurs de vins, 
Le nez et la rouge trogne 
D'un Silène et d'un ivrogne. 

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "I don't care about the Grand Turk", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Leguerney: "Je n'ai souci que d'aimer/ Moi-même, et me parfumer/ D'odeurs" ; further changes may exist not noted above.

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

33. Dieu vous garde, messagers fidèles [sung text not yet checked]

Dieu vous gard', messagers fidèles
Du Printemps, gentes hirondelles,
Huppes, coucous, rossignolets,
Tourtres, et vous oiseaux sauvages
Qui de cent sortes de ramages
Animez les bois verdelets.

Dieu vous gard', belles pâquerettes,
Belles roses, belles fleurettes,
[De Mars, et vous boutons]1 connus
Du sang d'Ajax et de Narcisse,
Et vous thym, anis et mélisse,
Vous soyez les bien revenus.

Dieu vous gard', troupe diaprée
[De]2 papillons, qui par la prée
Les douces herbes suçotez;
Et vous, nouvel essaim d'abeilles,
Qui les fleurs jaunes et vermeilles
[Indifferemment]3 baisotez.

Cent mille fois je resalue
Votre belle et douce venue.
Ô que j'aime cette saison
Et ce doux caquet des rivages,
Au prix des vents et des orages
Qui m'enfermaient en la maison!

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Faith J. Cormier) , no title, copyright © 2002, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Milhaud: "Et vous boutons jadis"
2 Milhaud: "Des"
3 Milhaud: "De votre bouche"

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

34. Lorsque Bacchus entre chez moi [sung text not yet checked]

Lors que Bacchus entre chez moy
Je chasse incontinent l'esmoy,
Et ravi d'esprit il me semble
Qu'en mes bougettes j'ay plus d'or,
Plus d'argent, et plus de tresor
Que Mide, ny que Crœse ensemble.

Je ne veux rien sinon tourner
Par la danse, et me couronner
Le chef d'un tortis de lierre :
Je foule en esprit les honneurs,
Et les estats des grands Seigneurs
À coups de pied j'escraze à terre.

Page, verse du vin nouveau,
Arrache-moy hors du cerveau
Le soin, par qui le cœur me tombe.
Verse donc pour me l'arracher :
Il vaut mieux yvre se coucher
Dans le lict, que mort dans la tombe.

Authorship

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "When Bacchus possesses me", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

Note: the third stanza seems to be a variant of the second stanza of Ores que je suis dispos.


Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

35. À Cassandre [sung text not yet checked]

  Mignonn', allon voir si la rose
Qui ce matin avoit declose
Sa robe de pourpr' au soleil,
A point perdu, cette vesprée,
Le plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

  Las, voyés comm' en peu d'espace,
Mignonn', ell' a dessus la place,
Las, las, ses beautés laissé cheoir!
Ô vrayement maratre nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure,
Que du matin jusques au soir!

  Donc, si vous me croiés, mignonne:
Tandis que vostr' age fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillés, cueillés vostre jeunesse,
Comm' à cette fleur, la viellesse
Fera ternir vostre beauté.

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Faith J. Cormier) , "Mignonne", copyright © 2000, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
Modernized version (used by Chaminade, Manduell, Wagner, and perhaps others):
Mignonne, allons voir si la rose,
Qui ce matin avait desclose
Sa robe de pourpre au soleil,
N'a point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée
Et son teint au vôtre pareil.

Las! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a, dessus la place,
Las! Las! ses beautés laissé cheoir!
Ô vraiment marâtre nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure,
Que du matin jusques au soir!

[Or donc, écoutez-moi,]1 Mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
[En]2 sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse:
[Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté.]3
1 Chaminade, Manduell: "Donc, si vous m'en croyez" (So if you believe me)
2 Chaminade: "Dans"
3 Manduell: "Comme à ceste fleur la vieillesse/ Fera ternir vostre beauté."

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

36. Fais rafraîchir le vin [sung text not yet checked]

[Fais rafraîchir mon]1 vin de sorte
qu'il [passe en froideur un]2 glaçon;
fais venir Jeanne, qu'elle apporte
son luth pour dire une chanson;
nous ballerons tous trois au son,
et dis à Barbe qu'elle vienne,
les cheveux tors à la façon
d'une folâtre Italienne.

Ne vois-tu que le jour se passe?
Je ne vis point au lendemain;
Page, reverse dans ma tasse,
[que ce grand verre soit]3 tout plein.
Maudit soit qui languit en vain!
[Ces vieux médicins]4 je n'appreuve;
[mon]5 cerveau n'est jamais bien sain
[si beaucoup de vin ne l'abreuve.]6

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (Peter Low) , "To his page", copyright © 2000, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Bertram Kottmann) , copyright © 2017, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Leguerney: "Rafraîchis-moi le"
2 Leguerney: "soit aussi frais qu'un"
3 Leguerney: "remplis-moi ce verre"
4 Leguerney: "Les Philosophes"
5 Leguerney: "le"
6 Leguerney: "Que l'Amour et le vin n'abreuve."

Researcher for this text: LaDonna Manternach

37. Versons ces roses près ce vin [sung text checked 1 time]

Versons ces roses en ce vin,
En ce bon vin versons ces roses,
Et buvons l'un à l'autre, afin
Qu'au cœur nos tristesses encloses,
En buvant prennent quelque fin.

La belle rose du printemps,
En ce monde avertit les hommes
passer joyeusement le tems,
Et pendant que jeunes nous sommes, 
ébattre gaiment la fleur de no sans.

Tout ainsi que la rose défleurit
Fanée en une matinée,
Ainsi notre âge se flétrit.
Hélas! En moins d'une journée,
Déjà, le printems d'un home périt.

Pour ce, versons, amis, versons.
Versons ces roses en ce vin,
En ce bon vin versons ces roses,
Et buvons l'un à l'autre, afin
Qu'au cœur nos tristesses encloses,
En bien buvant prennent quelque fin.

Versez, versez, versez ces roses en ce vin.

The text shown is a variant of another text.
It is based on

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , copyright © 2014, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Linda Godry) (Heide Wiesner) , "Laßt uns diese Rosenblüten in unseren Wein streuen", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Vinzenz Haab

38. À Nicolas [sung text checked 1 time]

Nicolas, faisons bonne chère,
Pendant qu'en avons le loisir,
Trompons le soin et la misère
Ennemis de notre plaisir.

Purgeons l'humeur qui nous enflamme
D'avarice et d'ambition,
Ayons, philosophes, une âme
Franche de toute passion,

Chassons le soin, chassons la peine,
Contentons-nous de n'être rien,
Quand notre âme sera bien saine
Tout le corps se portera bien.

Quand la fièvre, dont la mémoire
Me fait encore frissonner
Ne t'aurait appris qu'à bien boire,
Tu ne la dois abandonner :

Bois ! bois souvent, et bois encore, bois !

À toutes les fois que l'envie
Te prendra de boire, rebois !
Bois souvent, aussi bien la vie
N'est pas si longue que le doigt. 

Nicolas ! bois encore, bois encore, bois !

The text shown is a variant of another text.
It is based on

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "To Nicholas", copyright © 2014, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Linda Godry) (Heide Wiesner) , "Für Nicolas", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Vinzenz Haab

39. Pour boire dessus l'herbe tendre [sung text checked 1 time]

Pour boire dessus l'herbe tendre
Je veux sous un laurier m'étendre,
Et veux qu'Amour, d'un petit brin
Ou de lin ou de chènevière
[Trousse au flanc]1 sa robe légère,
[Et, mi-nue,]2 me verse du vin.

[L'incertaine vie]3 de l'homme
De jour en jour se roule comme
Aux rives se roulent les flots :
Puis après notre heure dernière
Rien [de nous ne]4 reste en la bière
[Qu'une vieille carcasse d'os]5.

Je [ne]6 veux, selon la coutume,
Que d'encens ma tombe on parfume,
Ni qu'on y verse des odeurs ;
Mais [tandis] que je suis envie,
J'ai de me parfumer envie,
Et de me couronner de fleurs7,

[ ... ]

Authorship

See other settings of this text.

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • ENG English (David Wyatt) , "To drink upon the tender grass", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission
  • GER German (Deutsch) (Linda Godry) (Heide Wiesner) , "Ein Glas auf weichem Gras zu trinken", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

View original text (without footnotes)
1 Gouvy: "Relève"
2 Gouvy: "Et gaiment"
3 Gouvy: "La vie incertaine"
4 Gouvy: "ne nous"
5 Gouvy: "Que la poussière de nos os"
6 omitted by Gouvy.
7 Gouvy adds here:
Qu'on verse des odeurs !
Qu'on me qouronne de fleurs !

Researcher for this text: Emily Ezust [Administrator]

40. Adieu à la jeunesse [sung text checked 1 time]

Ma douce jouvence est passée,
Ma première force est cassée :
J'ai la dent noire et le chef blanc.
Froid est mon corps, glacé mon sang
Ma douce jouvence est passée,
Ma première force est cassée.

Adieu ma lyre, adieu fillettes,
Jadis mes douces amourettes,
Adieu, je sens venir ma fin
Adieu, ma lyre, adieu, fillettes,
Nul passetemps de ma jeunesse
Ne m'accompagne en la vieillesse,
Que le feu, le lit et le vin.

J'ai la tête tout étourdie,
De trop d'ans et de maladie ;
De tous cotés [sic!] le soin me mord,
Et soit que j'aille ou que je tarde,
Toujours après moi je regarde
Si je verrai venir la mort.

The text shown is a variant of another text.
It is based on

Go to the single-text view

Available translations, adaptations or excerpts, and transliterations (if applicable):

  • GER German (Deutsch) (Linda Godry) (Heide Wiesner) , "Adieu Jugend", copyright © 2012, (re)printed on this website with kind permission

Researcher for this text: Vinzenz Haab